Connaissances indigènes

Les extraits de films de cette thématique s’attardent au rôle de la femme, la façon de concevoir la chasse et la pêche, l'écologie de la forêt, la construction d’un igloo, l’importance de la spiritualité, la préservation et la transmission des valeurs ancestrales.

Extraits


Connaissances autochtones
par Stephen Augustine

Les «connaissances autochtones» représentent l’information qu’ont développée les premiers peuples vivant dans une zone géographique donnée pendant une longue période. Les peuples aborigènes du Canada, aussi appelés peuples autochtones, sont répartis en trois groupes : les Inuits, les Premières Nations et les Métis. Les connaissances qu’ils ont acquises collectivement sur la terre et la mer – sur le comportement et les caractéristiques des oiseaux, des plantes, des animaux, des poissons – sont ce qu’on appelle les connaissances autochtones. Les activités de chasse, de pêche, de trappe et la[u1] cueillette pour préparer la nourriture et les remèdes, construire les habitations, confectionner les vêtements, fabriquer les outils de survie et les moyens de transport, pour les déplacements sur l’eau, la glace, la neige et sur terre, exigent tout un éventail de connaissances empiriques. Pour les sociétés ne possédant pas un système d’écriture formel, le partage collectif du savoir par[u2] le récit, le chant et les rites demeurait la façon la plus sûre de le préserver et d’en assurer la pérennité. Les grands rassemblements tels que les mawiomis chez les Mi’kmaqs de l’Est, les maisons-longues[u3] chez les peuples des Grands Lacs, les pow-wow dans les plaines et les potlatchs sur la côte Nord-Ouest servaient à cette fin. Tenus sur une base cyclique, ils assuraient la transmission du savoir de génération en génération.

Les aînés des sociétés autochtones perpétuaient le savoir en intégrant leur système de croyances à la vie de tous les jours. Vivant en symbiose avec la terre, ils montraient aux jeunes les principes et valeurs essentiels à leur survie. Grands gardiens de la sagesse, on leur vouait un immense respect, parce que sans eux, le savoir se serait à jamais perdu. Les aînés qui avaient la responsabilité des préparations médicinales et des cérémonies s’appelaient des chamans, des guérisseurs ou des sorciers. Avec une infinie patience, on observait les animaux, les plantes, le temps, les marées, les étoiles et le vent pour prédire les conditions propices à la chasse ou à la pêche, à la plantation et à la cueillette. Les femmes voyaient au confort de chacun en s’occupant de préparer la nourriture et les concoctions médicinales, de confectionner les vêtements, les abris et les objets d’utilité. Les plus jeunes avaient aussi leurs responsabilités : ils cueillaient des racines, prélevaient l’écorce, ramassaient les mollusques et faisaient leur part de portage lors des déplacements. Ils assimilaient ainsi le savoir et apprenaient à l’adapter aux nouvelles situations.

Le mois de l’histoire des Mi’kmaq en 2001 : Partagez notre culture avec notre culture avec notre musique, nos chants et nos danses
Le mois de l’histoire des Mi’kmaq en 2001 : Partagez notre culture avec notre musique, nos chants et nos danses.

Crédit: Eastern Woodland Publishing, Truro, NS
L’office des affaires autochtones, Gouvernement de la Nouvelle-Écosse

Le Canada est divisé en cinq grandes régions géo-culturelles : l’Arctique, le Subarctique, les Grands Lacs, les Plaines et la Côte nord-ouest.

Dans l’Arctique, les Inuits et les Dénés ont démontré qu’il était possible de survivre dans des conditions climatiques extrêmes. Ils ont développé un savoir[u4] et des habiletés en fonction des particularités géographiques de leur milieu de vie : ils construisaient des habitations de neige ou de glace (igloos) ou encore avec des os de baleines; ils assuraient leur subsistance en s’adonnant à la pêche sur glace, pêchant à la foène le phoque et l’omble de l’Arctique, à la chasse à l’ours polaire et au caribou, à la chasse au harpon de la baleine au harpon; ils construisaient des kayacs ou des oumiaks (embarcations à fond plat). ils fabriquaient des outils à partir de la pierre, des os, de la peau travaillée, des nerfs et parfois du bois flotté. Beaucoup d’entre eux possèdent encore ces habiletés.

En région subarctique, les cultures autochtones ont survécu grâce aux activités de chasse, de pêche et de cueillette, sur terre et sur les eaux navigables, selon les saisons. On y construisait des canots, des toboggans, des traîneaux à chiens et des raquettes pour se déplacer sur le territoire, et les artères fluviales servaient de principales routes, été comme hiver. Après la fonte des neiges, les populations autochtones s’aggloméraient en grands rassemblements dans des villages le long du littoral pour y passer l’été, pour ensuite migrer par petits clans familiaux à l’intérieur des terres aux premiers signes de gel. Ils se méfiaient des eaux peu sûres et ne s’y aventuraient pas, se fiant à leurs chiens de traîneaux pour les avertir du danger. Les aînés – gardiens du savoir et de la sagesse – montraient à la génération montante les techniques utilisées par les aïeux pour construire des canots, des wigwams, des contenants d’écorce de bouleau, de cèdre et de racines d’épinette. Avec le frêne ou le bouleau et la peau d’orignal et de caribou, on fabriquait des traîneaux, des toboggans et des raquettes.

