Les extraits de films présentés dans cette thématique témoignent de l’effet dévastateur des politiques colonialistes des blancs sur les populations autochtones. Ils montrent aussi des actes racistes dont elles ont été victimes dans leurs rapports avec les blancs.

Extraits


Le colonialisme canadien
par Taiaiake Alfred

Posez-vous la question suivante : connaissez-vous le nom du peuple autochtone à qui appartenait le territoire où vous habitez? Vous ne le savez peut-être pas, mais votre maison est bâtie sur une terre que les Autochtones ont occupée et utilisée pendant des millénaires. La plupart des Canadiens et des Canadiennes ne se considèrent pas comme des nouveaux arrivants sur une terre ancestrale où vivaient des gens des milliers d’années avant l’arrivée des Français, des Britanniques et autres nationalités. Il s’agit là d’un problème important dans notre société. Ce que cela dénote, c’est que la plupart des habitants de ce pays ne connaissent pas leur propre histoire; ils demeurent dans l’ignorance en ce qui concerne leur passé, et de ce fait même leur présent, car après tout, nous bâtissons notre présent en nous basant sur notre compréhension du passé. Quelle sorte de présent concevons-nous en taisant un aspect si important et ancien de notre pays?

Un village iroquois (Onondaga) attaqué par les Français et les Hurons, 1615
Un village iroquois (Onondaga) attaqué par les Français et les Hurons, 1615
Crédit: Bibliothèque et Archives Canada, C-36647
Musée d’art du patrimoine canadien, #10071

En outre, chacune des nations autochtones ayant occupé cette terre avant la création du Canada vit encore aujourd’hui, par l’entremise de personnes, de cultures et de communautés. On dit souvent que sans une compréhension réciproque, les peuples ne peuvent se respecter les uns les autres et coexister pacifiquement. L’ignorance engendre la méfiance, la haine et le racisme. Dans ce cas, il nous reste un long chemin à parcourir avant de pouvoir proclamer fièrement que nous nous sommes débarrassés de ces fléaux et que les premières nations et les nouveaux arrivants se préparent à faire face à l’avenir ensemble dans la compréhension et le respect mutuels. Une grande majorité de Canadiens et de Canadiennes, en tant qu’individus ou en tant que communautés, n’ont que peu de liens directs avec les Autochtones. La plupart des habitants de ce pays comprennent mal la vie des peuples autochtones, les défis auxquels ils font face, ou les relations établies entre les ancêtres de ces peuples et leurs propres ancêtres qui ont mené au contexte actuel. Tout au mieux, les Canadiens sont conscients que des « Autochtones » ou des « Indiens » ont vécu ici très longtemps avant l’arrivée des Européens, des colons et ultérieurement d’autres immigrants. Mais là s’arrête leur vision des choses, comme si les peuples autochtones faisaient partie du passé et de l’histoire de ce pays mais non de son présent! Au lieu de présenter les faits réels, actuels et passés, l’enseignement scolaire, tout comme la culture populaire, présentent aux Canadiens et aux Canadiennes une version de l’histoire qui ne constitue en fait qu’un côté de la médaille. Un peu comme si un débat se tenait dans la cour de votre école mais que vous ne soyez autorisé qu’à entendre les arguments d’une seule personne, et pas ceux de son opposant! Cela ne peut être juste, que le débat ait lieu dans la cour d’école ou dans le cours d’histoire. Il est important d’avoir toute l’information et d’entendre tous les points de vue.

Le refus d’entendre la voix des peuples autochtones et l’ignorance de leur passé sont les pierres angulaires du « colonialisme ». Ce colonialisme coupe les liens qui unissent les Autochtones à leurs terres, à leur histoire, à leur identité et à leurs droits, afin que d’autres personnes puissent en tirer avantage. Cette pratique dénoncée par les Nations Unies constitue une forme d’injustice courante partout dans le monde. Pourtant, nous n’avons jamais reconnu le fait que le Canada a été fondé en vertu d’un régime colonialiste dont plusieurs aspects perdurent encore aujourd’hui. En outre, nous comprenons très mal les combats que mènent les peuples autochtones, regroupés sous le terme « résistance autochtone », pour survivre en dépit du colonialisme.

