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Michèle Cournoyer

L’œuvre en bref

Michèle Cournoyer

Aux frontières de la non-verbalité
Par Marco de Blois

Le thème des relations conflictuelles entre hommes et femmes est au cœur du travail de Michèle Cournoyer. Cela va des aléas de la vie conjugale (La basse cour) au désir amoureux (Accordéon) en passant par le drame de l’inceste (Le chapeau) et la hantise du vieillissement (Dolorosa). Optant pour le point de vue du personnage féminin, Michèle Cournoyer signe des images empreintes à la fois de douleur et d’humour noir. L’ensemble distille des émotions troublantes.

<strong><em>La basse-cour</em></strong> (1992).  © ONF<strong><em>Une artiste</em></strong> (1994). © ONF
La basse-cour (1992). © ONFUne artiste (1994). © ONF

Mais l’identification d’un thème ne peut servir à définir avec exactitude son art, car celui-ci échappe à une catégorisation simple et littérale. Le travail de Michèle Cournoyer nous amène aux frontières de la non-verbalité dans un esprit proche des surréalistes. Ses films empruntent la logique du rêve, se présentant comme l’expression incontrôlée d’une réalité intérieure, secrète et le plus souvent refoulée. Par exemple, la cinéaste crée des associations étonnantes et obsessionnelles avec des personnages féminins et des objets, lesquels sont le plus souvent la représentation imagée d’un traumatisme ou d’une passion.

<strong><em>Le chapeau</em></strong> (1999). © ONF<strong><em>Accordéon</em></strong> (2004). © ONF
Le chapeau (1999). © ONFAccordéon (2004). © ONF

C’est à partir de Old Orchard Beach, P.Q. (1981) qu’elle établit les bases de son style. Dans cette fantaisie se déroulant sur une plage du Sud, une vacancière est en proie à des hallucinations : l’objet du désir prend la forme de homards géants. Dans Le chapeau (1999), le souvenir d’une agression incestueuse revient hanter les souvenirs d’une jeune femme. La réalisatrice exprime avec force cette souffrance en faisant continuellement resurgir l’image du chapeau que portait l’agresseur. L’approche se radicalise dans Accordéon (2003), son film le plus abstrait sur le plan narratif. La réalisatrice dépeint une relation amoureuse sur Internet, en amalgamant les corps des protagonistes téléguidés par leur passion aux composantes des machines.

Michèle Cournoyer s’est laissé tentée par l’ordinateur (Une artiste, 1994), mais opte le plus souvent pour des techniques traditionnelles. Ses deux derniers films (Le chapeau et Accordéon) ont d’ailleurs été simplement dessinés sur papier. Elle utilise parfois la rotoscopie, une technique qui lui permet de capter directement le réel pour mieux le subvertir. Le trait le plus remarquable de son travail est assurément la façon de bâtir le récit sur une prolifération de métamorphoses. Les images sont sans cesse transformées par son imagination débordante, et ce flot de métamorphoses n’est pas sans rappeler le travail de primitifs qui abordaient l’animation sans assises narratives fermes (on pense à Émile Cohl) de même que celui de pionniers comme Alexandre Alexeïeff et Jacques Drouin.

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