Compétitions sportives à Pont-Rémy
Le film
Année
1918
Durée
04 min 52 s
Compagnie de production
Topical Film Company
Compétitions entres les compagnies forestières des armées britannique, australienne, canadienne et néo-zélandaise au camp forestier de Pont-Rémy, en France, le 15 septembre 1918. Une bataille d’oreillers entre deux hommes chevauchant un billot suspendu au-dessus de l’eau. Un concours d’abattage d’arbre au cours duquel les quatre représentants doivent couper un arbre à dix pieds de hauteur. Concours similaire au cours duquel les participants doivent couper un court billot posé sur le sol; l’Australien remporte l’épreuve et ses compatriotes s’élancent pour lui faire la fête. Il pose en chemise, culotte courte et chapeau de brousse, sa hache à côté du tronc. Un troisième concours, la coupe d’arbres de taille moyenne, auquel participent des Maoris de la Nouvelle-Zélande. Enfin, un « concours de draveurs » où les hommes doivent garder l’équilibre en faisant rouler des billes sur l’eau jusqu’à ce qu’ils aient traversé la rivière.
Un peu d'histoire
L’entraînement outre-mer du Corps expéditionnaire canadien
Andrew Iarocci
Chercheur, Université Wilfrid Laurier, Waterloo
... le seul but de l’instruction militaire est de préparer nos forces pour la guerre, être victorieux dans la bataille étant l’objectif suprême... La fonction de l’instruction militaire est de développer autant que nous le pouvons les qualités intellectuelles, morales et physiques de chaque individu. C’est aussi d’inculquer, par la théorie et la pratique, la manière la plus avantageuse d’employer les différentes armes en conjonction...1
Comme le montre cet extrait, l’instruction militaire comportait deux aspects fondamentaux : l’instruction du soldat et l’entraînement des formations. Les nouvelles recrues avaient d’abord besoin d’apprendre les compétences de base du soldat : la marche au pas, l’exercice militaire et l’adresse au tir. Une fois ces compétences acquises, le soldat s’instruisait dans son secteur de spécialisation : infanterie, artillerie, génie, transmissions, corps médical ou train des équipages. Le soldat était ensuite intégré à une formation spécialisée et son entraînement se poursuivait de façon régulière dans cette unité. L’objectif final était que chaque composante de l’armée puisse fonctionner en coopération avec les autres, en tant que partie d’un tout. On y arrivait en imposant des exercices aux niveaux du bataillon, de la brigade et de la division.
Le premier contingent de troupes canadiennes pour l’Europe est formé à Valcartier, au Québec, pendant les mois d’août et septembre 1914. Comme on doit se consacrer à de nombreuses tâches administratives, les hommes ne bénéficient que de peu d’entraînement avant que le contingent – qui deviendra bientôt la 1re Division du Canada – ne s’embarque pour l’Angleterre en octobre. À leur arrivée, les troupes sont stationnées à Salisbury Plain, un grand secteur d’entraînement britannique, où elles restent jusqu’en février 1915.
Cet hiver-là est particulièrement pluvieux et, jusqu’à récemment, les historiens s’entendaient pour dire que les hommes reçoivent relativement peu d’entraînement avant le départ de la division pour la France. Toutefois, des découvertes récentes suggèrent que, malgré le mauvais temps et l’existence d’autres distractions, la plupart des éléments de la Division bénéficient d’une instruction productive à Salisbury Plain. L’infanterie apprend à manœuvrer en conjonction avec l’artillerie et les mitrailleuses. D’autres éléments de la Division, tels que les artilleurs, les ingénieurs et les responsables des transmissions, de même que les troupes montées et celles des transports suivent leur propre programme spécialisé. Les ingénieurs, par exemple, apprennent à construire des fortifications de campagne, alors que les brigades d’artilleurs vont à l’école de pièce. Pendant ce temps, les colonnes divisionnaires des transports et des munitions découvrent les complexités relatives au déplacement du ravitaillement dans la zone de combat.