Des manifestants de Amitié Lubicon-Québec soutiennent les Crees du Lac Lubicon en Alberta
Des manifestants de Amitié Lubicon-Québec soutiennent les Crees du Lac Lubicon en Alberta

Gracieuseté de Windspeaker

Depuis les années 1970, l’image projetée par les médias en ce qui concerne la résistance autochtone a très peu évolué; elle se concentre sur certains thèmes nourris par des idées colonialistes et dépeint de manière négative la lutte livrée par les peuples autochtones pour défendre leur existence et leurs droits. L’accent est mis sur la violence, qui est rarement considérée comme un moyen d’autodéfense; les Autochtones qui tentent de protéger leurs terres comme de se protéger eux-mêmes sont plutôt décrits comme des criminels. On véhicule ainsi l’image de l’Autochtone violent souffrant de maladie mentale, alors qu’en fait ces personnes luttent pour survivre et se défendre contre des invasions physiques, politiques et culturelles. Les Autochtones, plus particulièrement les jeunes, sont décrits comme des gens colériques et naturellement violents, enclins à la toxicomanie, à l’alcoolisme, au suicide, à l’utilisation d’armes à feu, aux combats entre gangs, aux voies de fait et au meurtre. Ces stéréotypes contribuent à créer une fausse image qui permet aux gouvernements et aux entreprises de continuer de contrôler leurs territoires ancestraux et d’en tirer profit, territoires d’où ils ont été chassés, soit ceux que vous habitez.

Maintenant, posez-vous cette question : pouvez-vous vivre en acceptant l’idée de faire partie d’un système colonialiste?

Les Canadiens et les Canadiennes qui croient en la justice et qui préconisent une attitude loyale envers autrui doivent se renseigner sur le passé, le présent et l’avenir de leur pays en tant qu’entreprise colonialiste. Ce n’est qu’en acquérant davantage de connaissances sur les peuples autochtones et sur eux-mêmes que les gens peuvent imaginer une coexistence basée sur des valeurs que notre société considère fondamentales : la justice, l’honnêteté, le partage et le respect. Les productions cinématographiques de l’Office national du film constituent de bons outils qui vous permettront de parfaire votre éducation sur cette question et, en un sens, de « décoloniser » votre esprit. Apprendre à écouter la voix de la sagesse en visionnant Ojigkwanong - Rencontre avec un sage algonquin vous donnera l’occasion de voir le monde avec un regard neuf. Avec Guerriers oubliés, vous comprendrez la contribution des soldats autochtones qui ont combattu dans les rangs de l’armée canadienne, et ce, malgré les mauvais traitements infligés à leur peuple par l’homme blanc et un manque de reconnaissance à leur retour au pays. En regardant des films comme Kanehsatake - 270 ans de résistance et La Couronne cherche-t-elle à nous faire la guerre?, vous serez peut-être scandalisé de voir des images contemporaines montrant des Autochtones devant repousser les attaques violentes de la police et des forces armées canadiennes afin de défendre leur territoire et les leurs. Il existe de nombreux autres films produits par l’ONF qui illustrent les nombreux aspects de la vie autochtone, passée et présente. Prenez le temps de les regarder et d’apprendre puis, armé de vos nouvelles connaissances, contribuez concrètement à faire échec au colonialisme et à bâtir pour le Canada un avenir prometteur pour tous, peuples autochtones et nouveaux arrivants, un avenir où nous coexisterons tous ensemble pacifiquement.


Taiaiake Alfred

Taiaiake Alfred

Taiaiake Alfred, pédagogue et auteur né en 1964, est un Mohawk de Kahnawake. Il est depuis longtemps impliqué dans la vie publique de son peuple et celle d’autres nations autochtones.Il détient un doctorat en sciences politiques de l’Université Cornell et il est le directeur fondateur du Programme de gouvernance autochtone de l’Université de Victoria. Il a reçu un prix de la Native American Journalists Association pour la rédaction de ses chroniques et un autre de Prix nationaux d’excellence décerné aux Autochtones, pour le volet éducation.Taiaiake a également écrit trois livres : Heeding the Voices of Our Ancestors (L’importance de la voix de nos ancêtres) et Peace, Power, Righteousness (Paix, pouvoir et droiture), publiés par les presses universitaires d’Oxford, et Wasáse: Indigenous Pathways of Action and Freedom (Wasáse : l’action et la liberté, à la manière autochtone), publié par Broadview Press.





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