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Après que les cinéastes issus des communautés ethnoculturelles, dans les années 1970 et 1980, eurent enfin la possibilité d’occuper une place au sein de l’ONF. Après qu’ils eurent pris la parole en réalisant des films sur leur propre communauté ou sur une communauté aux prises avec les mêmes enjeux, certains d’entre eux se tournèrent, dans les années 1990 et 2000, vers une nouvelle approche.
La démarche de ces cinéastes devient alors plus personnelle, plus intimiste. Il ne s’agit plus de braquer l’objectif sur les membres de sa communauté, de poser un regard sur ses compatriotes, aussi juste soit-il, mais de tourner la caméra vers soi, de faire entendre sa propre voix, de raconter sa propre histoire.
En relatant leurs histoires personnelles ou celles de proches, les cinéastes deviennent les personnages principaux de leurs films. Soucieux de communiquer leurs réflexions et leurs états d’âmes, ils renouent avec la narration, vieille tradition du film documentaire laissée de côté, au fil du temps, pour une parole captée au moment du tournage. Toujours écrite par le réalisateur, parfois lue par celui-ci, la narration adopte le ton de la confidence, comme si le narrateur, en s’adressant au spectateur, parlait à un ami.
En devenant le personnage central de leur film, les cinéastes vont apparaître à l’écran. Certains le font discrètement en se laissant filmer de loin ou de dos, préférant faire sentir leur présence plutôt que d’imposer leur image aux spectateurs. D’autres vont chercher des moyens détournés en ayant recours à des photos ou à des séquences d’animation. Enfin, quelques cinéastes vont assumer pleinement leur présence à l’écran en permettant à la caméra de les suivre partout, allant même jusqu’à s’adresser directement à celle-ci à certains moments.
Avec cette approche, plus que jamais, le point de vue exprimé vient de l’intérieur de la communauté. Il est vrai que certains cinéastes n’ont pas nécessairement la prétention de parler au nom des leurs, mais il n’en demeure pas moins qu’avec leurs témoignages ils racontent aussi l’histoire d’autres compatriotes. Toutefois, il faut mentionner que leur discours ne se limite pas aux membres de leur communauté, il peut atteindre tous les spectateurs, qu’importe leur nationalité. D’ailleurs, le caractère personnel des films, le ton intimiste de la narration et la présence à l’écran du cinéaste permettent aux spectateurs de s’identifier au protagoniste et d’avoir un accès direct aux enjeux. En somme, pour ces réalisateurs, il s’agit de passer par le personnel, l’individuel pour atteindre l’universel; raconter son histoire afin de raconter celle des autres.
Dans les années 1980, le réalisateur Pierre Sidaoui est forcé de quitter son village natal, Abey au Liban, à cause de la guerre civile. En 2001, il tourne Comme une odeur de menthe, un film très personnel, dans lequel il évoque des souvenirs de ce village tant aimé. Il nous parle de son approche.
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Personne interviewée
Né au Liban, Pierre Sidaoui quitte son pays natal ravagé par la guerre civile en 1988. Après le Mexique, terre de sa grand-mère paternelle, il vient s’installer au Québec en 1991. Diplômé en génie civil, il retourne à l’université pour étudier… le cinéma. Dès lors, il travaille dans le milieu comme scénariste, réalisateur et professeur. Comme une odeur de menthe (2002) est son premier film professionnel en tant que réalisateur.