L’entraînement de la 1re Division se poursuit après la traversée de la Manche en février 1915. Dès leur arrivée au front, à proximité de la frontière franco-belge, les soldats canadiens sont jumelés à des troupes britanniques expérimentées qui leur transmettent leur connaissance du terrain. Les documents suggèrent que cette expérience formatrice est extrêmement positive. Comme un soldat l’évoquera par la suite, « rien ne pouvait surpasser la patience » de ses instructeurs britanniques « ou l’attention toute fraternelle qu’ils démontraient envers nous, leurs compagnons d’armes »2. Les Canadiens en apprennent également beaucoup sur le prix à payer pour ce conflit, puisque c’est à ce moment qu’ils subissent leurs premières pertes et peuvent constater les dévastations de la guerre.
Au cours de l’été de 1915, la 2e Division du Canada arrive en Angleterre et commence son entraînement à Shorncliffe Camp. Le terrain découvert est idéal pour les manœuvres des compagnies et des bataillons, et une grande partie de l’entraînement porte sur les défis de la guerre de tranchées. Certains officiers fréquentent des écoles britanniques, pendant que d’autres vont se battre en France aux côtés de la 1re Division pendant de courtes périodes3. Quand le Corps canadien passe à quatre divisions en 1915–1916, on doit trouver en Angleterre d’autres camps d’entraînement pour les nouveaux arrivants. On en installe un premier à Bramshott à la fin de 1915, puis d’autres s’ajoutent en 1916, notamment Crowborough, Hastings, New Shoreham, Seaford et Witley.4
Pendant le conflit, une grande variété d’écoles spécialisées sont mises sur pied en Angleterre comme en France. On y couvre tous les sujets, depuis le maniement de la grenade jusqu’à l’hygiène au champ de bataille. Les programmes d’instruction sont graduellement normalisés, et le service des imprimés et des fournitures des forces britanniques diffuse une vaste sélection de publications sur les sujets les plus divers.
Tout au long de la guerre, les nouvelles technologies déployées sur le champ de bataille sont reflétées dans l’instruction des soldats. Ainsi, quand en avril 1915 l’armée allemande utilise pour la première fois des armes chimiques sur le front occidental, on remet à chaque soldat un masque pour la durée de la guerre, et les exercices d’alerte aux gaz sont définitivement intégrés à l’instruction de base. Plus tard dans la même année, les forces britanniques et celles du Dominion reçoivent des mitrailleuses Lewis de calibre 303. Voilà encore une nouvelle pièce d’équipement dont les soldats doivent apprendre le maniement. Comme pour d’autres aspects de l’instruction militaire, la marche à suivre est subdivisée en une série de tâches simples.
Toutefois, l’entraînement des troupes ne porte pas seulement sur le maniement des armes et la tactique. Le sport et l’activité physique sont aussi importants; il est essentiel de maintenir les soldats dans une condition physique optimale si l’on veut qu’ils tiennent le coup en situation de combat. Comme l’explique le Manual of Physical Training de l’armée britannique :
... le soldat doit être discipliné, il doit marcher au pas, être intelligent, vif, dégourdi et éveillé, capable de surmonter les obstacles au champ de bataille et prêt à endurer toute la tension et les difficultés du service actif...5
On maintient la forme physique des soldats par l’exercice, la gymnastique « suédoise » et la tenue régulière d’événements sportifs. Les joutes et compétitions organisées, en plus de contribuer au bien-être physique, améliorent le moral des troupes et renforcent l’esprit de corps. Pendant les mois d’été, les bataillons, brigades et divisions organisent leurs propres événements sportifs dans la zone arrière. Après la guerre, un vétéran évoquera ainsi une journée sportive de l’été de 1918 :
Qui ne se rappelle pas cette journée sportive de la brigade à Izel-les-Hameaux? Il y avait des épreuves de courses, des sauts et de la course de haies, il y en avait pour tous les goûts, un ring pour la boxe et la lutte, des championnats de base-ball et de football. C’était une journée radieuse... tout le monde y était. C’était la gaieté, les gars des quatre bataillons et ceux de l’armée de l’air venus les rejoindre pour le simple plaisir s’amusaient tous ensemble comme des fous...6
À la fin de l’année 1916, le Corps expéditionnaire canadien est une formation de vétérans, et a subi de lourdes pertes dans une série de batailles difficiles, notamment la deuxième bataille d’Ypres, Festubert, les cratères de Saint-Éloi, Mont Sorrel et la Somme. Ses aptitudes ont été modelées non seulement par la formation de routine, mais aussi par l’expérience pratique et sanglante du combat. Toutefois, le taux élevé des pertes signifie également que le corps doit régulièrement accueillir de nombreuses nouvelles recrues en France et en Belgique. Certains commandants canadiens, insatisfaits du faible niveau de formation que semblent avoir reçu ces renforts, décident d’établir leurs propres écoles de bataillon, de brigade et de division. Ces brefs cours d’appoint assurent que les nouveaux arrivants maîtrisent les habiletés de base du soldat avant d’être envoyés à l’implacable ligne de front.
