Les généraux canadiens
Le film
Année
1918
Durée
06 min 24 s
Compagnie de production
Canadian War Records Office, Ministry of Information
Ces scènes ont été tournées par Walter Buckstone, un caméraman du Bureau canadien des archives de guerre (BCAG) . Elles montrent le régiment écossais canadien, le 2e Bataillon, de même que de brefs plans rapprochés des brigadiers généraux James H. MacBrien et Victor Odlum, qui sourient et parlent à la caméra. Ensuite, viennent des portraits de groupe d’officiers canadiens. Vers la fin de la séquence, on voit le pilote américain Eddie Rickenbacker et le feld-maréchal sir Douglas Haig.
Les brigadiers généraux MacBrien et Odlum étaient deux des officiers commandants les plus compétents des forces canadiennes. Ils avaient été promus grâce à une procédure mise en place par le lieutenant-général sir Julian Byng, qui voulait que les postes supérieurs soient attribués à des candidats en fonction de leur mérite plutôt que de leurs relations avec Sam Hughes. Les deux hommes étaient très appréciés du lieutenant-général sir Arthur Currie, qui envisageait de les faire monter en grade durant les dernières semaines de la guerre. Tous deux ont joué un rôle clé dans les efforts de Currie pour mettre au point un système plus méthodique de planification militaire, basé sur les nouvelles méthodes de guerre qui avaient remplacé celles du 19e siècle, devenues obsolètes. Le nouveau système « de formation organisée » exigeait un niveau de préparation au combat encore jamais vu et des analyses méticuleuses après les batailles.
MacBrien était un soldat professionnel au début de la guerre, ce qui était rare parmi les commandants canadiens; il venait de terminer un entraînement au Staff College de Camberly, en Grande-Bretagne. Il a d’abord été nommé officier d’état-major dans la 1re Division canadienne. Il a commandé pour la première fois en 1916, dans la 4e Division, qui fut la dernière division envoyée en France. Il avait la réputation d’être un homme réservé et distant, mais bon. On dit qu’il n’a pas caché ses larmes le soir du 2 septembre 1918, après que des erreurs de planification commises pas ses supérieurs aient entraîné de lourdes pertes, lors de l’attaque de la ligne Drocourt-Quéant. À la fin de la guerre, il est resté dans l’armée en tant que commissaire de la GRC.
Odlum avait servi pendant la guerre d’Afrique du Sud. Après le conflit, il est retourné à Vancouver afin de poursuivre avec succès une carrière financière. Reconnu comme un homme extraverti et brave, il rejoignait souvent ses soldats au front; il lui est même arrivé de mener ses hommes à la bataille, en brandissant son pistolet. Il a d’ailleurs été blessé plusieurs fois durant la guerre. Méthodiste qui ne buvait jamais d’alcool, il a essayé de supprimer la ration quotidienne de rhum, une tradition ancienne de l’armée britannique. Cette tentative impopulaire lui a valu le surnom de « Pea Soup Odlum ». Sa proposition de remplacer l’alcool par une soupe chaude n’a pas été très bien accueillie par ses hommes, surtout quand ceux-ci se sont aperçus que leurs camarades des autres unités continuaient de recevoir leur fortifiant quotidien. Finalement, Odlum a dû revenir sur sa décision. En 1917, Odlum et un autre commandant de la 4e Division, David Watson, ont aidé financièrement Currie, car les dettes que celui-ci avait contractées avant la guerre risquaient de lui nuire sur le plan politique.
Les hommes qui posent ici pour un portrait de groupe étaient des officiers. Chaque bataillon comprenait environ 30 officiers qui menaient les combats et étaient responsables de l’entraînement et du moral des troupes. Chacun avait son style de commandement, mais un officier efficace devait inspirer confiance et posséder de grandes qualités d’organisateur. La hiérarchie militaire reflétait généralement les divisions sociales : la plupart des officiers étaient issus des classes moyennes éduquées, tandis que la majorité des soldats provenaient de la classe ouvrière. Le métier était risqué, et près de dix pour cent des commandants des bataillons d’infanterie sont morts sur le champ de bataille.
Vers la fin de l’extrait, on voit Sam Hughes qui encourage un groupe de soldats, un plan rapproché du pilote américain Eddie Rickenbacker devant un hangar, de même que des images du feld-maréchal sir Douglas Haig bavardant dehors avec un petit groupe d’hommes.
