Prairies
Lori Wilkinson
Lori Wilkinson est professeure agrégée de sociologie à l’Université du Manitoba. Ses présentes recherches portent sur ce que vivent socialement et économiquement les immigrants, ainsi que sur les transitions auxquelles sont confrontés les jeunes arrivants dans leur parcours de vie. Quelques-uns de ses plus récents articles ont été publiés dans le Journal of International Migration and Integration et Canadian Ethnic Studies.
Les groupes ethnoculturels des Prairies
La sociologue Lori Wilkinson, spécialisée dans l’étude de l’immigration et de l’intégration, partage ses réflexions sur la diversité ethnoculturelle dans les Prairies canadiennes.
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Les Prairies (l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba) sont peuplées d’une grande diversité de groupes ethnoculturels. Aux premiers occupants — Pieds-noirs, Nakotas (Assiniboines), Cris, Dakotas (Sioux), Saulteaux, Dénés, Ojibway, Ojibway-Cris et Métis —, se sont ajoutés au 19e siècle des colons français, britanniques, allemands, néerlandais, ukrainiens, scandinaves, polonais, italiens et chinois. Puis, plus récemment, des immigrants sont arrivés des Philippines, du Vietnam, de l’Inde, du Portugal, de l’Éthiopie, du Soudan, de la Somalie, du Salvador, de la Serbie et de la Bosnie, ajoutant encore à notre diversité culturelle. Contrairement à ce que bien des gens croient, les Prairies ont une population très variée en ce qui a trait à l’ethnie, à la langue, à la religion et à la culture, comme en témoigne le court métrage L’épicerie de Ted Baryluk. Ted y parle des gens qui vivent dans son quartier et fait remarquer qu’ils se mélangent les uns aux autres, « comme de la soupe ». Sa description de Winnipeg dans les années 1960 pourrait encore très bien s’appliquer à la diversité ethnoculturelle qu’on y trouve aujourd’hui. De nombreux groupes vivent côte à côte dans la région, chacun contribuant à part égale à la collectivité. Les observations qui suivent visent à mettre en lumière deux thèmes dominants de la recherche en matière de relations ethniques, soit la sauvegarde de l’identité ethnoculturelle et le racisme, tels qu’ils sont illustrés dans deux films de l’ONF, Les Huttérites (1964) et L’épicerie de Ted Baryluk (1982).
La préservation de la culture est un des principaux sujets d’étude de la recherche en matière de relations ethniques. Comment la diversité ethnoculturelle parvient-elle à se maintenir au sein d’une société multiethnique comme le Canada? Il y a beaucoup de variantes dans les façons dont les groupes ethnoculturels pratiquent et préservent leur culture, leur religion, leur langue et leurs traditions. Après leur arrivée au Canada, la plupart s’efforcent de conserver une bonne part, sinon la totalité de leur héritage en employant toutes sortes de stratégies. Certains groupes ne choisissent pas vraiment les volets de leur culture à préserver, d’autres mettent l’accent sur la langue ou la religion. Le taux de survie des traditions varie aussi d’un groupe à l’autre. Certains parents s’efforcent de garder leur culture bien vivante, par exemple, tandis que leurs enfants et petits-enfants y consacrent beaucoup moins d’énergie. D’autres groupes, enfin, ne semblent nullement attachés à la conservation de leur culture, de leur langue ou de leur religion.
Autrement dit, si certains groupes possèdent une identité commune fondée sur des similitudes perçues, la pratique quotidienne de leur culture, de leur religion et de leurs traditions n’est pas nécessairement au cœur de leur vie. La préservation et la transmission de la culture diffèrent donc d’une famille à l’autre. Les sociologues emploient le terme « ethnicité symbolique » pour désigner la pratique des groupes ethnoculturels qui choisissent les formes dans lesquelles ils veulent maintenir leur identité culturelle, en sélectionnant les éléments de leur propre culture à conserver et les éléments à adopter de la culture canadienne. Chez la plupart des ethnies évoquées dans le documentaire L’épicerie de Ted Baryluk, cette ethnicité symbolique est la façon la plus répandue d’exprimer leur culture particulière. Il s’agit d’une pratique acceptable pour ceux qui se réclament de plus d’une filiation ethnoculturelle, car elle permet à chacun d’exprimer plusieurs appartenances. On peut décrire les gens qui se disent Canadiens d’origine philippine, Chinois-Vietnamiens ou Indo-Canadiens, par exemple, comme des groupes exprimant leur identité ethnoculturelle en termes symboliques.
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