L’instruction militaire est donc un processus qui se poursuit tout au long de la Grande Guerre, à mesure que les unités canadiennes sont créées, subissent des pertes, sont reformées puis de nouveau envoyées au combat. Dans des circonstances aussi difficiles sur le plan tactique et stratégique que celles de 1914-1918, rien n’aurait pu empêcher d’aussi lourdes pertes, mais un entraînement efficace a permis d’améliorer les chances de succès des soldats au champ de bataille.
Notes
1Training and Manoeuvre Regulations, 1913. London: General Staff, War Office, 1913, p. 10, 11.
2Fonds George Drillie Scott, BAC, FM 30, E 28.
3G.W.L. Nicholson, Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919,> Ottawa, R. Duhamel, Imprimeur de la Reine, 1963, p. 113.
4David W. Love. “A Call to Arms”: The Organization and Administration of Canada’s Military in World War One. Winnipeg: Bunker to Bunker Books, 1999, p. 91.
5Manual of Physical Training, 1908. Rev. ed. London: His Majesty's Stationery Office, 1914, p. 7, 8.
6James H. Pedley. Only This: A War Retrospect, 1917-1918. Ottawa: CEF Books, 1999, p. 175, 176.
La logistique militaire du Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919
Michel Litalien
Historien
La logistique militaire canadienne est un pan occulté de l’histoire du Corps expéditionnaire canadien. Pourtant, dès les premiers jours de l’entrée en guerre du Canada, il était impossible de l’ignorer. Avec l’arrivée massive des volontaires militaires et civils lors du rassemblement à Valcartier, près de Québec, en août 1914, les services de soutien logistique, qui étaient relativement récents, furent rapidement mis à l’épreuve. Habiller et équiper les membres du premier contingent devint un véritable casse-tête. Il fallut trouver les manufacturiers et conclure en toute hâte les contrats de fabrication d’uniformes, de bottes, de ceinturons, d’armes, de véhicules, etc. Du point de vue logistique, la mobilisation du premier contingent à destination de l’Europe fut un cauchemar.
Tout au long de la Première Guerre mondiale, le système de soutien logistique du Corps expéditionnaire fut immense et complexe. De tous les corps de soutien, c’est celui de l’Intendance qui fut le plus diversifié. Parmi les responsabilités principales du Corps de l’Intendance, citons le transport des troupes combattantes, la livraison du matériel et le ravitaillement. En plus de ces tâches essentielles, l’Intendance s’occupait également de l’évacuation des blessés (les chauffeurs d’ambulances appartenaient à ce corps), de la récupération de matériel abandonné ou capturé à l’ennemi et de la livraison du courrier. L’Intendance travaillait en étroite collaboration avec le Corps des Magasins militaires, celui du Corps de Santé et également l’Artillerie pour le transport de matériel spécialisé.
Le Corps de l’Intendance fonctionnait depuis les ports de mer situés à des centaines de kilomètres à l’arrière jusqu’à la ligne de front. Le système de ravitaillement du Corps de l’Intendance permettait d’approvisionner tout aussi bien de petits groupes composés de quelques hommes que des formations de la grandeur d’un bataillon d’infanterie (environ 1000 hommes).