Un peu d'histoire
Les commandants
Patrick H. Brennan
Historien militaire
Lorsque le Corps expéditionnaire canadien commence à prendre forme à l’automne 1914, la majorité de ses futurs commandants sont encore attachés à la carrière commerciale ou professionnelle qu’ils poursuivaient quelques semaines auparavant. Même ceux qui ont acquis une certaine expérience dans la milice avant la guerre sont encore des guerriers amateurs, et il leur faut apprendre à commander à des soldats tout en faisant la guerre pour vrai. Le combat se révélera un maître cruel et impitoyable et les erreurs qu’ils feront en apprenant à commander coûteront des vies humaines.
Arthur Currie commence la guerre au commandement d’une brigade de 4 000 hommes. Il a été nommé sur la recommandation de Garnet Hughes, un de ses camarades officiers de milice en Colombie-Britannique et fils du ministre de la Milice et de la Défense, sir Sam Hughes, un homme imprévisible, manipulateur et incompétent sur le plan militaire. Au début de la guerre, Hugues choisit lui-même presque tous les officiers supérieurs de l’armée, dont un nombre beaucoup trop important sont des amis personnels et des membres de son entourage politique qui se révéleront inaptes au commandement et devront éventuellement être remplacés. Rien dans les antécédents d’Arthur Currie, instituteur et courtier en immeubles possédant une vague expérience de la milice, ne lui donne une avance particulière. Dans les faits, il se révélera un apprenti diligeant et un meneur extraordinaire dont les compétences militaires s’apanouiront rapidement. Dès 1916, on reconnaît en lui le meileur des officiers supérieurs canadiens. Un an plus tard, il est l’homme tout désigné pour devenir le premier Canadien à commander le Corps expéditionnaire, une responsabilité dont il se chargera avec distinction pendant toute la durée de la guerre.
Au moment où les Canadiens s’efforcent désespérément de surmonter leur inexpérience, ils ont la chance d’être encadrés par des officiers britanniques très compétents, tels que le lieutenant-général Julian Byng et son chef d’état major, le major-général Percy Radcliffe. Militaires de profession et de grande valeur, ils recrutent les commandants Canadiens les plus prometteurs, les guident et, lorsqu’ils démontrent ce dont ils sont capables, leur confient des commandements comportant plus de responsabilités. C’est ainsi que, dès 1917, le Corps canadien regroupe une réserve d’officiers de commandement canadiens compétents et aguerris. Deux des commandants de brigade, les brigadiers-généraux James MacBrien et Victor Odlum, sont très représentatifs de ce groupe. MacBrien fait partie de la poignée de Canadiens qui étaient soldats de profession avant la guerre. Après avoir été officier d’état-major, MacBrien reçoit de Byng le commandement de la 12e brigade d’infanterie en septembre 1916, tout juste avant que cette unité reçoive son baptême du feu. Quant à Odlum, après avoir servi durant la guerre d’Afrique du Sud, il est retourné à Vancouver où il a mis sur pied une société prospère dans le secteur financier et des assurances. Au sein du 7e bataillon, il participe à la première bataille canadienne d’Ypres et prend le commandement du bataillon lorsque le lieutenant-colonel McHarg est tué. Byng l’élève au commandement de la 11e brigade en juillet 1916 et, comme MacBrien, il commandera sa brigade jusqu’à l’armistice. D’un naturel studieux et réservé, MacBrien se révèle doué pour la formation et la planification. Par contraste, Odlum est un commandant fougueux et intrépide sur le champ de bataille et ses blessures en sont la preuve. Même s’ils emploient deux styles de commandement très différents, l’un et l’autre sont efficaces.
