Skip to: [content] [navigation]

Jacques Drouin

L’œuvre en bref

Jacques Drouin

Le cinéaste d’un instrument
Par Marco de Blois

La carrière de Jacques Drouin est liée à l’une des techniques les plus rares de l’animation : l’écran d’épingles. Les films réalisés avec cet appareil étant peu nombreux, les possibilités de comparaisons sont limitées. Il faut donc placer le travail de Drouin dans la lignée de celui d’Alexandre Alexeïeff (1901-1982) et de Claire Parker (1906-1981), les pionniers de cette technique. Or, bien que les liens soient évidents, il faut reconnaître que le cinéaste a su affirmer sa personnalité en explorant les possibilités de l’instrument.

<strong><em>Empreintes</em></strong> (2004). © ONF<strong><em>Le paysagiste</em></strong> (1976). © ONF
Empreintes (2004). © ONFLe paysagiste (1976). © ONF

Dans ses deux premiers films (Trois exercices sur l’écran d’épingles d’Alexeïeff, 1974, et Le paysagiste, 1976), les images, teintées de surréalisme, s’enchaînent au fil de métamorphoses envoûtantes. On retrouve ici une poésie lyrique qui rappelle celle de ses prédécesseurs (on pense à Une nuit sur le Mont Chauve, 1933). Cependant, Le paysagiste, qui raconte les déambulations d’un peintre pénétrant dans l’univers de son tableau, est aussi une œuvre d’intériorité, d’une grande qualité d’émotion. Il s’agit d’ailleurs de la première réalisation marquante de Drouin.

<strong><em>Trois exercices sur l’écran d’épingles d’Alexeïeff</em></strong> (1974). © ONF<strong><em>Une leçon de chasse</em></strong> (2001). © ONF
Trois exercices sur l’écran d’épingles d’Alexeïeff (1974). © ONFUne leçon de chasse (2001). © ONF

Les années suivantes voient Drouin explorer d’autres pistes. D’abord, il coréalise avec le tchèque Bretislav Pojar L’heure des anges (1986), associant sa technique à l’animation de marionnettes. Le film, tourné sans l’assistance de l’ordinateur, résulte d’un processus complexe grâce auquel les images conçues à l’écran d’épingles se surimposent aux figurines. Cette expérience combinatoire n’aura toutefois pas de suite dans la filmographie du cinéaste, si ce n’est que celui-ci explorera davantage la narration. Historiquement, l’écran d’épingles a toujours été perçu comme une technique de la rêverie; n’ayant pas la mobilité d’une caméra, il se prête mal au découpage cinématographique. Or, dans les œuvres suivantes (Ex-enfant, 1994 et Une leçon de chasse, 2001), Drouin applique à l’appareil les règles de la prise de vues réelles (champ contrechamp, mouvements de caméra, etc.), faisant preuve d’une virtuosité qui demeure peu visible à l’écran.

Empreintes (2004) peut être vu comme un retour aux sources. En effet, nous sentons planer ici l’ombre du Paysagiste. Construit sur un enchaînement de métamorphoses, le film présente la relation d’un artiste avec sa création, à la différence que Drouin y prend la place du peintre et que le tableau est remplacé par l’écran d’épingles. La caméra s’approche très près de la surface, s’aventure derrière elle, dévoile nettement sa matérialité (le métal des épingles, le bas-relief formé par celles-ci). Œuvre emportée et poignante, Empreintes est aussi une déclaration d’amour d’un cinéaste pour l’instrument qui l’a accompagné presque toute sa vie.

Voir la biographie >