Le ravitaillement des unités au front se déroulait par étapes. À leur arrivée aux ports ou aux dépôts, les provisions étaient d’abord amenées par chemin de fer jusqu’à des terminaux ferroviaires. À partir de ces terminaux, les unités d’Intendance du corps d’armée étaient responsables de les acheminer par transport mécanisé (camions ou trains légers) à des points de ravitaillement. Ces opérations se déroulaient dans la troisième ligne de ravitaillement. En raison de leur taille, ces petits trains pouvaient circuler et accéder plus facilement aux zones situées plus près du front. Il était également plus difficile pour l’artillerie ennemie de les repérer. La zone administrative arrière était littéralement tapissée d’un véritable réseau de chemins de fer légers dont la construction et l’entretien étaient effectués par les troupes ferroviaires canadiennes.
À partir de ces points de ravitaillement, le train divisionnaire et la colonne divisionnaire de munitions du Corps de l’Intendance, tous deux hippomobiles, étaient responsables d’apporter les approvisionnements encore plus près de la ligne de front, à leur division respective ou aux unités qui la composent. Il s’agissait de la deuxième ligne de ravitaillement.
Enfin, les opérations de ravitaillement des unités au front avaient lieu au sein de la première ligne de ravitaillement. Il incombait à ces unités de venir chercher à l’arrière leurs approvisionnements en outils, munitions, armes, matériel technique, matériel de communication, eau, médicaments et nourriture. Ces expéditions d’approvisionnement s’effectuaient surtout la nuit afin que les soldats ne se fassent pas repérer par l’ennemi. En affectant des soldats à cette tâche, les positions défensives des bataillons au front se retrouvaient dégarnies et vulnérables aux attaques ennemies.
Toutefois, vers la fin de la guerre, un officier canadien originaire de Montréal, proposa l’utilisation du système de portage (tumpline system), une idée inspirée des Autochtones et des coureurs des bois canadiens. Avant l'introduction de ce système, les fantassins ramenaient tous les ravitaillements à bras, ce qui limitait les quantités et les mouvements en raison du poids et du volume. Le système de portage, impliquant l’utilisation d’une courroie frontale, permettait aux soldats d’augmenter leur charge et libérait leurs bras, leur donnant ainsi une plus grande liberté de mouvement. Pouvant désormais emporter plus de ravitaillement par personne, il n’était plus nécessaire d’affecter un aussi grand nombre d’hommes aux tâches de ravitaillement et le bataillon pouvait ainsi compter sur une défensive plus solide.
En plus de fournir régulièrement les chauffeurs et les véhicules à d’autres unités, le Corps de l’Intendance était aussi responsable de l’entretien et de la réparation de ses véhicules. Il voyait également à l’alimentation des troupes. Une autre responsabilité était aussi d’assurer l’allocation et la distribution des denrées fraîches et des vivres conditionnées; ses cuisiniers militaires voyaient au fonctionnement des boulangeries et des boucheries de campagne.
L’Intendance ne fut pas l’unique corps de soutien logistique à jouer un rôle de premier plan au sein du Corps expéditionnaire canadien. Le Corps des Magasins militaires était responsable d’obtenir, d’entreposer et de distribuer en tout temps les quantités suffisantes d’uniformes, de bottes, d’équipements, d’armes, de munitions et d’obus aux troupes combattantes. Des dépôts d’approvisionnement spécialisés, situés dans la deuxième ligne de ravitaillement, assuraient une distribution plus efficace.
L’autre rôle important du Corps des Magasins militaires était d’assurer l’entretien et le maintien de l’efficacité du matériel en campagne. Les armuriers des ateliers mobiles de réparation spécialisés pouvaient se rapprocher davantage des unités déployées et réparer les armes, quelles soient légères ou lourdes, de même que le matériel. Si les ateliers mobiles n’étaient pas capables de réparer sur place, les armes et le matériel étaient alors envoyés vers l’arrière au sein des ateliers lourds ou statiques, où l’on pouvait remonter et remettre presque tout à neuf. Les petits détachements du Corps des Magasins militaires travaillaient de pairs avec les unités du Corps de l’Intendance.