Contrairement à ce qui se passait dans les guerres antérieures, les généraux ne sont pas en mesure de contrôler les attaques qu’ils lançent, en raison de l’ampleur des batailles de la Première Guerre mondiale et de la rupture des communications pendant les combats. Ce qu’ils peuvent faire, cependant, c’est d’employer les semaines précédant un assaut pour se préparer à tous les imprévus possibles sur le champ de bataille – en d’autres termes, de mettre l’accent sur la planification et l’entraînement approfondis. Vers la fin de 1916, les forces de l’Empire britannique adoptent de nouvelles tactiques de combat, plus efficaces. Cela s’applique particulièrement au Corps canadien, où Byng, Radcliffe et Currie ont instauré un système hautement efficace « d’apprentissage organisé ». Les officiers et les soldats engagés dans le combat remplissent des rapports précis « d’après combat », exposant en détail ce qui a réussi et ce qui a échoué. Qu’il s’agisse de tactiques ou d’armements, les commandants du Corps attachent une grande importance au fait d’imaginer de meilleures façons de combattre et souligne, pour le bénéfice de chaque officier et de chaque soldat, à quel point il est vital d’absorber les leçons de « l’école du champ de bataille » pour la survie et le succès de tous les hommes. Dorénavant, une chose valable apprise par un bataillon sera rapidement adoptée par les autres, du simple fait qu’elle sera intégrée dans l’instruction militaire de tous. Autrement dit, les leçons apprises d’une manière organisée sont également mise en pratique d’une manière organisée. Plus que tout autre facteur, la maîtrise de cette « courbe d’apprentissage » sera responsable de la transformation du Corps canadien, de la foule d’amateurs enthousiastes qu’il était, en une force d’attaque d’élite, les « troupes de choc » de l’Empire britannique. Les officiers, et en particulier les commandants supérieurs, y auront joué un rôle indispensable.
Un groupe de commandants partage la double responsabilité de préparer à la fois leurs soldats et de les diriger au combat – les commandants des 48 bataillons d’infanterie du Corps. Des quelque 200 hommes qui commandent un bataillon canadien, 22 sont tués au combat et plusieurs autres sont blessés. Avec les officiers subalternes sous leurs ordres, ils sont en charge de la majeure partie du véritable entraînement des soldats au combat. Ils assument également la responsabilité cruciale de maintenir la santé, le moral et la fierté d’unité de leur hommes, et organisaient souvent des sports, des concerts et d’autres divertissements avec cela en tête. Les commandants de bataillons sont en fait les officiers de plus haut rang que leurs hommes connaissent vraiment et voient régulièrement et qui partagent avec eux les risques quotidiens et les conditions de vie précaires du front. Par conséquent, c’est auprès de leurs commandants que les soldats puisent confiance et inspiration, et un commandant de bataillon brave et adroit peut motiver ses hommes dans les conditions les plus épouvantables. Le lieutenant-colonel Cyrus Peck est ce genre d’officier. Il s’est engagé dans le 16e bataillon en 1914, se bat dans ses rangs à Ypres et le commande de novembre 1916 jusqu’à la fin de la guerre. Bien que Peck, trapu et portant des moustaches à la gauloise, est loin d’être le commandant qui a le plus l’allure militaire, il est intrépide et aucun de ses soldats ne se demande qui est à la tête de leur unité. Durant la tempête de la ligne Drocourt-Quéant, le 2 septembre 1918, son leadership mérite à Peck la Croix de Victoria. Lorsque la résistance allemande tenace et acharnée bloque l’avance de son bataillon, il s’expose aux tirs de l’artillerie lourde et des mitrailleuses pour reconnaître les positions ennemies, puis réorganise ce qu’il reste de son unité et la conduit vers la capture et le maintien de son objectif.
Les armées sont des organisations hiérarchiques, et la qualité du commandement joue un rôle énorme dans leur succès final. Même les soldats les plus braves et les mieux équipés vont échouer au combat si on leur demande d’exécuter un plan qui a des lacunes ou si les officiers qui les dirigent dans le feu du combat prennent de mauvaises décisions. Au fur et à mesure que la guerre progresse, les meilleurs commandants se hissent jusqu’au sommet du Corps canadien. Par conséquent, la planification est saine et les soldats canadiens sont prêts à utiliser, au combat, les tactiques les plus efficaces apprises dans des expériences antérieures de combat. Une fois la bataille engagée, une direction brave et compétente de la part de commandants de bataillons et d’officiers subalternes qui suivent leurs ordres contribue puissamment à atteindre la victoire. Les deux dernières années de la guerre, la qualité du commandement à l’intérieur du Corps canadien est extraordinaire, comme l’atteste une série de victoires.
Repères bibliographiques
Brennan, Patrick. “From Amateur to Professional: The Experience of Brigadier General William Antrobus Griesbach.” in Canada and the Great War, Briton Busch, ed. Montreal and Kingston: McGill-Queen’s University Press, 2003 : 78-92.
---. “A Still Untold Story of the Canadian Corps: Byng’s and Currie’s Commanders.” Canadian Military History 11, 2 (Spring 2002): 5-16.
Brennan, Patrick and Thomas Leppard. “How the Lessons Were Learned: Senior Commanders and the Moulding of the Canadian Corps after the Somme” in Canada and War: 1000-2000, Yves Tremblay, ed. Ottawa: Canadian War Museum, 2001.
