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Arthur Lipsett

Biographie

Arthur Lipsett

Avec sa personnalité fascinante et ses films d’avant-garde incisifs, Arthur Lipsett a illuminé la scène des festivals de cinéma canadiens et internationaux dans les années 1960. La perfection de son jugement au montage, sa maîtrise exceptionnelle des collages sonores et son esprit caustique lui ont valu d’être reconnu mondialement lorsque son premier film à l’ONF, Very Nice, Very Nice (1961), fut sélectionné pour l’Oscar du meilleur court métrage.

Arthur Lipsett est né en 1936 à Montréal, au sein d’une famille juive. À dix ans, il fut témoin du suicide de sa mère, une immigrante originaire de Kiev. L’œuvre de Lipsett, axée sur l’indifférence de l’humanité face aux difficultés du monde, a certainement été marquée par les événements tragiques de son enfance. Son père, chimiste, était un homme froid qui se remaria sans demander l’avis de ses enfants, Arthur et Marian.

Malgré ces difficultés, Arthur Lipsett se révèle un excellent étudiant à l’école du Musée des beaux-arts de Montréal, où il a pour maître le peintre Arthur Lismer, membre du célèbre Groupe des Sept. Lismer recommande Lipsett auprès de l’ONF. À cette époque, Norman McLaren est l’une des personnes qui s’intéressent à lui.

En 1958, Lipsett se joint à l’équipe d’animation à titre de monteur. Ses collègues et amis comptent plusieurs jeunes artistes de talent, dont Gerald Potterton, Derek Lamb et Kaj Pindal. Ensemble, ils collaborent à Hors-d’œuvre, une série de courts métrages réalisés en 1960 pour CBC et Radio-Canada. Au cours des deux années suivantes, Lipsett travaillera avec Evelyn Lambart et Norman McLaren, tout particulièrement sur le montage complexe du film d’animation Discours de bienvenue de Norman McLaren (1961).

En 1961, on encourage Arthur Lipsett à mettre des images sur un montage sonore qu’il a réalisé à partir d’enregistrements rejetés par divers cinéastes de l’ONF. Il choisit son contenu visuel de la même manière, en y ajoutant toutefois quelques prises de son cru, et marie l’image et le son en un court métrage inusité. Le résultat, Very Nice, Very Nice, lui procure une notoriété instantanée au sein de l’ONF.

Pendant neuf ans, Lipsett appliquera ses techniques de montage originales à la création d’une œuvre exceptionnelle à l’ONF. Ses films, encensés par certains, décriés par d’autres, sont controversés car le cinéaste se sert de son talent pour dénoncer ce qu’il qualifie de gigantesque hypocrisie mercantile de la société occidentale. Tous reconnaissent que les premiers films de Lipsett, soit Very Nice, Very Nice, puis 21-87 (1963), Free Fall (1964) et A Trip Down Memory Lane (1965), constituent ses plus grands succès. Après une pause, il réalise un dernier collage en 1968, Fluxes, qui sera moins important : le court métrage donne l’impression de marquer le temps plutôt que de le façonner. Avec son film N-Zone (1970), Lipsett tente de réaliser quelque chose de différent en incorporant des plans de sa famille et de ses amis en contrepoint au montage de séquences « objectives ». Le film est sévèrement critiqué, et Lipsett quitte alors l’ONF.

Les dernières années de sa vie mènent inexorablement à une fin tragique. Arthur Lipsett essaie en vain de se tailler une place à Toronto, et sa compagne de plusieurs années, Judith Sandiford, le quitte. L’usage de drogues ne fait qu’exacerber sa fragilité psychologique et l’oblige à effectuer des séjours en institution psychiatrique. Finalement, en avril 1986, peu de temps avant son cinquantième anniversaire, Arthur Lipsett se suicide. Le premier cinéaste expérimental canadien, qui a inspiré Stanley Kubrick, George Lucas, Guy Maddin et bien d’autres, n’est plus, mais son héritage artistique demeure.

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