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Francine Desbiens

L’œuvre en bref

Francine Desbiens

Le nom de Francine Desbiens est associé à la technique du papier découpé, que la cinéaste a utilisée à plusieurs fins, en empruntant divers styles graphiques. Ce faisant, elle a montré toute la richesse de cette technique simple, qui a joué un rôle considérable dans l’histoire du cinéma d’animation à l’ONF.

<strong><em>E</em></strong> (1981). © ONF<strong><em>Ah! Vous dirais-je maman</em></strong> (1985). © ONF
E (1981). © ONFAh! Vous dirais-je maman (1985). © ONF

En abordant la filmographie de Francine Desbiens, on s’arrête nécessairement à Ah! vous dirai-je, maman (1985), court métrage que sa réussite et sa singularité ont élevé au rang de classique du cinéma d’animation féminin. En effet, ce film éminemment personnel s’inscrit au cœur même d’un courant apparu au cours de la décennie 1970, axé sur l’illustration de l’expérience intime. Si Frank Film (1973), des Américains Frank et Caroline Mouris, peut être considéré comme l’œuvre phare du genre, il demeure que c’est autour d’une série de femmes cinéastes que ces thèmes ont occupé une place de plus en plus large dans le paysage du cinéma d’animation.

<strong><em>Dessine-moi une chanson</em></strong> (1990). © ONF<strong><em>Mon enfant ma terre</em></strong> (1988). © ONF
Dessine-moi une chanson (1990). © ONFMon enfant ma terre (1988). © ONF

Réalisé à partir de photos de famille, le film de Francine Desbiens est donc largement autobiographique : c’est l’histoire d’une vie, d’une femme que nous ne connaîtrons que par les lieux qu’elle a habités, que par les objets qui l’auront entourée. Un film sans paroles, dont le récit s’organise dans la discrétion des images qui se succèdent sans renfort d’effets, un film elliptique qui exige du spectateur l’attention soutenue nécessaire à saisir le sobre mouvement de la vie, mouvement imperceptible à qui ne s’y attarde pas.

Le reste de l’œuvre de Francine Desbiens relève largement d’une approche à la fois didactique et civique. C’est vrai de son premier film, Les bibites de Chromagnon (1971), tentative fantaisiste d’initier le spectateur à la gamme des couleurs, autant que de son dernier, Mon enfant, ma terre (1998), vive et émouvante dénonciation du rôle des sociétés occidentales dans la tragédie des mines antipersonnel. Film bref sur la mort qui prend à son compte l’efficacité publicitaire, Mon enfant, ma terre provoque une émotion violente qui – signe de réussite – déclenche immédiatement la réflexion. Desbiens s’y révèle une redoutable dialecticienne, n’ayant besoin que de quatre minutes pour y aller d’une démonstration implacable de l’aveuglement occidental. Mieux encore, pour ce film pour lequel elle délaisse le papier découpé au profit des logiciels d’animation, elle parvient à utiliser avec bonheur les nouvelles ressources dont elle dispose pour évoquer avec concision et la guerre et le déploiement des mines, parvenant ainsi è faire d’un drame individuel un chapitre d’un drame collectif.

Voir le monde (1992) et Le tournoi (1994), deux films réalisés précédemment, en papier découpé, dans le cadre de la série Droits au cœur, appartiennent aussi à cette veine civique. Le premier des deux courts métrages est une sorte de film-outil synthétisant les thèmes de la série, tandis que Le tournoi aborde l’égalité des chances et la différence par l’histoire d’une fillette sourde qui joue aux échecs.

À travers toute son œuvre, Francine Desbiens s’inscrit donc dans la tradition initiée par John Grierson, tradition que Norman McLaren et René Jodoin – ses maîtres à penser, avec Bretislav Pojar – ont contribué à implanter au cœur de la production de films d’animation à l’ONF.

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