Malgré la mécanisation progressive de la guerre, le cheval demeurait toujours aussi important pour les opérations du Corps expéditionnaire canadien. La cavalerie, l’artillerie et bien sûr l’Intendance l’utilisèrent massivement, jusqu’à la fin de la guerre. À un certain moment, les Canadiens utilisaient jusqu’à 24 000 chevaux et mulets pour leurs actions outre-mer. Le cheval réussissait souvent, là où ne passait pas le véhicule motorisé! Toutefois, il arrivait que les chevaux soient victimes de blessures et de maladies. Dans son organisation, le Corps vétérinaire comptait des sections mobiles, pouvant se rapprocher davantage des unités combattantes pour y soigner les chevaux, des hôpitaux pour chevaux, des dépôts de remonte avancés et des dépôts de provisions de base spécialisés.
D’autres services de soutien logistiques jouèrent également un rôle crucial dans leur appui au soldat. Le Corps postal, par exemple, contribua au maintien du moral des soldats au front, à l’arrière et aussi en convalescence dans les hôpitaux. Les aumôniers militaires, constituant le plus petit groupe de soutien organisé, offrirent les services religieux aux soldats canadiens de différentes confessions en plus d’offrir un soutien moral lors des moments difficiles. Enfin, en dépit des opérations de blocus sous-marins de l’ennemi, le Corps forestier canadien permit à la Grande-Bretagne, à la France et au Corps expéditionnaire canadien d’obtenir les stocks de bois requis pour mener les opérations militaires.
Des milliers d’hommes œuvrèrent au sein de ces organisations. Le Corps de l’Intendance, par exemple, a compté plus de 17 000 officiers et militaires au sein de son organisation. Même si ces unités n’étaient pas des corps combattants, plusieurs d’entre-elles, notamment l’Intendance, furent de toutes les actions. 104 membres de ce Corps furent tués et 363 furent blessés.
Repères bibliographiques
Brown, Ian Malcolm. British Logistics on the Western Front, 1914-1919. Westport: Praeger Publishers, 1998.
Canadian Army Service Corps, 2nd Divisional Train: Record of Service of Officers, 1914-1919. Brian Pontifex, comp. Toronto: Carswell, 1920.
Davies, W.J.K. Light Railways of the First World War: A History of Tactical Rail Communications on the British Fronts, 1914-18. Newton Abbot, UK: David & Charles, 1967.
French, Cecil. A History of the Canadian Army Veterinary Corps in the Great World War, 1914-1919. C.A.V. Barker and Ian K. Barker, eds. Guelph: Crest Books, 1999.
Jackson, H.M. The 127th Battalion, CEF; 2nd Battalion, Canadian Railway Troops. Montreal: Industrial Shops for the Deaf, 1957?.
Johnston, James Robert. Riding into War: The Memoir of a Horse Transport Driver, 1916-1919. Fredericton: Goose Lane Editions and The New Brunswick Military Heritage Project, 2004.
Love, David W. “A Call to Arms”: The Organization and Administration of Canada’s Military in World War One. Calgary: Bunker To Bunker Books, 1999.
Phelan, Frederick Ross. “Army Supplies in the Forward Area and the Tumpline System: A First World War Canadian Logistical Innovation.” Canadian Military History 9, no 1 (Winter 2000): 31-45 [reprise de l’article publié dans le Canadian Defence Quarterly d’octobre 1928].
To the Thunderer his Arms: The Royal Canadian Ordnance Corps. William F. Rannie, ed. Lincoln, ON: W.F. Rannie, 1984.
Warren, Arnold. Wait for the Waggon: The Story of the Royal Canadian Army Service Corps. Toronto: McClelland and Stewart, 1961.
Note: À ce jour, il n’existe pas d’ouvrage publié en français traitant exclusivement de la logistique militaire canadienne lors de la Première Guerre mondiale.
