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Bernard Longpré

L’œuvre en bref

Bernard Longpré

La multiplicité des techniques utilisées par Bernard Longpré ne devrait pas occulter le fait que son œuvre est d’abord et avant tout une œuvre graphique, axée sur l’image et accessoirement narrative. Ces caractéristiques se retrouvent en effet, dès 1965, dans sa première réalisation, Test 0558, film abstrait dans lequel le cinéaste expérimente les possibilités offertes par l’utilisation d’un ordinateur (machine qu’on appelle encore, à cette époque, un « calculateur numérique »).

<strong><em>L'évasion des caroussels</em></strong> (1968). © ONF<strong><em>Tête en fleur</em></strong> (1969). © ONF
L'évasion des caroussels (1968). © ONFTête en fleur (1969). © ONF

Autre expérimentation, L’évasion des carrousels (1968) est cette fois un film figuratif, dont l’anecdote n’est cependant que le prétexte permettant à l’artiste d’élaborer une suite d’images reposant sur des effets apparentés à la solarisation. Réalisés dans cette foulée, ni Tête en fleurs (1969) ni Nébule (1973), deux films pour lesquels le cinéaste traite ses dessins réalisés sur papier en les reprographiant – ce qui lui permet d’obtenir des textures granuleuses –, ne viennent contredire notre affirmation de départ. Suite rapide et enjouée de métamorphoses, Tête en fleurs n’entretient avec le texte de la chanson de Claude Gauthier dont il s’inspire qu’une relation ténue. Le film mise plutôt sur l’évocation de la métaphore principale de la chanson – la tête en fleurs du titre – pour opérer une suite de variations picturales imprégnées de légèreté et de bonheur. Un peu plus narratif, Nébule ouvre toutefois rapidement sur une dimension imaginaire qui devient vite esthétisante. Longpré, qui s’adresse ici aux enfants, met en place un univers résolument graphique, dans lequel le monde réel s’efface pour faire place à une suite de fantaisies visuelles : par son esprit ludique, l’enfant transforme son environnement en un espace mouvant, propice à toutes les aventures.

<strong><em>Monsieur Pointu</em></strong> (1975). © ONF<strong><em>Itinéraire</em></strong> (1987). © ONF
Monsieur Pointu (1975). © ONFItinéraire (1987). © ONF

On retrouve dans Nébule l’atmosphère prévalant dans Dimensions (1966), premier film de Longpré destiné au jeune public, qu’il réalise en utilisant la technique de la pixillation. C’est-à-dire qu’encore une fois le cinéaste part d’une situation concrète – ici, un jeune garçon et une jeune fille sont confrontés à des problèmes liés à la dimension des objets qu’ils côtoient –, mais abandonne rapidement toute velléité de progression dramatique pour lui préférer une structure se présentant comme un enchaînement de variations autour d’un thème.

Autre film de pixillation, Monsieur Pointu (1975), coréalisé avec André Leduc, va dans le même sens. On y voit en effet le « violoneux » Paul Cormier qui, aux prises avec un violon, un archet et un chapeau récalcitrants, se trouve bientôt au cœur d’un jeu musical et visuel délirant dans lequel il est tour à tour jongleur, dompteur et marionnette. Réalisé dans l’esprit et la foulée des films de pixillation de Norman McLaren (A Chairy Tale et Discours de bienvenue), Monsieur Pointu n’a cependant pas l’arrière-plan politique qui caractérise les films du maître. En effet, si les objets refusent ici aussi de se soumettre à la volonté de l’homme, l’atmosphère reste cependant au niveau de la joyeuse farandole. Mis en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage d’animation, Monsieur Pointu évoque les jeux et les trucages de Georges Méliès et rappelle ainsi les « trick films » des premiers temps du cinéma.

Réalisé en 1980, Les naufragés du quartier décrit la mécanique sociale sous la forme d’un engrenage broyant les espoirs. On y retrouve en effet un homme, aliéné par un travail déprimant, qui sombre dans l’alcool et entraîne sa famille à sa suite. Violence familiale, tristesse, solitude et prostitution sont les effets d’un enchaînement implacable. Il s’agit indéniablement du film le plus clairement narratif de la carrière de Longpré. Toutefois, le cinéaste n’y renie aucunement son style, l’approche graphique demeurant primordiale, la souplesse des lignes et l’abondance des métamorphoses rappelant Tête en fleurs.

Ses derniers films – Itinéraire (1987), Félicité (1989) – sont l’œuvre d’un illustrateur déjà plus proche de la peinture que du cinéma, les questions cinétiques et narratives y étant abordées avec une certaine insouciance.

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