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Techniques

Dessin et gravure sur pellicule

Norman McLaren grave la pellicule pour le film <strong><em>Blinkity Blank</em></strong> (1955). Photo: Bert Beaver © ONF

Norman McLaren grave la pellicule pour le film Blinkity Blank (1955). Photo: Bert Beaver © ONF

<strong><em>Blinkity Blank</em></strong> (1955) - Norman McLaren. © ONF

Blinkity Blank (1955) - Norman McLaren. © ONF

Pierre Hébert, au cours des années 1980, gravant de la pellicule 35 mm. © ONF

Pierre Hébert, au cours des années 1980, gravant de la pellicule 35 mm. © ONF

<strong><em>Souvenirs de guerre</em></strong> (1982) - Pierre Hébert. © ONF

Souvenirs de guerre (1982) - Pierre Hébert. © ONF

Voir des extraits de films utilisant cette technique

Animando, 1987

Animando, 1987

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Par Marcel Jean
Spécialiste du cinéma d’animation

On utilise l'expression « animation sans caméra » pour désigner les techniques du dessin et de la gravure sur pellicule. Ces procédés, en effet, ne nécessitent aucune prise de vues mécanique, l'image étant tracée directement sur la pellicule par le cinéaste, à l'aide d'encres (dans le cas du dessin) ou d'un instrument pointu avec lequel on gratte l'émulsion (dans le cas de la gravure).

Ces techniques trouvent leur origine dans l’incursion des peintres d'avant-garde dans le cinéma, autour de 1910. Ainsi, le peintre futuriste italien Arnaldo Ginna affirme avoir eu l'idée de peindre sur pellicule dès 1908. En 1910, il réalise selon cette technique quatre films abstraits axés sur des expériences chromatiques. Malheureusement, ces courts films sont aujourd'hui disparus.

Le Néo-Zélandais Len Lye et le Canadien d'origine écossaise Norman McLaren sont les deux premiers cinéastes à avoir réalisé une œuvre accomplie et soutenue à partir des techniques d'animation sans caméra.

Ainsi, en 1935, au General Post Office Film Unit (GPOFU) de Londres, Lye réalise un premier film peint directement sur pellicule, A Colour Box. C'est pour Lye le début d'une activité importante qui culminera avec des titres comme Free Radicals en 1958 et Particles in Space en 1964, deux films gravés sur pellicule.

En 1937, c'est au tour de Norman McLaren de passer au GPOFU, où il réalise notamment Love on the Wing, qui contient des segments dessinés directement sur pellicule. McLaren affirmera plus tard avoir été entraîné dans cette voie à la suite du choc ressenti au moment du visionnage de A Colour Box de Len Lye. Installé aux États-Unis de 1939 à 1941, McLaren poursuit ses expériences d'animation sans caméra avec des films comme Scherzo (1939), Stars and Stripes (1940) et Dots (1940), tous dessinés sur pellicule.

Le premier court métrage de McLaren à l'ONF, Mail Early (1941), est une bande-annonce pour le ministère des Postes dans laquelle une série de symboles figuratifs dessinés sur la pellicule s'animent au son de la musique de Benny Goodman. Au cours de sa première décennie d'activité à l'ONF, McLaren réalise une douzaine de films – Dollar Dance (1943), Fiddle-de-dee (1947), etc.– en utilisant la technique du dessin sur pellicule. L'un d'eux, Caprice en couleurs (1949), qu'il coréalise avec Evelyn Lambart, est un véritable chef-d'œuvre de l'illustration musicale. Par un habile travail sur les deux faces de la pellicule, les cinéastes créent dans ce film de riches textures qui offrent un équivalent visuel à la complexité et à la liberté de la musique d'Oscar Peterson.

S'il a beaucoup peint sur pellicule, McLaren a laissé une œuvre gravée moins abondante. En fait, Blinkity Blank (1955), époustouflant feu d'artifice cinématographique, est l'un des rares films qu'il ait entièrement gravés sur pellicule. L'éclatement narratif de ce court métrage, sorte de pétarade visuelle traversée par les formes fugitives de drôles d'oiseaux, montre à quel point McLaren ne croyait pas qu'il soit possible de raconter des histoires complexes en utilisant les techniques d'animation sans caméra. Mais en 1982, Pierre Hébert allait lui donner tort en réalisant Souvenirs de guerre, puissante œuvre antimilitariste dont la majeure partie est gravée sur pellicule.

Hébert n'en était alors pas à ses premières armes en gravure sur pellicule. Dès 1962, il avait réalisé de façon artisanale deux courts métrages : Histoire verte et Histoire d'une bébite. Entré à l'ONF en 1965, il y grave aussitôt un film abstrait, Op Hop - Hop Op (1966), construit à partir de répétitions combinatoires de séries d'images.

Mis à part McLaren et Hébert, peu de cinéastes de l'ONF ont travaillé directement sur la pellicule. Tout au plus peut-on souligner les expériences de Raymond Brousseau, qui a gravé deux films axés sur l'abstraction géométrique (Dimension soleils, 1970 et Points de suspension, 1971) tandis qu'André Leduc a dessiné sur pellicule La Bague du tout nu (1974), une dynamique fantaisie sur l'éphémère. Quelques cinéastes indépendants canadiens, dont Richard Reeves (Linear Dreams, 1996) et Steven Woloshen (Cameras Take Five, 2003), ont acquis une solide réputation grâce à leurs films animés sans caméra.

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