Le génie canadien sur le front occidental
Bill Rawling
Historien, Ministère de la défense nationale
L’exploitation forestière
Le front occidental avait d’énormes besoins en matériel, notamment en bois d’œuvre. C’est en effet avec du bois qu’on consolidait les parois des tranchées, qu’on soutenait le toit des abris profonds, qu’on construisait des chemins de rondins et qu’on fabriquait des traverses pour les chemins de fer ou les tramways. Ces tâches furent confiées à des ingénieurs militaires, et des unités spécialisées en exploitation forestière furent créées à cette fin. Des bûcherons, des classeurs de bois débité et d’autres ouvriers qualifiés de l’industrie du bois de sciage furent recrutés. Ils coupaient le bois et exploitaient leurs propres scieries afin de fournir un produit fini.
Les premières compagnies d’exploitation forestière de la guerre furent mises sur pied en 1915, en France. D’autres unités furent créées en Angleterre pour exploiter les ressources locales de l’île. Toutes furent regroupées en 1916 pour constituer un corps d’armée si imposant, avec ses 43 compagnies, qu’il lui fallut son propre système hospitalier. Aux repas, les hommes recevaient plus que la ration normale étant donné le travail exigeant qu’ils accomplissaient sans relâche.
Leur travail en France et en Angleterre permit d’éviter des frais d’expédition faramineux, sans compter qu’ils fournirent du bois pour des fins industrielles, notamment pour étayer les parois des mines et construire des chalutiers et d’autres bâtiments. Le Corps forestier canadien ne faisait cependant pas que couper et préparer du bois. Plusieurs de ses unités appuyèrent la Royal Air Force en nettoyant, en drainant, en nivelant et en aplanissant des terrains devant servir d’aérodromes. À la signature de l’Armistice, 11 750 hommes travaillaient dans ce corps, tandis que 6 000 autres s’y rattachaient à divers titres.
Le transport ferroviaire
Plus près de la zone de combat, il fallait des moyens de transport de forte capacité pour acheminer les prodigieuses quantités de munitions, de nourriture, d’eau et de matériel dont les premières lignes avaient besoin. Afin de résoudre ce terrible problème de logistique, on fit appel à des ouvriers spécialisés pour construire des tramways et à d’autres spécialistes pour entretenir et conduire les tracteurs et le matériel roulant. Il en résulta un système de transport aussi important que celui d’une grande ville nord-américaine, exploité par des soldats canadiens spécialisés dans le transport ferroviaire. Ces derniers travaillèrent sur le front occidental et, à la fin de la guerre, en Palestine. Le système de transport réunissait en fait deux réseaux : celui des tramways, plus près du front, fonctionnait avec des tracteurs dotés de moteurs à essence, tandis que celui des chemins de fer légers, un peu plus à l’arrière, utilisait la puissance de la vapeur. L’ensemble était raccordé au chemin de fer à voie large mis en place en France dans les décennies ayant précédé le conflit.
Puis la guerre devint trop mobile pour les unités de transport ferroviaire, si bien que le 11 novembre 1918, lorsque fut conclu l’Armistice, les chemins de fer étaient à quelque 30 kilomètres derrière les premières lignes, malgré le travail de 25 000 soldats affectés à la construction de voies ferrées, dont les deux tiers étaient canadiens. Ces hommes avaient néanmoins accompli leur mission pendant presque les quatre années où la guerre fut quasi statique sur le front occidental, depuis la fin de 1914 jusqu’à l’été de 1918.
Le creusement de tunnels
Dès les premiers mois de la Grande Guerre, il fut clair que toute opération au sol était dangereuse, voire suicidaire; c’est pourquoi les soldats se réfugièrent dans des tranchées et des abris profonds. Il fallait donc opérer sous le sol, et trois compagnies spécialisées dans le creusement de tunnels furent formées au sein du Corps expéditionnaire canadien. Recrutés essentiellement parmi les mineurs et les ouvriers spécialisés dans le creusement de petits tunnels pour installer des canalisations de gaz et d’eau sous les rues des villes, les soldats de ces compagnies entreprirent leur travail en 1915 et accomplirent de multiples tâches. D’abord, ils se servaient des galeries qu’ils excavaient sous les lignes allemandes pour épier le travail similaire accompli par l’ennemi, afin de donner l’alerte si celui-ci menaçait les lignes canadiennes. Ensuite, ils pouvaient remplir les galeries d’explosifs afin de détruire les défenses ennemies; la plupart de ces opérations furent toutefois décevantes, car les Allemands occupaient le cratère ainsi créé avant l’arrivée des soldats canadiens ou britanniques.
