Ontario
William Kymlicka
Will Kymlicka est titulaire de la chaire de recherche du Canada en philosophie politique à l’université Queen’s et l’auteur de plusieurs ouvrages sur le multiculturalisme, notamment Liberalism, Community, and Culture (1989), La citoyenneté multiculturelle : une théorie libérale du droit des minorités (1995, trad. 2001), La voie canadienne : repenser le multiculturalisme (1998, trad. 2003), Politics in the Vernacular: Nationalism, Multiculturalism, Citizenship (2001) et Multicultural Odysseys (2007).
Les traditions d’immigration au Canada
Will Kymlicka, professeur de philosophie politique, explique que la question de l’intégration des immigrants et celle des accommodements se posent depuis que le Canada existe.
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Jusqu’aux années 1970, la grande majorité des immigrants au Canada venaient d’Europe et étaient donc surtout blancs et chrétiens, en partie à cause de règles discriminatoires sur le plan racial qui limitaient l’immigration des non-Européens. Aujourd’hui, par contre, la plupart des immigrants ne sont pas d’ascendance européenne, ni chrétiens dans bien des cas. Cela modifie littéralement le visage de la société canadienne, tout particulièrement dans les grandes villes comme Montréal, et cela soulève aussi la question de savoir si les immigrants d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient « s’intègrent » dans notre société, et dans quelle mesure nous devons « accommoder » leurs différentes cultures et traditions.
Comme en fait foi l’abondante collection de documentaires de l’ONF sur les vagues d’immigration européenne d’autrefois, ces préoccupations ne sont pas nouvelles. Par exemple, le film Xénofolies (1991) explore les stéréotypes et malentendus réciproques entre les enfants d’immigrants italiens et ceux de Québécois de souche dans une école secondaire de Montréal. On y voit émerger les mêmes débats qu’aujourd’hui relativement aux immigrants non européens. Les jeunes Québécois de souche expriment plusieurs inquiétudes au sujet de la communauté italo-canadienne, notamment en ce qui a trait à la loyauté et à l’identité nationale (Pourquoi agitent-ils le drapeau d’Italie quand ils ne devraient brandir que le drapeau du Québec?), à la langue (Pourquoi parlent-ils italien entre eux dans l’autobus, alors qu’ils devraient parler français dans les espaces « publics »?), ainsi qu’à la façon de s’habiller et d’assumer les rôles sexuels (Pourquoi les mères italiennes veulent-elles imposer à leurs filles leurs notions traditionnelles de modestie et de vertu quand elles vivent dans un Québec moderne et émancipé?). Toutes des pratiques qui sont vues comme autant de preuves du refus de s’intégrer véritablement.
Les jeunes d’origine italienne répondent qu’ils sont bien intégrés — membres actifs de la société québécoise, ils y contribuent en remplissant leurs devoirs de citoyens; ils ne cherchent que le respect mutuel et un traitement juste de la part des Québécois. Dans l’extrait ci-joint, les élèves de l’école présentent des points de vue divergents sur ces questions.
Les Canadiens d’origine italienne sont, pour une bonne part, issus de la grande vague d’immigration venue d’Europe du Sud et de l’Est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, on qualifie souvent de belle réussite l’intégration de ces groupes. De fait, ces Européens blancs sont maintenant traités comme des membres à part entière de la « société dominante » au sein de laquelle les nouveaux immigrants non européens sont censés s’intégrer. Comme l’illustre Xénofolies, cependant, le processus d’intégration ne s’est pas fait sans querelles, luttes et questionnements; voilà une leçon qu’il ne faut pas oublier quand on discute des manchettes d’aujourd’hui concernant l’intégration des immigrants et les accommodements. Nous avons déjà connu les mêmes débats, nous y avons survécu et nous avons appris à vivre ensemble.
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