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Les premiers films sur les communautés culturelles au Canada, tournés dans les années quarante, nous semblent aujourd’hui folkloriques. Ils s’attardent surtout sur les coutumes ancestrales, les croyances religieuses, l’artisanat, les costumes, les danses et les musiques traditionnelles. Ils proposent une vision de l’immigration qui peut nous paraître naïve, idéalisée, car ils laissent entendre que les immigrants se sont intégrés facilement et qu’ils sont heureux dans leur nouvelle vie au Canada. Ils ne parlent pas des motifs qui les ont poussés à venir s’installer ici ni des difficultés qu’ils ont dû affronter. Ces films, où la narration et la musique prennent toute la place, ne donnent pas non plus la parole aux communautés qu’ils veulent représenter. Ces remarques sont tout à fait pertinentes pour le spectateur d’aujourd’hui. Mais si on veut bien comprendre ces films, il importe de nuancer ce regard, d’éviter de les juger trop rapidement et de tenir compte du contexte dans lequel ils ont été produits ainsi que des raisons pour lesquelles ils ont été tournés.
Ce contexte, c’est celui de la Deuxième Guerre mondiale. Entre 1939 et 1945, l’ONF, sous la férule de John Grierson, met en place une politique de propagande. Durant cette période, les films véhiculeront les valeurs démocratiques menacées par les puissances de l’axe. Tout en restant fidèles au mandat premier de l’ONF de faire connaître le Canada aux Canadiens et Canadiennes, les films sur les communautés culturelles feront l’apologie de la tolérance et du pluralisme des nations. Ils voudront montrer que le Canada est un pays ouvert, tolérant, où peuvent coexister plusieurs cultures, où chacun peut parler sa propre langue et vivre selon ses coutumes et traditions. Ils mettront également l’accent sur le concept de citoyenneté en rappelant que les immigrants sont, malgré leurs différences, des citoyens canadiens à part entière, qu’ils ont épousé les valeurs de leur pays d’accueil et qu’ils parlent l’une ou l’autre des langues du pays. Enfin, ils s’attacheront à promouvoir l’unité nationale. Le Canada, en dépit de son étendu géographique et de la diversité de sa population, reste un pays uni, où tous aspirent à l’idéal démocratique.
Ce sont donc des films politiques qui cherchent à faire passer un message plutôt qu’à sensibiliser le spectateur aux problèmes que vivent les immigrants. L’utilisation d’une narration du type « voix de dieu », où le narrateur adopte un ton autoritaire et s’adresse directement aux spectateurs, leur confère un côté officiel. Cette voix de dieu, cette voix officielle, c’est celle de l’État canadien; un État responsable, porteur des valeurs démocratiques. Toutefois, ces films ne seront ni à la solde d’un parti ni d’un homme politique. En effet, Grierson gardera toujours une indépendance face au gouvernement en place, et les films tournés à cette époque auront aussi la tâche de prévenir les dérapages et les abus de pouvoir du gouvernement.
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Personne interviewée
Nina Beveridge est présidente de Beevision Productions, une entreprise multimédia à service complet créée en 1993, qui répond aux besoins des producteurs et diffuseurs d’Amérique du Nord en matière d’animation, de production vidéo de qualité télévisuelle et de postproduction. Nina produit aussi du contenu multiplateforme. Parmi les productions qu’elle signe, mentionnons le documentaire The Idealist - James Beveridge, Film Guru et le film haute définition, The Calling.