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Techniques

Écran d’épingles

Alexandre Alexeïeff et Claire Parker ont inventé la technique de l'écran d'épingles. © ONF

Alexandre Alexeïeff et Claire Parker ont inventé la technique de l'écran d'épingles. © ONF

L'écran d'épingles NEC a été acheté par l'ONF en 1972. © ONF

L'écran d'épingles NEC a été acheté par l'ONF en 1972. © ONF

Jacques Drouin lors de la réalisation de son film <strong><em>Le paysagiste</em></strong> (1976). © ONF

Jacques Drouin lors de la réalisation de son film Le paysagiste (1976). © ONF

<strong><em>Le paysagiste</em></strong> (1976) - Jacques Drouin. © ONF

Le paysagiste (1976) - Jacques Drouin. © ONF

Jacques Drouin lors du tournage du film <strong><em>Empreintes</em></strong> (2004). Photo: Caroline Hayeur. © ONF

Jacques Drouin lors du tournage du film Empreintes (2004). Photo: Caroline Hayeur. © ONF

<strong><em>Empreintes</em></strong> (2004) - Jacques Drouin. © ONF

Empreintes (2004) - Jacques Drouin. © ONF

Voir des extraits de films utilisant cette technique

Ex-enfant / Ex-child, 1994

Ex-enfant / Ex-child, 1994

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Le paysagiste / Mindscape, 1976

Le paysagiste / Mindscape, 1976

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Par Marcel Jean
Spécialiste du cinéma d’animation

Au début des années 1930, le graveur Alexandre Alexeïeff, un Français d'origine russe, décide de passer au cinéma. Désirant réaliser des films dont l'esthétique serait fidèle au graphisme et aux dégradés de gris présents dans ses gravures, il imagine un outil d'un genre nouveau : l'écran d'épingles.

Cet appareil serait constitué d'un écran blanc percé de centaines de milliers de trous, chacun traversé par une épingle rétractable. En plaçant des sources lumineuses des deux côtés de l'écran, chaque épingle jetterait de l'ombre et la somme de ces ombres permettrait d'obtenir le noir total. En revanche, il suffirait d'enfoncer certaines épingles dans l'écran pour que leur ombre raccourcisse et qu'ainsi le gris remplace le noir. Selon cette logique, en enfonçant complètement les épingles dans l'écran, l'ombre se résorberait et ferait place au blanc de la surface.

C'est en 1933 qu'Alexeïeff, aidé de sa collaboratrice Claire Parker, termine Une nuit sur le mont Chauvei. En 1943, exilés en Amérique, Alexeïeff et Parker réalisent En passant, pour l'ONF. Ils répondent ainsi à l'invitation de Norman McLaren, qui leur voue une grande admiration.

Les animateurs de l'ONF continuent ensuite à s'intéresser à l'écran d'épingles et, en 1968, le musicien Maurice Blackburn, fidèle collaborateur de McLaren, fait une brève incursion dans la réalisation avec un court métrage expérimental intitulé Ciné-crime. Pour ce film reposant sur une bande sonore concrète extrêmement complexe, il utilise une version format réduit de l'appareil.

En 1972, Alexeïeff et Parker sont invités à l'ONF. Cette fois, l'organisme canadien se porte acquéreur d'un écran d'épingles de grand format et les deux artistes donnent des ateliers de formation à un groupe de cinéastes. Norman McLaren profite d'ailleurs de l'occasion pour tourner le documentaire intitulé L'écran d'épingles.

Cette visite a des retombées importantes sur le destin du procédé. En effet, alors qu'on a longtemps cru que l'écran d'épingles allait mourir avec son créateur, voici que Jacques Drouin décide de l'utiliser pour réaliser ses films. Dès 1974, il signe Trois exercices sur l'écran d'épingles d'Alexeïef, puis, deux ans plus tard, Le paysagiste. Avec ce dernier, Drouin s'affranchit du lourd parrainage d'Alexeïeff et impose un ton, un style.

Après le succès du Paysagiste, Drouin innove sur le plan technique lorsqu'il colore ses images en filtrant les sources lumineuses qu'il emploie. En 1986, il coréalise L'heure des anges avec le Tchèque Bretislav Pojar. Dans ce film dont la forme repose sur le mariage de deux techniques, les marionnettes de Pojar évoluent dans des décors fluctuants réalisés avec l'écran d'épingles. Drouin poursuit ses recherches esthétiques dans ses trois films suivants : Ex-enfant (1994), Une leçon de chasse (2001) et Empreintes (2004).

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