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Pierre Hébert

L’œuvre en bref

Pierre Hébert

L’œuvre de Pierre Hébert se distingue du tout-venant du cinéma d’animation d’auteur parce qu’elle relève de deux courants à la fois : le cinéma expérimental et le cinéma politique. Sa technique de prédilection – la gravure sur pellicule – tout comme ses partis pris esthétiques ont contribué à le singulariser. Ainsi, Hébert n’appartient vraiment à aucune école, même si on le qualifie souvent d’héritier de Norman McLaren.

<strong><em>Op Hop - Hop Op</em></strong> (1966). © ONF<strong><em>Souvenirs de guerre</em></strong> (1982). © ONF
Op Hop - Hop Op (1966). © ONFSouvenirs de guerre (1982). © ONF

Ses premiers films professionnels – Op Hop – Hop Op (1966), Opus 3 (1967), Autour de la perception (1968) – sont réalisés dans un esprit proche de la musique sérielle et témoignent de l’intérêt de leur auteur pour les mathématiques et les sciences (voir à ce sujet Notions élémentaires de génétique, 1971). Hébert s’y révèle un artiste rigoureux et audacieux, dont la démarche n’est pas tellement éloignée de celles des cinéastes expérimentaux américains de l’époque ni même de celle du viennois Peter Kubelka, dont le Québécois n’a cependant pas encore eu l’occasion de voir les films.

<strong><em>Étienne et Sara</em></strong> (1984). © ONF<strong><em>Chants et danses du monde inaniné</em></strong> (1972). © ONF
Étienne et Sara (1984). © ONFChants et danses du monde inaniné (1972). © ONF

Un changement d’approche s’opère toutefois dans le travail d’Hébert au cours de la première moitié de la décennie 1970. Le militantisme, la lecture de Marx et la fréquentation des écrits de Bertolt Brecht l’incitent à se consacrer à des films plus politiques. Le premier de ceux-là sera Père Noël, père Noël (1974), fantaisie distanciée autour du mythe du père Noël. Plus consistant, Entre chiens et loup (1978) propose un discours économique solidement articulé dans une forme riche, proche du théâtre épique, utilisant divers « matériaux dramatiques » : une chanson populaire, des silhouettes inspirées du travail de Lotte Reiniger en référence à l’Allemagne de la république de Weimar, du son et des images documentaires, des séquences gravées sur pellicule, de l’animation réaliste, des intertitres, etc.

La réflexion dramaturgique d’Hébert se poursuit avec Souvenirs de guerre (1982), éclatant exemple de l’utilisation de la gravure sur pellicule à des fins narratives. Alternant cette technique et le papier découpé, le son concret et la musique traditionnelle, Hébert signe un vibrant pamphlet antimilitariste dans lequel la guerre est présentée comme un outil de contrôle économique. La charge affective du film, sa clarté rhétorique et sa résonance dans l’actualité en font une œuvre marquante dans l’histoire du cinéma d’animation au Québec.

S’amorce ensuite une troisième période dans la carrière de Pierre Hébert, période moins engagée politiquement et dominée par une approche pluridisciplinaire. Travaillant avec le poète Serge Meurant (Étienne et Sara, 1984), puis avec des musiciens improvisateurs (Chants et danses du monde inanimé – Le métro, 1985), s’inspirant de l’œuvre de Picasso (Ô Picasso – Tableaux d’une surexposition, 1985) ou de celle d’Henri Michaux (Adieu bipède, 1987), Hébert est progressivement amené à donner des spectacles au cours desquels il grave des boucles de pellicule en direct. L’un de ces spectacles, Conversations (1987), donné avec la danseuse Louise Bédard, l’écrivaine Sylvie Massicotte et le musicien Robert M. Lepage, est à l’origine du court métrage La lettre d’amour (1988), touchante exploration des émotions d’une femme amoureuse.

Terminé en 1996, La plante humaine, dont le titre renvoie à Julien Gracq, propose une imposante synthèse des deux précédentes périodes de l’œuvre d’HébertOn y reconnaît en effet les préoccupations politiques et les réflexions dramaturgiques de Souvenirs de guerre, mais aussi l’interdisciplinarité et les bandes gravées sur pellicule, devant public, des spectacles récents. Dans un style baroque, mêlant des images de diverses provenances, Hébert y aborde la télévision comme récit du monde en comparant la place de la télévision dans le monde moderne avec les récits de la création du monde dans les sociétés préindustrielles. La plante humaine est désigné meilleur long métrage de l’année par l’Association québécoise des critiques de cinéma.

Ayant par la suite quitté l’ONF, Hébert poursuit son œuvre en continuant de collaborer avec des danseurs (notamment Louise Bédard) et des musiciens (surtout Bob Ostertag), explorant avec la même ardeur qu’à ses débuts les nouvelles possibilités offertes par les outils électroniques.

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