Le creusement de tunnels était particulièrement dangereux. Le travail souterrain risquait de libérer des gaz toxiques capables de mutiler ou de tuer; il arrivait aussi qu’un soldat creuse dans une galerie ennemie, ce qui donnait lieu à de violentes escarmouches à coups de couteaux et d’instruments pour creuser. Lorsque les sièges mutuels firent place à une guerre plus ouverte en 1918, les spécialistes des tunnels s’employèrent désormais à désamorcer les pièges dans les abris profonds et autres installations souterraines, alors que les Alliés avançaient vers la frontière allemande. Un seul ingénieur militaire canadien reçut la Croix de Victoria; ce fut le capitaine C. N. Mitchell, qui en 1918 retira des explosifs d’un pont sous l’assaut de l’ennemi.
Le génie de campagne
Les équipes de génie les plus polyvalentes travaillaient sur la ligne de front. D’abord organisées en compagnies d’une centaine d’hommes, elles constituèrent en 1918 des bataillons et même des brigades. Quel que fût leur mode d’administration, leurs tâches étaient des plus diverses. Tout juste derrière la ligne de front, ces hommes devaient aussi bien construire et entretenir des routes que procurer de l’eau aux humains et aux animaux; pour accomplir cette dernière tâche, au moins quelques-uns d’entre eux devaient être capables de trouver et de tester le précieux liquide. Par exemple, pour préparer l’attaque de la crête de Vimy, il fallut notamment installer un tuyau de 10 cm sur une distance de 65 km ainsi que cinq stations de pompage pour une capacité d’emmagasinement de 560 000 gallons. Un autre exemple : à la suite de l’avance réussie sur Amiens en août 1918, une des percées les plus importantes sur le front occidental, le Corps expéditionnaire canadien et ses alliés se retrouvèrent au milieu d’une plaine desséchée par le soleil d’été, mais au bout de deux jours seulement l’unité de génie avait trouvé suffisamment d’eau pour étancher la soif des soldats de première ligne.
Dans les premières lignes, les sapeurs – c’est ainsi qu’on les appelait – creusaient des tranchées, ou supervisaient ce travail effectué par l’infanterie, et préparaient les positions défensives avec force barbelés. Parfois, lors d’un raid de tranchée par exemple, ils devaient détruire de tels barbelés à l’aide de longs cylindres remplis d’explosifs appelés « tubes d’ammonal » ou « torpilles Bangalore ». Lorsque la ligne de front avançait, comme en 1918, la construction de ponts devenait une tâche cruciale pour les sapeurs. Pour continuer d’avancer, les troupes avaient besoin de munitions, d’eau, de nourriture et d’autres articles de combat. Or tout cela devait être transporté par des trains ou des véhicules routiers, et il leur fallait des ponts pour traverser les rivières et autres obstacles semblables. De petites structures en liège suffisaient pour faire traverser l’infanterie, mais le matériel lourd nécessitait des matériaux préfabriqués appelés « ponts Inglis ».
Au moment de l’Armistice, les unités de génie (par opposition aux unités de transport ferroviaire et d’exploitation forestière) comptaient 14 285 soldats, qui assumaient presque autant de responsabilités.
Repères bibliographiques
Kerry, A.J. and W.A. McDill. The History of the Corps of Royal Canadian Engineers, Volume I (1749-1939). Ottawa : Military Engineers Association of Canada, 1962.
Chaplin-Thomas, Charmion, Vic Johnson et Bill Rawling, Ubique! : Génie militaire canadien: Un siècle de service, Burnstown, ON, General Store Publishing House, 2003.