Dans la région des Grands Lacs, les peuples autochtones cultivaient le maïs, les haricots et la courge, ce qui leur permettait de vivre en plus grand nombre dans les maisons[u5]-longues construites à partir d’arbres, et recouvertes d’écorce d’orme. Des canots creusés à même le tronc ou parfois faits d’écorce d’orme étaient utilisés pour sillonner les cours d’eau. Pour survivre à l’hiver, on se nourrissait des denrées récoltées et conservées, et on complétait l’alimentation avec du gibier. Des paniers et beaucoup d’autres contenants étaient fabriqués pour entreposer la nourriture dans les maisons-longues.

Dans les Prairies, la survie des peuples autochtones dépendait presque uniquement des troupeaux de bisons. Le bison était tout : nourriture, remèdes, outils, et sa peau servait à fabriquer des vêtements, des couvertures et des tipis. Même les canots étaient faits de peau de bison. Ici aussi, les raquettes et les traîneaux étaient indispensables l’hiver venu. Durant la saison estivale, les Autochtones des plaines voyageaient à l’aide de leurs chiens et de travois (brancard tiré par des chiens pour transporter les tipis et les effets personnels). Plus tard, les chiens ont fait place aux chevaux, particulièrement utiles pour chasser le bison et migrer de place en place.

La côte Nord-Ouest avait aussi ses particularités géographiques et ses premiers habitants ont dû élaborer des techniques de survie adaptées au milieu, aux ressources et aux conditions locales. La survie de certains groupes dépendait des ressources marines de l’océan et des estuaires, tandis que celle des groupes vivant dans les terres était tributaire de la chasse, de la pêche en rivière et de la cueillette. Les grands cèdres et séquoias fournissaient tout ce qu’il faut pour construire des habitations spacieuses, sculpter des totems et creuser des canots de mer, faire des contenants, des outils, des couvertures et des vêtements. On chassait la baleine, le phoque, l’eulakane, le saumon et on ramassait les coquillages. Lors des potlatchs, les chefs voisins étaient honorés par des cadeaux et en participant aux cérémonies spirituelles[u6].

Dans chaque région géoculturelle, chaque peuple autochtone a développé sa propre langue, conditionné[u7]e par l’étroite relation[u8] à la terre, aux entités vivantes et leurs caractéristiques de survie. Chez les Inuits, plusieurs mots servent à désigner la neige, tandis que chez les populations du littoral, plusieurs mots servent à désigner les états de la mer. L’aptitude à identifier et à décrire avec justesse les conditions météorologiques a joué un rôle déterminant dans les activités de chasse et de pêche.

Un pow-wow au festival d`hiver 2006 sur le campus de Regina, Université des  premières nations du Canada
Un pow-wow au festival d`hiver 2006 sur le campus de Regina, Université des premières nations du Canada

Crédit: Tina Pelletier, photographie
Gracieuseté de Université des premières nations du Canada

Habitant, observant, parcourant et sillonnant le continent et ses cours d’eau pendant des milliers d’années, les peuples autochtones ont développé un savoir et des modes d’apprentissage fiables. Les peuples qui vivaient ici, bien avant l’arrivée des Vikings vers l’an 1000 A.D., avaient une compréhension intime de la terre, de l’eau et de toutes les entités vivantes, et entretenaient avec elles un lien sacré (à travers les cérémonies), ce qui a permis l’épanouissement de leurs cultures. Le succès de leurs stratégies de survie est attribuable à une longue et patiente observation du monde environnant et de ses nombreux écosystèmes, de même qu’à un étonnant respect. Outre la tradition orale, des sites archéologiques en Nouvelle-Écosse et dans les Territoires du Yukon attestent de la présence des peuples autochtones depuis plus de 11 000 ans.


Stephen Augustine, Chef héréditaire au Grand Conseil mi’kmaq

Stephen Augustine

Stephen Augustine est conservateur d’ethnologie pour les Maritimes (Service canadien d’ethnologie) au Musée canadien des civilisations, à Gatineau–Ottawa. Il est titulaire d’une maîtrise en études canadiennes de l’Université Carleton, à Ottawa, traitant de l’intégration des connaissances traditionnelles dans le contexte de l’éducation. Il possède également une licence en anthropologie et en sciences politiques de l’Université St-Thomas, au Nouveau-Brunswick. Récemment, il a été accrédité comme témoin expert devant les tribunaux dans diverses causes concernant l’accès des Autochtones aux ressources naturelles dans les Maritimes. Son savoir en tradition orale de l’histoire, en ethnologie de l’histoire et ses connaissances des traités de la région en font un spécialiste de ces questions. En tant que chef héréditaire au Grand Conseil mi’kmaq, ayant été formé pour cela depuis l’enfance par les Anciens de sa communauté, Stephen J. Augustine possède une connaissance approfondie des pratiques cérémoniales traditionnelles, de la langue, de la culture et de l’histoire de son peuple.


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