Ontario
Lawrence Hill
Auteur et journaliste, Lawrence Hill vit à Burlington en Ontario. Il est titulaire d’un B. A. en économie de l’Université Laval, de Québec, et d’une maîtrise en création littéraire de l’Université John Hopkins. Son premier roman, Some Great Thing, a été publié par Turnstone Press en 1992. Tout récemment, il a publié un roman, The Book of Negroes (HarperCollins, 2007), ainsi qu’un document (rédigé en collaboration avec Joshua Key) intitulé The Deserter's Tale: The Story of an Ordinary Canadian Who Walked Away from the War in Iraq (House of Anansi Press, 2007). On peut communiquer avec Lawrence Hill par le truchement de son site Web.
Les personnes de race noire issus de trois groupes différents unis par un même sentiment d'aliénation
Le romancier et journaliste Lawrence Hill découvre que le sujet de l’aliénation sociale est omniprésent dans les discussions sur les expériences des personnes de race noire en Ontario, qu’elles soient descendantes de Canadiens de longue date, d’origine caribéenne ou fraîchement arrivées de Somalie.
|
  Page 1 de 3  |
 |
Dans ces trois films de l’ONF, Au nom des morts, Home Feeling: Struggle for a Community et Le Quatuor de l’exil, l’aliénation des Noirs – dont certains sont nés au Canada, d’autres dans les Caraïbes et d’autres encore en Afrique – crève l’écran.
Quand on regarde les trois documentaires successivement, on souhaite presque que les personnages de ces films puissent se rencontrer et se soutenir les uns les autres. Ils auraient bien des choses à se dire.
Dans Au nom des morts, la réalisatrice Jennifer Holness et le réalisateur David Sutherland explorent une page de l’histoire des Noirs généralement méconnue au Canada. À Priceville, dans une région rurale située au sud d’Owen Sound, en Ontario, les vestiges d’un ancien cimetière de la communauté noire qui vivait là au 19e siècle ont été labourés et recouverts de cultures au cours du 20e siècle. Les efforts des défenseurs du patrimoine pour retrouver et préserver les pierres tombales du cimetière détruit ont suscité une vive opposition dans la région, mais ils ont aussi rallié de nombreux Noirs ontariens réconfortés par la possibilité de commémorer leurs ancêtres et de célébrer leur propre histoire.
Le déroulement des choses aurait pu être presque banal à raconter si le chemin n’avait pas été parsemé d’embûches dès le début. Comme le font remarquer plusieurs personnes interviewées dans le film, les Noirs étaient en effet vulnérables et ils ont fait l’objet de ségrégation quand ils sont venus s’installer à Priceville vers 1830. On avait promis des terres à certains d’entre eux parce qu’ils avaient servi sous le drapeau britannique pendant la guerre de 1812, mais ces concessions, semble-t-il, ne se sont jamais matérialisées pour eux – bien que les Blancs de la région, eux, y aient eu droit. Les Noirs qui avaient défriché la terre et y avaient bâti leur maison se sont vu refuser leur concession rétroactivement et, dans certains cas, ont été expulsés par la force. C’est ainsi que la communauté noire de la région s’est étiolée.
Faisons un saut dans le temps : un siècle et demi plus tard, en 1989, les membres d’un groupe communautaire de l’endroit s’apprêtent à réclamer le vieux cimetière pour le restaurer. Certains résidants s’opposent farouchement au projet; le processus de récupération des terrains fera ressortir quelques vilaines histoires. On raconte, par exemple, qu’un cultivateur a labouré le cimetière pour y planter des pommes de terre et s’est servi des pierres tombales pour recouvrir le plancher de sa cave de terre battue. On rapporte aussi que certaines personnes auraient vandalisé des pierres tombales pour effacer toute preuve d’ascendance noire dans leur propre famille. Des aînés se rappellent de douloureux souvenirs de ségrégation raciale. À mesure que les gens s’efforcent de retrouver et de restaurer les pierres tombales, on a l’impression que les fantômes d’un racisme que l’on croyait relégué au 19e siècle refont surface en cette fin de 20e siècle. Au terme du visionnage, le spectateur en arrive à la conclusion que les Noirs de la région de Priceville se sont fait signifier par deux fois qu’ils n’étaient pas du tout chez eux à cet endroit : une première fois au 19e siècle, et une fois encore à la fin du 20e.
|
  Page 1 de 3  |
 |