Dancocks, Daniel. Sir Arthur Currie: A Biography. Toronto: Methuen, 1985.
Hyatt, A.M.J. General Sir Arthur Currie: A Military Biography. Toronto: University of Toronto Press, 1987.
McCulloch, Ian. “‘Batty Mac’: Portrait of a Brigade Commander of the Great War, 1915-1917.” Canadian Military History 7, 4 (Autumn 1998): 11-28.
Swettenham, John. McNaughton, Vol. I: 1887-1939. Toronto: The Ryerson Press, 1968.
Tremblay, Yves. “Brutinel: A Unique Kind of Leadership.” in Warrior Chiefs. Bernd Horn and Stephen Harris, eds. Toronto: Dundurn Press, 2001.
Images
Ressources éducatives
Sir Samuel Hughes
En raison de ces expériences, l'impérialisme de Hughes revêt une certaine orientation autonomiste canadienne. En 1911, après des années de services au sein de la députation conservatrice et au Parlement, dont dix années comme critique de l'Opposition en matière militaire, et fort de sa loyauté personnelle envers R.L. Borden, il devient ministre de la Milice dans le nouveau gouvernement de ce dernier. Il fait la promotion du concept de soldats citoyens au détriment des militaires professionnels et prêche la valeur sociale de l'entraînement militaire et de l'état de préparation nationale.
Au début de la Première Guerre mondiale, il est acclamé comme le génie de l'effort de guerre. Malheureusement, le favoritisme, la confusion entre les fonctions civiles et militaires, le manque de respect à l'égard du Cabinet, l'incompétence administrative et le scandale, comme le fiasco du fusil Ross forcent Borden à le congédier en novembre 1916. Député conservateur-unioniste récalcitrant et parfois amer de Victoria-Haliburton, il meurt en 1921. Bien qu'il ait été un Canadien sincère et un député efficace dans sa circonscription, Hughes n'a jamais été à la hauteur des exigences d'une aussi haute fonction en temps de guerre en raison de sa conduite anticonformiste.
Ronald G. Haycock
Lecture complémentaire
Haycock, R.G. Sam Hughes: The Public Career of a Controversial Canadian 1885-1916. Waterloo, ON: Wilfrid Laurier University Press in collaboration with Canadian War Museum, Canadian Museum of Civilization, 1986.
Reproduit de L'Encyclopédie canadienne avec l'autorisation de la Fondation Historica du Canada.
Le 2e Bataillon (Eastern Ontario)
En août 1917, à la côte 70, le 2e Bataillon a capturé trois mitrailleuses, a pris le côté ouest de Fresnoy, avant de se lancer à l’assaut du village. L’unité a remporté une victoire semblable au bois Hugo où elle a repoussé les Allemands, tout en gardant la position intacte. Les 8 et 11 août, elle a combattu à Amiens. Le 30 août 1918, durant la bataille de la Scarpe, les 1er et 2e bataillons ont pris l’ennemi par surprise en se cachant derrière un ingénieux barrage, ce qui leur a permis d’avancer vers le nord.
Tiré de Nicholson, G. W. L., Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1918, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1963.
16e Bataillon (Canadian Scottish) (Princess Mary’s)
Sous le commandement des lieutenants-colonels R. G. E. Leckie et C. W. Peck, le 16e Bataillon a pris part à de nombreuses batailles, dont celles d’Ypres, de la crête de Vimy, de la Somme, de Passchendaele et d’Amiens. Le 8 octobre 1916, les Canadiens voulaient atteindre la tranchée Régina, mais ils ont été arrêtés par le feu soutenu de mitrailleuses et de fusils, et aucun d’eux n’a pu passer. Faisant fi du danger, James Richardson, un joueur de cornemuse de 18 ans, a arpenté les lieux en jouant de son instrument, encourageant environ 100 soldats du Canadian Scottish à se lancer à l’assaut. Les soldats ont ainsi réussi à pénétrer dans la tranchée. À la crête de Vimy, le soldat W. J. Milne a agi en héros, et on lui a décerné la Croix de Victoria à titre posthume. Alors que sa compagnie était freinée par les tirs d’une mitrailleuse ennemie, Milne a rampé sur ses mains et ses genoux, réussissant à s’approcher suffisamment pour tuer les mitrailleurs et s’emparer de leur arme. Il a été tué plus tard ce jour-là.
Adapté de Nicholson, G. W. L. Le Corps expéditionnaire canadien 1914-1918, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1963.











