Martine Chartrand
L’œuvre en bref
L’œuvre de Martine Chartrand prend forme sur les bases d’un humanisme généreux, d’un engagement solide et d’un remarquable esprit de synthèse. On reconnaît en effet dans T.V. Tango (1992), son premier film, la marque d’une cinéaste aux préoccupations sociales aiguës, dont l’imagerie, d’inspiration classique, est mise au service d’une rhétorique claire, limpide, pleine d’une tendresse sincère pour les enfants qu’elle met en scène.
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| T.V. Tango (1992). © ONF | Âme noire (2000). © ONF |
C’est toutefois avec Âme noire/Black Soul (2001), son second court métrage, que Chartrand laisse entrevoir l’ampleur et l’originalité de sa démarche artistique. Abandonnant le dessin sur papier et utilisant pour la première fois la redoutable technique de la peinture sur verre, Chartrand s’atèle au vaste projet d’évoquer l’histoire des peuples noirs, peignant d’un même élan les pharaons noirs de l’Égypte nubienne et la traite des esclaves, mêlant en une même trame sonore les rythmes tribaux d’une Afrique millénaire et le jazz issu de l’aventure américaine.
Le dispositif du film, dans sa simplicité – une grand-mère raconte l’Histoire de son peuple à son petit-fils – laisse à Chartrand toute la latitude pour voyager dans l’espace et le temps, pour passer de l’Afrique aux Antilles, puis des États-Unis au Canada, pour montrer la solitude des champs de coton, pour dire le courage, la souffrance et la révolte, pour faire entendre le sifflement du fouet, la dignité des chants et la voix profonde du révérend Martin Luther King rêvant de fraternité et d’un avenir meilleur pour ses enfants.
Cet enchaînement d’images, tissu de références, qui remonte à la source du café, du sucre et du coton, ce collage de sons et d’extraits musicaux dont la richesse n’a d’égal que le chatoiement des couleurs, tout cela compose une véritable fresque, un large tableau dans lequel prennent place des célébrités et des anonymes, des rois et des humbles, des vieillards et des enfants.
Âme noire/Black Soul est couronné de 22 prix, dont l’Ours d’or du court métrage à Berlin, le Jutra du meilleur film d’animation et le Crystal Heart à Indianapolis. En 2003 Martine Chartrand se lance dans un autre projet ambitieux de peinture sur verre : MacPherson, inspiré d’une chanson de Félix Leclerc. Encore une fois, Chartrand se mesure à l’Histoire et s’attaque à un film nécessitant une recherche importante. Ici, c’est l’amitié que Félix Leclerc a entretenu avec un chimiste d’origine jamaïcaine, amateur de jazz, qui devient le cadre d’un récit où est abordé le rôle des draveurs noirs sur les chantiers du Québec, la solidarité entre les races et la création artistique. Autre film musical, MacPherson reprend donc, en les affinant, plusieurs des thèmes présents dans le précédant court métrage de la cinéaste.
Avec ce film, Martine Chartrand confirme la solidité de son engagement social, utilisant le cinéma comme vecteur d’Histoire, luttant contre l’ignorance et contribuant à la création d’une imagerie constructive des réalités raciales. La place qu’elle occupe dans le cinéma d’animation canadien est celle d’un modèle d’intégrité, de volonté et de persévérance.


