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Ishu Patel

L’œuvre en bref

Ishu Patel

L’esprit du divin
Par Marc Glassman

Ishu Patel a créé une œuvre qui est hantée par de profondes questions philosophiques : Y a-t-il une vie après la mort? Quel est le sort de l’humanité? Pourquoi la mort? Que devons nous apprendre pour trouver le paradis?

<strong><em>Paradis</em></strong> (1984). © ONF<strong><em>Histoire de perles</em></strong> (1977). © ONF
Paradis (1984). © ONFHistoire de perles (1977). © ONF

La créativité artistique d’Ishu Patel, brillant cinéaste d’animation toujours prêt à expérimenter, est telle qu’elle propulse son œuvre à des niveaux de complexité qui se prêtent à sa quête perpétuelle du sens de la vie. Dans Histoire de perles, Patel joue avec une multitude de perles qu’il transforme en des êtres, des oiseaux aux mammifères, qui deviennent, inévitablement, les plus effroyables d’entre eux : des hommes armés. La vitesse du mouvement, l’emploi des perles et le choix astucieux des couleurs font de ce film une œuvre remarquable qui dénonce, de façon très claire, la propension des humains à l’agression et au carnage.

<strong><em>Après la vie</em></strong> (1978). © ONF<strong><em>Ainsi vint la mort</em></strong> (1972). © ONF
Après la vie (1978). © ONFAinsi vint la mort (1972). © ONF

Après la vie, un des chefs-d’œuvre du cinéaste, est un film extraordinaire. Admirablement réalisé, il met en scène des formes en pâte à modeler posées sur un panneau de verre éclairé par-dessous. En couleurs vives, le film traduit parfaitement la vision du cinéaste et transporte le spectateur dans un univers situé entre la vie et la mort, dans un lieu où pourrait se jouer le drame de l’au-delà. Le film a remporté plusieurs prix dont celui du Festival international du film d’animation d’Annecy (l’équivalent du Festival de Cannes pour le cinéma d’animation), du Festival international du film de Chicago, du Festival des films du monde de Montréal ainsi que le Prix Etrog (autrefois l’équivalent canadien des Oscars).

Le merveilleux Paradis a suivi peu après. Représentant un paysage mythique, un luxuriant jardin tropical entoure un château d’une beauté éblouissante. Dans le château, un oiseau au plumage éclatant amuse l’empereur; dans le jardin un oiseau jaloux au plumage noir rêve de devenir aussi attrayant que son rival. Cependant, une fois que l’oiseau au noir plumage découvre que, dans l’esprit de l’empereur, la beauté est assortie d’une cage dorée, il éprouve un attrait irrésistible pour la liberté des cieux et pour un environnement naturel. L’allégorie de la liberté et de l’égalité qui est au cœur de Paradis ne serait pas aussi poignante si le réalisateur faisait preuve d’une moindre maîtrise technique. C’est grâce à un éclairage à contre jour, aux dessins animés sur celluloïd, à l’animation de papiers découpés et à de nombreuses surimpressions photographiques que le film produit ses effets. Paradis, s’est vu décerner des prix de Los Angeles à Hamilton et d’Annecy à Melbourne.

Destin divin, lui aussi, s’attache à réfléchir sur des questions importantes : Qu’est-ce que le libre arbitre? L’humanité est-elle responsable de sa propre survie? Les humains peuvent-ils être généreux? Bien qu’il soit moins réussi que Paradis et Après la vie, le film est fidèle au style qui a fait connaître Patel comme artiste de premier plan : l’application de la technique avec une précision mathématique et la création d’images lumineuses.

Né en Inde, diplômé en design graphique à Bâle, en Suisse, et boursier de la Rockefeller Foundation aux États-Unis, Ishu Patel s’installe au Canada pour travailler à l’Office national du film. Son intérêt pour le mysticisme s’accommode bien de l’environnement intellectuel de l’ONF où travaillent des artistes-penseurs tels que Tom Daly, René Jodoin et Colin Low. Néanmoins, c’est sans doute grâce à sa collaboration avec le producteur Derek Lamb, dont l’approche pratique a obligé l’artiste sud-asiatique à structurer ses récits avec autant de rigueur que celle avec laquelle il manie la technique, que Patel a réalisé ses meilleurs films.

Bien que Patel soit un artiste cosmopolite, ses origines indiennes, son choix de thèmes et de collaborateurs font de lui un pionnier. Car, en évoquant dans ses récits une imagerie tirée de la philosophie bouddhiste et des mythes hindous et en choisissant des musiciens aussi remarquables et aussi remarquablement différents que Herbie Mann, le flûtiste de jazz états-unien, Michio Miyagi, le légendaire joueur de koto et compositeur japonais, Gheorghe Zamfir, le joueur de flûte de pan roumain et J.P. Ghosh, le batteur indien, pour créer la bande sonore de ses films, Ishu Patel se distingue comme un cinéaste d’animation « du monde » à une époque où de tels cinéastes ne font que commencer à occuper le devant de la scène. En raison de sa nature interculturelle, de sa brillante technique et de son fond philosophique, l’œuvre de Patel jouira, sans doute, d’une longue célébrité.

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