Colombie-Britannique
Roy Miki
Roy Miki est professeur au département d’anglais de l’Université Simon Fraser. Il est l’auteur de Redress: Inside the Japanese Canadian Call for Justice. Sa dernière publication est un livre de poèmes, There.
Regards sur les Canadiens d’origine asiatique
Roy Miki, professeur au département d’anglais de l’Université Simon Fraser, souligne la nécessité d’adopter une approche critique pour étudier la représentation du parcours historique des Canadiens d’origine asiatique et la formation de leur identité.
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Contexte historique
L’histoire de la description et de la représentation des « Asiatiques » au Canada, c’est-à-dire des « Canadiens d’origine asiatique »1, est aussi longue que tourmentée. Plus souvent qu’autrement, dans les rapports gouvernementaux et les médias, on désigne les Canadiens d’origine asiatique comme les « autres étrangers ». La Colombie-Britannique exerce pendant longtemps de sévères restrictions sur les droits des premiers immigrants venus de la Chine, du Japon et de l’Inde qui s’installent en grande majorité dans cette province. Par exemple, la loi électorale provinciale de la Colombie-Britannique les empêche de s’inscrire sur la liste électorale, ce qui a pour effet de les priver de leur droit de vote. Les Chinois immigrant au Canada doivent payer la fameuse taxe d’entrée qui atteint jusqu’à 500 $ par personne et, de 1923 à 1947, ils sont confrontés à la Loi concernant l’immigration chinoise et visant à la restreindre, appelée aussi « loi d’exclusion » parce qu’elle interdit toute immigration en provenance de Chine. Incapables de voter, les Canadiens d’origine asiatique sont aussi exclus de plusieurs professions comme le droit, l’enseignement et la pharmacie. Les Canadiens d’origine chinoise et indienne doivent attendre jusqu’en 1947, et ceux d’origine japonaise, jusqu’en 1949, pour obtenir le droit de vote.
Après la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire des Canadiens d’origine asiatique est marquée par 1967, une année charnière. Cette année-là, on révise les politiques d’immigration du Canada afin d’éliminer les critères raciaux de sélection des immigrants et d’instituer le système de points d’appréciation. Plus tard, en 1971, la nouvelle politique du multiculturalisme modifie le climat social pour les Canadiens d’origine asiatique. Maintenant qu’ils peuvent immigrer plus librement, ils accroissent rapidement leur population, en particulier les Chinois qui arrivent en grand nombre de Chine, de Taiwan et de Hong Kong.
Plus rares sont les immigrants venant du Japon, mais le climat social qui accepte les différences ethniques exerce un effet sur les Canadiens d’origine japonaise. Leur vie avait été complètement bouleversée par les traumatismes du déracinement, de la dépossession et de l’internement durant la Deuxième Guerre mondiale. Après la guerre, quand ils ont commencé à rebâtir leur vie renversée, ils n’osaient pas exprimer leur sentiment d’avoir été trahis en étant injustement nommés « étrangers ennemis » par leur propre gouvernement. Au cours des années 1970, ils se mettront à raconter leurs propres histoires d’internement. Étrangers ennemis, produit par l’ONF en 1975, témoigne d’un regain d’intérêt pour l’histoire des Canadiens d’origine japonaise. Le film met en lumière le racisme à l’origine de l’étiquetage de ces personnes comme « étrangers ennemis » et des violations flagrantes de leurs droits de citoyens. Les Canadiens d’origine japonaise y sont présentés comme un petit groupe de personnes ayant beaucoup lutté pour vaincre l’aliénation subie afin d’appartenir à ce pays en tant que « vrais » Canadiens. Faisant écho au nationalisme de l’époque, le documentaire met davantage l’accent sur la citoyenneté que sur les origines culturelles des Canadiens d’origine japonaise.
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1. Les termes « Asiatique » et « Canadien d’origine asiatique » sont imprécis. Au Canada, ils ont longtemps servi à désigner des gens provenant de différents pays, souvent même de pays ayant eu entre eux des relations pour le moins amères au fil de leur histoire, comme la Chine et le Japon. Le terme « Asiatique » peut aussi être associé à d’autres mots à connotation négative tels que « Asiate ». Au sein de certains groupes que l’on a appelés « Canadiens d’origine asiatique », ces mots peuvent même provoquer des réactions négatives, particulièrement chez les nouveaux immigrants qui tiennent à conserver des liens étroits avec leur pays d’origine. L’expression « Canadiens d’origine asiatique » reconnaît néanmoins les contextes canadiens qui ont façonné l’univers des Canadiens ayant des antécédents en Asie. Tributaires des mutations qui s’opèrent tant au sein de la nation canadienne que dans le cadre des processus mondiaux où le Canada évolue présentement, ces contextes fluctuent constamment.
2. Pour saisir les différences entre les représentations faites de l’extérieur et de l’intérieur, on peut comparer ces deux films à ceux réalisés par des cinéastes se réclamant de ces mêmes communautés « canadiennes-asiatiques ». Ainsi, parallèlement à Étrangers ennemis, on pourrait visionner The Displaced View (1988) de Midi Onodera et Obaachan’s Garden de Linda Ohama (ONF, 2001). Et parallèlement au Troisième ciel, on pourrait voir les fims La Montagne d'or de William Dere (Productions Multi-Monde, 1993) et Letters from Home de Colleen Leung (ONF, 2002).
3. Étant donné que Le troisième ciel a d’abord été produit en français, le processus de traduction de ce film s’est avéré complexe et mériterait qu’on s’y attarde davantage que je ne puis le faire ici. Je suis conscient que les réactions à la version française du film puissent être sensiblement différentes, mais j’ai tout de même fondé mes commentaires sur la version anglaise.