|
Page 1 de 7 |
 |
À la fin des années 1950, avec l’avènement d’appareils portatifs légers pour enregistrer l’image et le son synchrone, les cinéastes de l’ONF acquièrent une grande liberté de mouvement dans leurs tournages. N’étant plus enchaînés à des caméras immobiles, aussi grosses que bruyantes, ils peuvent aller à peu près n’importe où pour filmer tout ce qu’ils veulent et se rapprocher de leurs sujets. Un autre avantage de ce nouvel équipement portatif, c’est l’allègement des équipes de tournage : on peut maintenant faire un film avec seulement deux techniciens — un cadreur (ou caméraman) et un ingénieur du son — au lieu des équipes nombreuses qu’exigeaient auparavant les caméras mastodontes et les camions d’enregistrement. Le son synchrone signifie également que les personnages filmés peuvent parler eux-mêmes à la caméra, de façon plus spontanée. C’est l’ère du cinéma direct, style qui tend au naturalisme extrême grâce aux techniques de tournage discrètes et aux caméras portatives.
L’ONF continue de produire des films portant sur les diverses communautés culturelles du Canada, mais il ne s’agit plus de films de propagande. La Seconde Guerre mondiale n’est plus qu’un mauvais souvenir et, partout dans le monde, la mode est au cinéma direct. Les réalisateurs veulent montrer la vie telle qu’elle est en réalité : crue, sans fard, saisissante. Les documentaristes de l’ONF se mettent à tourner des films plus personnels au sujet des communautés culturelles. On ne cherche plus à faire des films didactiques; c’est le réalisme qui importe. Le cinéaste peut vraiment se rapprocher de ses sujets, et les membres de ces communautés ont alors l’occasion de s’exprimer, jusqu’à un certain point. Car les documentaristes — tant francophones qu’anglophones, mais n’appartenant pas aux collectivités qu’ils filment — veulent interpréter pour nous ce qu’ils présentent. Pour ce faire, ils ont recours à une narration quelque peu détachée du sujet mais qui sert à donner des renseignements importants sur la communauté en question. Il ne s’agit plus de la « voix de Dieu » désincarnée d’autrefois, mais plutôt d’une voix sympathique; on emploie souvent quelqu’un ayant un accent, qui est censé incarner un représentant de cette culture. Ce porte-parole qui nous informe au sujet de la collectivité n’en fait pas lui-même partie : c’est un acteur ou un narrateur hors-champ qui transmet le point de vue du réalisateur.
Les documentaires issus de cette démarche nous proposent un regard fascinant sur les diverses communautés culturelles, d’un océan à l’autre. À l’évidence, le cinéaste respecte son sujet; il s’intéresse vraiment à ce que ses personnages ont à dire, mais il se sent toujours obligé d’interpréter, d’expliquer certaines choses qui nous sont présentées. Le message d’unité nationale qui prévalait auparavant a fait place à un regard plus sympathique sur l’immigrant et sur sa communauté culturelle établie au Canada.
|
  Page 1 de 7  |
 |
Personne interviewée
Colin Low est producteur, réalisateur, scénariste, directeur de la photographie et monteur. En plus de 50 ans de carrière à l’ONF, il a collaboré à près de 200 productions, autant en animation (Sport et transports!) que dans le documentaire (Corral). Créateur inlassable et grand innovateur, il a remporté plus d'une centaine de prix.