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Norman McLaren

L’œuvre en bref

Norman McLaren

L'expérimentateur infatigable
Par Marcel Jean

Né à Stirling, en Écosse, en 1914, Norman McLaren s’est intéressé très tôt au cinéma grâce aux œuvres des grands cinéastes russes Eisenstein et Pudovkin, et à celle de l’animateur allemand Oskar Fischinger. Étudiant à l’école d’art de Glasgow, passionné de danse, il réalise des documentaires stylisés (Seven Till Five, 1933) avant de joindre le General Post Office Film Unit (GPOFU) de Londres, où il travaillera pour John Grierson. C’est au GPOFU qu’il réalise Love on the Wing (1937), dessiné directement sur pellicule. Émigré aux États-Unis en 1939, McLaren signe plusieurs films abstraits : Stars and Stripes (1940), Dots (1940), etc. En 1941, il retrouve au Canada John Grierson, qui a fondé l’ONF à l’invitation du gouvernement canadien. Grierson demande alors à McLaren de constituer une première équipe d’animateurs.

McLaren anime ici  <strong><em>Le merle</em></strong> (1958) en papier découpé. © ONFMcLaren lors du tournage du film <strong><em>Il était une chaise</em></strong> (1957). © ONF
McLaren anime ici Le merle (1958) en papier découpé. © ONFMcLaren lors du tournage du film Il était une chaise (1957). © ONF

La personnalité et la philosophie de McLaren sont indissociables du développement de l’animation à l’ONF. Expérimentateur infatigable, McLaren défend une conception artisanale du cinéma d’animation, selon laquelle le cinéaste, un peu à la manière du peintre dans son atelier, contrôle toutes les étapes de la réalisation de son film. Par l’exemple, McLaren encourage donc ses collègues à développer leurs propres outils, à innover sur le plan technique. Ainsi, même si le nom de McLaren est associé au dessin et à la gravure sur pellicule à travers des chefs-d’œuvre comme Caprice en couleurs (coréal. Evelyn Lambart, 1949) et Blinkity Blank (1955), son imposante filmographie se distingue par le recours à diverses techniques : papier découpé (Rythmetic, coréal. E. Lambart, 1956; Le merle, 1958), dessin au pastel animé par transformations successives (Là-haut sur ces montagnes, 1945), utilisation systématique de fondus enchaînés (C’est l’aviron, 1944), animation image par image (Voisins, 1952; Discours de bienvenue de Norman McLaren, 1961), surimpressions d’images obtenues à l’aide d’une tireuse optique (Pas de deux, 1967), etc.

<strong><em>Voisins</em></strong> (1952). © ONF<strong><em>Blinkity Blank</em></strong> (1955). © ONF
Voisins (1952). © ONFBlinkity Blank (1955). © ONF

Sur le plan thématique, l’œuvre de McLaren se distingue par son humanisme (Voisins; Il était une chaise, coréal. Claude Jutra, 1957), son humour raffiné (Rythmetic; Canon, 1964, c.m.) ainsi que par ses accents surréalistes (A Little Phantasy on a 19th Century Painting, 1946; A Phantasy, 1953). Si les films dans lesquels il travaille avec des danseurs (Pas de deux; Ballet Adagio, 1972; Narcisse, 1983) expriment une conception classique de la beauté axée sur les idées d’harmonie et d’équilibre, d’autres œuvre, plus abstraites (Caprice en couleurs; Lignes verticales, coréal. E. Lambart, 1960) reposent sur une conception chorégraphique du cinéma d’animation, qui se définit alors essentiellement comme un art cinétique, débarrassé de toute influence théâtrale ou romanesque. Dans ces films, McLaren reste toutefois proche de l’expressionnisme abstrait, son travail pouvant être comparé tantôt à celui de Jackson Pollock, tantôt à celui de Barnett Newman.

Caprice en couleurs, par l’extrême liberté de son approche plastique – McLaren y peint la pellicule non cadrée, travaillant la matière comme s’il s’agissait d’un long et mince tableau – constitue un sommet dans l’œuvre du cinéaste. Les effets de synchronisme entre les images et la musique du jazzman Oscar Peterson y sont complexes et brillants : l’image et la musique se répondent ici à travers un réseau de correspondances qui révèlent leur nature profonde, c’est-à-dire la richesse de leur texture, leur grain, leur énergie.

Autre moment fort, Blinkity Blank se présente comme une sorte de feu d’artifice gravé sur pellicule. McLaren y exploite le caractère explosif du trait gravé, un trait qui laisse jaillir la lumière de façon éclatante et qui impose subtilement un espace d’une étonnante profondeur. En quelques stries lumineuses, des personnages prennent formes et sont les révélateurs d’un récit embryonnaire, mais satirique.

Au cours de sa longue carrière, Norman McLaren a reçu une impressionnante quantité de récompenses, donc un Oscar pour Voisins et la Palme d’or du court métrage au Festival de Cannes pour Blinkity Blank. Décédé en 1987, il occupe une place incomparable dans l’histoire du cinéma mondial. En 1990, l’ONF a produit un long métrage documentaire qui lui est consacré : Creative Process : Norman McLaren de Don McWilliams.

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