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Grant Munro

L’œuvre en bref

Grant Munro

Covedette de Voisins/Neighbours, un des films les plus applaudis de l’histoire de l’ONF, Grant Munro a prêté son talent et son charme à diverses productions au fil d’une carrière s’étalant sur quarante années. Il appartenait à cette première génération d’artistes qui sont entrés à l’ONF à ses débuts à Ottawa. Tout comme Colin Low et Wolf Koenig, Grant Munro a déployé une impressionnante polyvalence en tant que cinéaste. Excellent coéquipier, il apportait toujours volontiers sa contribution au processus de création collective que l’on reconnaissait dans le monde entier comme étant la principale force de l’Office national du film du Canada. Munro était non seulement un habile réalisateur de films d’animation et de documentaires, il a aussi exercé plus d’une fois son talent d’acteur et de danseur à l’écran. La carrière de Grant Munro à l’ONF brille de nombreux éclats qui mettent en évidence ses habiletés variées.

<strong><em>Le Grand Voyage d'André</em></strong> (1947). © ONF<strong><em>Two Bagatelles</em></strong> (1964). © ONF
Le Grand Voyage d'André (1947). © ONFTwo Bagatelles (1964). © ONF

C’est d’abord comme créateur d’animations que Munro fait sa marque. Ses découpages animés sur les airs de My Darling Clementine et The Daring Young Man on the Flying Trapeze, tous deux réalisés en 1945 pour divertir les Canadiens en temps de guerre, fascinent toujours par leur rythme entraînant et l’écho joyeux qu’ils offrent aux mélodies. En collaborant avec George Dunning et Bob Verrall, Munro fait partie du trio qui a réalisé et animé Three Blind Mice (1946), film didactique teinté d’humour noir sur la sécurité, qui reste un des meilleurs exemples de films d’animation de découpages produits par l’ONF dans les années 1940.

<strong><em>Canon</em></strong> (1964). © ONF<strong><em>Les Animaux en marche</em></strong> (1966). © ONF
Canon (1964). © ONFLes Animaux en marche (1966). © ONF

Grant Munro assoit sa réputation en participant au film qui vaudra un Oscar à Norman McLaren, Voisins/ Neighbours (1952). Ce court métrage légendaire contre la guerre emploie la technique image par image, qui fige les acteurs dans leurs gestes pour ensuite les « animer » au montage et produire ainsi toutes sortes d’effets spéciaux. On y voit Munro et son collègue animateur Jean-Paul Ladouceur qui sont les plus paisibles voisins du monde jusqu’à ce que leur désir de posséder une fleur les transforme progressivement en rivaux, puis en ennemis mortels. En plus d’être excellent dans son rôle, Munro a peint les maisons des voisins et c’est également lui qui a eu l’idée de maquiller les protagonistes de peinture de guerre quand l’action atteint son paroxysme fatal.

La même année, Munro et McLaren collaborent à la réalisation de Two Bagatelles, une autre animation image par image où Munro tient la vedette. Exubérant dans la marche rapide de b, il se montre gracieux dans On The Lawn, construit avec des chutes du film Voisins.

Dix ans plus tard, McLaren et Munro se retrouvent pour réaliser Caprice de Noël, un autre grand succès de l’ONF qui sera mis en nomination pour un Oscar. Munro y incarne un bouffon dont les cabrioles servent à présenter des séquences d’animation créées par Gerald Potterton, Jeff Hale, McLaren et Munro lui-même. Cet amusant film devient vite un classique du temps des fêtes que les enfants aiment revoir, tant au Canada que partout dans le monde.

L’année suivante, McLaren et Munro travaillent à nouveau ensemble, cette fois pour réaliser un court métrage d’animation très complexe illustrant la forme musicale du canon. De multiples « Grant Munro » s’agitent joyeusement sur des mélodies dans cette merveilleuse illustration du discours musical. La danse qu’y exécute Munro suscitera les éloges de nul autre que le grand chorégraphe Lincoln Kirstein, un des fondateurs du New York City Ballet.

Grant Munro réalise en 1966 son propre pamphlet pacifiste, Jouets/ Toys, où des figurines de soldats dans une vitrine de magasin s’animent image par image sous les yeux d’enfants stupéfaits. Comme au combat, les jouets sèment la mort et la destruction tandis que la caméra enregistre froidement le carnage, laissant aux regards bouleversés des enfants le soin de refléter toute l’horreur de la guerre.

Le cinéaste se consacrera entièrement au tournage de films documentaires après avoir coréalisé avec Ron Tunis Les Animaux en marche/The Animal Movie (1966), une délicieuse animation pour enfants et, avec Don Arioli, Ashes of Doom (1970), un court métrage en prise directe, et à l’humour noir, sur les dangers de la cigarette.

Tour en l’air (1973) propose un regard de l’intérieur sur la vie et le travail d’Anna Marie et David Holmes, le couple de danseurs de ballet qui était en vedette dans le classique Ballet Adagio de Norman McLaren. Avec Le mouvement image par image, en cinq parties (1976-1978), et McLaren on McLaren, Munro réalise des documents indispensables où le grand cinéaste explique son œuvre et sa philosophie. See You in the Funny Papers (1983) est une chronique aussi chaleureuse qu’humoristique sur la vie et la carrière échevelées de l’auteure de bandes dessinées Lynn Johnston.

Mais le fleuron de l’œuvre documentaire de Grant Munro est sans contredit Boo Hoo (1975), le portrait magnifiquement réalisé d’un gardien de cimetière du Nouveau-Brunswick. Avec l’aide du caméraman Barry Perles, Munro parvient à capturer l’essence d’un merveilleux conteur dans son élément naturel : le vieillard exubérant déambule parmi les pierres tombales en racontant les histoires fabuleuses de quelques-uns des occupants des lieux. Il s’agit là d’un très beau film et c’est un de ceux que Munro préfère.

La carrière de Grant Munro défie toute simplification. Grand touche-à-tout, il a su faire preuve d’un esprit créatif remarquable dans le cadre de nombreux projets. Ce qui s’avère peut-être sa principale qualité, soit la multiplicité de ses talents, devient un obstacle à l’évaluation de son œuvre. En collaborant à des œuvres de styles et de genres aussi différents, Munro n’est jamais parvenu à développer une production cohérente. Néanmoins, si le charme et le talent comptent pour quelque chose — et c’est le cas —, alors la délicieuse présence de Grant Munro continuera d’être appréciée pendant des années.

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