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John Weldon

L’œuvre en bref

John Weldon

Les talents de conteur de John Weldon, de même que ses prouesses techniques et son esprit inventif, le classent au premier rang des créateurs de films d’animation à l’échelle mondiale. Ne reculant jamais devant la controverse, il aime s’attaquer dans son travail à des thèmes fondamentaux allant des questions d’identité personnelle aux enjeux d’éthique et de morale. Pour Weldon, l’individu prime sur un système qu’il estime soit corrompu, soit trop conservateur, et les œuvres qu’il réalise sont immanquablement satiriques, teintées d’humour noir.

<strong><em>Livraison spéciale</em></strong> (1978). © ONF<strong><em>Real Inside</em></strong> (1984). © ONF
Livraison spéciale (1978). © ONFReal Inside (1984). © ONF

Weldon s’est d’abord fait remarquer en réalisant Livraison spéciale, une comédie cynique où se conjuguent la mort, l’infidélité et le syndicat des facteurs. Au fil d’une intrigue compliquée, un cadavre est découvert et déplacé deux fois, de nombreuses infractions sont commises et de nouvelles identités créées. L’humour s’articule autour de conjectures, alors que divers personnages réagissent aux faits tels qu’ils les perçoivent — incorrectement. Cette histoire que l’on pourrait qualifier de sournoise, née de l’imagination fertile de John Weldon, a notamment valu un Oscar à son auteur.

Son film suivant, Real Inside, est une magistrale œuvre expérimentale où Weldon traite un de ses thèmes favoris, soit l’identité. Habile mariage d’animation et de tournage réel, l’histoire est celle d’un personnage de dessins animés, Buck Boom, qui décide d’abandonner le showbiz pour trouver un emploi dans les affaires. L’entrevue que lui accorde M. Mudgin, un directeur du personnel qu’incarne le comédien Colin Fox, tourne autour des stéréotypes. Buck Boom doit convaincre M. Mudgin qu’il est « bien réel en dedans » et qu’il veut travailler dans un cabinet d’actuaires — ironiquement, il s’agit de l’emploi ennuyant qu’avait rejeté Weldon pour se joindre à l’ONF.

<strong><em>Of Dice and Men</em></strong> (1988). © ONF<strong><em>The Hungry Squid</em></strong> (2002). © ONF
Of Dice and Men (1988). © ONFThe Hungry Squid (2002). © ONF

Sur le plan technique, Real Inside présentait un immense défi : Dave Burgess, l’assistant de Weldon, devait faire coïncider, cadre par cadre, le dessin et les séquences tournées en studio. Pour que les objets bougent sur le bureau de Mudgin en accord avec les mouvements du personnage dessiné, le producteur David Verrall était couché par terre et les manipulait à l’aide de fils de fer. Et pendant toute la semaine de tournage, Colin Fox devait faire exactement les bons gestes pour que le film soit efficace.

Bien que Real Inside se soit avéré un triomphe technique, John Weldon a par la suite délaissé les œuvres qui exigent des années de travail. Il a plutôt choisi de confier ses espoirs et ses talents à l’ordinateur pour « ôter la souffrance du travail d’animation, un processus qui était comparable à l’érection d’une pyramide. Je ne voulais pas passer des milliers d’heures à faire un film. »

Pour son premier court métrage animé par ordinateur, Of Dice and Men, Weldon s’est servi de sa formation de mathématicien pour écrire le code informatique qui lui a permis d’exploiter un programme MS-DOS de Texas Instruments. Trois ans plus tard, en 1991, il décide de se « débarrasser de l’art pour adopter une technique loqueteuse qui correspond à ma voix », afin de réaliser The Lump, un petit film d’animation en musique pour lequel Weldon a écrit le scénario et les chansons qu’il interprète lui-même. La productrice Marcy Page a alors trouvé le mot « recyclomation » pour désigner le style évolutif de John Weldon, où il peint les toiles de fond puis utilise des guenilles et des éléments de rendu qu’il traite à l’aide des programmes After Effects et Photoshop de Macintosh.

Lorsqu’il réalise The Hungry Squid, Weldon ajoute l’animation de marionnettes aux autres techniques qu’il combine dans ce film. Les marionnettes, conçues par Lilian Kruip, sont bourrées de gravier d’aquarium très léger, et Weldon filme les personnages individuellement sur fond noir. Puis, grâce à la composition d’images, il remplace ce fond par des photos. Comme il est possible de placer les marionnettes au sol, il est plus facile de les animer. The Hungry Squid, gagnant d’un Génie en 2003, est un film à la fois sombre et drôle à propos d’une jeune fille qui triomphe de l’adversité malgré le fait que ses parents la négligent et que le système scolaire ne la comprend pas.

Tout au long de sa carrière, John Weldon s’est montré fasciné par la pensée scientifique et la philosophie morale. C’est un rationaliste à l’ère du fondamentalisme. Dans To Be, un de ses films les plus personnels, il se sert du téléporteur cher aux auteurs de science-fiction pour se demander si les êtres humains ont une âme et, le cas échéant, si la copie d’un individu possèderait l’esprit de celui-ci. Réflexion grisante s’il en est, mais une bonne partie de l’œuvre de John Weldon l’est tout autant. Son art se fonde essentiellement sur son évaluation critique du monde, et c’est ce qui rend son œuvre exceptionnelle : John F. Weldon sait marier des techniques novatrices à des scénarios intelligents pour stimuler la réflexion sur notre façon d’être.

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