Les jeunes, leurs aînés et l’espace public
Quelques repères
Dans l’histoire de la société occidentale, l’espace public a d’abord favorisé les liens entre les personnes, entre les générations et entre les classes sociales. À l’origine, individus jeunes et moins jeunes, congrégations religieuses, nobles locaux, artisans, marchands et autres se partagent quotidiennement ce lieu. C’est d’ailleurs là, dans la rue, que s’organise au Moyen Âge le charivari. Au cours de cette tumultueuse manifestation nocturne, les jeunes agissent en quelque sorte à titre de défenseurs de la morale publique. Avec l’assentiment de leur communauté, ils s'élèvent alors bruyamment contre veufs et veuves épousant une jeunesse, femmes adultères, maris volages, ivrognes, avares et étrangers n’ayant pas payer la bienvenue.
À compter du 16e siècle, plus précisément à partir de la Réforme, les mours changent et se rationalisent,
tant du côté de la morale religieuse que du côté de la vie en société. Peu à peu, les événements comme les
charivaris sont moins bien perçus et les mesures disciplinaires à l’égard de ce type de manifestations se font plus courantes.
Peu à peu, un regard différent se pose sur les mours dites « populaires ».
Au 18e siècle, la nouvelle morale s’enracine dans les campagnes, la population augmente et la société se hiérarchise. Les perceptions changent et, au 19e siècle, les écarts des bandes de jeunes sont nettement considérés comme subversifs.
À la fin du 19e siècle, la montée de l’industrialisation, la séparation entre le lieu familial et le lieu de travail, la spécialisation de l’espace urbain ainsi que la démocratisation du savoir consacrent la rupture entre le monde des jeunes et celui de leurs aînés. La place sociale des jeunes est redéfinie. Pensionnats, écoles de réforme et autres : les jeunes sont séparés des adultes, « institutionnalisés ». À la même époque, aux yeux des classes supérieures, la rue devient source de danger, de pollution de tout ordre, de délinquance. Dans les rues de la ville, le vagabondage des enfants et des jeunes est réprimé. Se dessinent à cette époque les fugues et la peur de la turbulence des jeunes.
Au 20e siècle, asservie à la mobilité des gens, à la circulation automobile et au transport des marchandises, la rue a perdu une grande partie de ses qualités socialisantes. Associée à la misère et à l’immoralité, elle fait l’objet de la surveillance policière. La place des enfants et des jeunes étant à l’école, leur présence dans la rue est perçue comme suspecte ou délinquante. La rue ne retrouvera d’ailleurs son rôle historique que lors des manifestations où, justement, les gens descendent dans la rue.
Parallèlement, au fil du temps, le développement de la société occidentale aura affaibli le lien social pour favoriser l’individualisme. Au 20e siècle, les traditions et points de repère s’estompent, l’individu échappe à l’oppression de la norme. Si, auparavant, la société lui fournissait le sens de sa vie, il doit désormais se réaliser lui-même, ce qui fait naître en lui instabilité et désarroi. Détaché du lien entre les générations et des points de repère collectifs, le rôle de parent aussi devient plus incertain. Dans ce contexte, être jeune devient plus complexe. Élaborer sa propre identité n’a plus rien à voir avec le passé.
Dans le but de découvrir leurs propres points de repère et de se réaliser, certains jeunes empruntent alors la voie de l’appropriation de l’espace public. Le Québec et le Canada ont fait la connaissance de ces « jeunes de la rue » à la fin des années 1980. Si c’est d'abord dans les centres des grandes villes qu’on les rencontre, on les retrouve maintenant aussi dans les villes de moindre taille. À tort ou à raison, l’image hautement médiatisée du punk est devenue leur symbole, même s’ils ne sont pas tous punks, même s’ils ne forment pas un groupe homogène. Au cours de la même décennie, le Québec fera peu à peu la connaissance d’une autre culture, la culture hip-hop. Profondément urbaine, elle animera nombre de jeunes qui vivent dans la rue, autrement. Tout en étant semblable, leur combat est différent.
Punk
Le mouvement punk naît en Angleterre au milieu des années 1970, chez les jeunes issus des classes ouvrières frappés par le chômage et la crise, en plein no future. Il gagne rapidement le reste de l’Europe et l’Amérique du Nord. Trente ans plus tard, on trouve encore partout des traces de son passage.
Apparu au Québec à la fin des années 1970, le punk y est devenu le symbole des jeunes de la rue, principalement par l’entremise des médias qui ont largement diffusé son image, squeegee en main.
Même si chaque individu l’adopte à sa manière, le look punk porte haut et fort le message du mouvement et dénonce d’emblée et sans équivoque gaspillage et excès de notre société de consommation. Chevelures colorées et flamboyantes, coupes Mohawk, tatouages, scarifications, piercing, animaux de compagnie repoussants aux yeux des bien-pensants. les punks brisent le carcan des normes, empruntent à d’autres cultures, travestissent le sens des symboles et se positionnent en marge de la société. C’est leur façon de combattre le système, non pour tout détruire, mais pour se débarrasser d’un État qui dicte ses conditions.
Goth, hardcore, métal, techno. Né aussi en réaction à la commercialisation du rock, le mouvement punk aura une vaste influence.
Selon le Petit Robert, le punk est un mouvement de contestation regroupant des jeunes qui affichent divers signes extérieurs de provocation (coiffure, vêtement) par dérision envers l’ordre social. En anglais, en ce sens, on dit que le mot punk appartient à un niveau de langage familier ou très familier et signifie petit voyou, vaurien ou. mal foutu.
Hip-hop
Traduisant la réalité urbaine des jeunes Noirs des ghettos new-yorkais, leurs taudis et tout ce qu’ils endurent jour après jour, le hip-hop apparaît aux États-Unis dans les années 1970. Au Québec, c’est dans les années 1980 qu’il commencera à s’implanter.
Le hip-hop constitue un moyen de catalyser émotions, frustrations et douleurs. Dans toutes ses formes d’expression, il tente de véhiculer une revendication. Ses trois grandes formes créatrices sont la musique (rap, beat-boxing, djing, écriture de textes), la danse (smurf, hype, break-dance) et le graphisme (tag, graff).
Le style vestimentaire associé au hip-hop a connu diverses allures, mais ce sont les coupes quatre ou cinq fois trop grandes qui deviendront populaires, voire excessivement populaires. Elles s’inspireraient de ces vêtements de leurs grands frères dont héritent souvent trop rapidement les plus jeunes des familles modestes et de ces vedettes qui, ayant séjourné en prison, auraient conservé l’allure des prisonniers pour montrer qu’elles sont des ex-détenus.
Le hip-hop est associé à la guerre des gangs de rues, à la violence, à la drogue et à la prostitution. Intrinsèquement urbain, il constitue une forme de contestation et prône souvent le respect de soi et des autres, la tolérance, la connaissance de soi, l’unité et la paix.
