Dans le nord de la Russie avec les troupes du Général Ironside 2
Le film
Année
1919
Durée
10 min
Des troupes britanniques et des soldats d’autres nations au sein de la Force d’intervention dans le Nord de la Russie, à Arkhangelsk et dans les environs, et la vie quotidienne des paysans de la région, entre décembre 1918 et septembre 1919. Une école d’artillerie où des soldats britanniques apprennent à manier la mitrailleuse Vickers. En hiver, des soldats russes blancs se rendent à Arkhangelsk en traversant la Dvina sur la glace. À Mourmansk, un groupe de soldats pose pour la caméra : Britanniques, États-Uniens, Français, Italiens, Serbes et Russes. On voit les principaux entrepôts des Alliés à Bakaritza, port situé sur le fleuve, en face d’Arkhangelsk. Des soldats à l’entraînement utilisent des skis et des raquettes pour patrouiller. À la gare d’Arkhangelsk, un des trains comporte un wagon-cantine de la YMCA. Un train d’approvisionnement entre en gare et les provisions sont transportées par traîneaux vers le front. En route vers le front, on voit le village de Bolchayaozerka. Sur les lignes de front, des soldats britanniques creusent des tranchées et des trous de tirailleurs dans la neige.
Un peu d'histoire
L’entraînement outre-mer du Corps expéditionnaire canadien
Andrew Iarocci
Chercheur, Université Wilfrid Laurier, Waterloo
... le seul but de l’instruction militaire est de préparer nos forces pour la guerre, être victorieux dans la bataille étant l’objectif suprême... La fonction de l’instruction militaire est de développer autant que nous le pouvons les qualités intellectuelles, morales et physiques de chaque individu. C’est aussi d’inculquer, par la théorie et la pratique, la manière la plus avantageuse d’employer les différentes armes en conjonction...1
Comme le montre cet extrait, l’instruction militaire comportait deux aspects fondamentaux : l’instruction du soldat et l’entraînement des formations. Les nouvelles recrues avaient d’abord besoin d’apprendre les compétences de base du soldat : la marche au pas, l’exercice militaire et l’adresse au tir. Une fois ces compétences acquises, le soldat s’instruisait dans son secteur de spécialisation : infanterie, artillerie, génie, transmissions, corps médical ou train des équipages. Le soldat était ensuite intégré à une formation spécialisée et son entraînement se poursuivait de façon régulière dans cette unité. L’objectif final était que chaque composante de l’armée puisse fonctionner en coopération avec les autres, en tant que partie d’un tout. On y arrivait en imposant des exercices aux niveaux du bataillon, de la brigade et de la division.
Le premier contingent de troupes canadiennes pour l’Europe est formé à Valcartier, au Québec, pendant les mois d’août et septembre 1914. Comme on doit se consacrer à de nombreuses tâches administratives, les hommes ne bénéficient que de peu d’entraînement avant que le contingent – qui deviendra bientôt la 1re Division du Canada – ne s’embarque pour l’Angleterre en octobre. À leur arrivée, les troupes sont stationnées à Salisbury Plain, un grand secteur d’entraînement britannique, où elles restent jusqu’en février 1915.
Cet hiver-là est particulièrement pluvieux et, jusqu’à récemment, les historiens s’entendaient pour dire que les hommes reçoivent relativement peu d’entraînement avant le départ de la division pour la France. Toutefois, des découvertes récentes suggèrent que, malgré le mauvais temps et l’existence d’autres distractions, la plupart des éléments de la Division bénéficient d’une instruction productive à Salisbury Plain. L’infanterie apprend à manœuvrer en conjonction avec l’artillerie et les mitrailleuses. D’autres éléments de la Division, tels que les artilleurs, les ingénieurs et les responsables des transmissions, de même que les troupes montées et celles des transports suivent leur propre programme spécialisé. Les ingénieurs, par exemple, apprennent à construire des fortifications de campagne, alors que les brigades d’artilleurs vont à l’école de pièce. Pendant ce temps, les colonnes divisionnaires des transports et des munitions découvrent les complexités relatives au déplacement du ravitaillement dans la zone de combat.
L’entraînement de la 1re Division se poursuit après la traversée de la Manche en février 1915. Dès leur arrivée au front, à proximité de la frontière franco-belge, les soldats canadiens sont jumelés à des troupes britanniques expérimentées qui leur transmettent leur connaissance du terrain. Les documents suggèrent que cette expérience formatrice est extrêmement positive. Comme un soldat l’évoquera par la suite, « rien ne pouvait surpasser la patience » de ses instructeurs britanniques « ou l’attention toute fraternelle qu’ils démontraient envers nous, leurs compagnons d’armes »2. Les Canadiens en apprennent également beaucoup sur le prix à payer pour ce conflit, puisque c’est à ce moment qu’ils subissent leurs premières pertes et peuvent constater les dévastations de la guerre.
Au cours de l’été de 1915, la 2e Division du Canada arrive en Angleterre et commence son entraînement à Shorncliffe Camp. Le terrain découvert est idéal pour les manœuvres des compagnies et des bataillons, et une grande partie de l’entraînement porte sur les défis de la guerre de tranchées. Certains officiers fréquentent des écoles britanniques, pendant que d’autres vont se battre en France aux côtés de la 1re Division pendant de courtes périodes3. Quand le Corps canadien passe à quatre divisions en 1915–1916, on doit trouver en Angleterre d’autres camps d’entraînement pour les nouveaux arrivants. On en installe un premier à Bramshott à la fin de 1915, puis d’autres s’ajoutent en 1916, notamment Crowborough, Hastings, New Shoreham, Seaford et Witley.4
Pendant le conflit, une grande variété d’écoles spécialisées sont mises sur pied en Angleterre comme en France. On y couvre tous les sujets, depuis le maniement de la grenade jusqu’à l’hygiène au champ de bataille. Les programmes d’instruction sont graduellement normalisés, et le service des imprimés et des fournitures des forces britanniques diffuse une vaste sélection de publications sur les sujets les plus divers.
Tout au long de la guerre, les nouvelles technologies déployées sur le champ de bataille sont reflétées dans l’instruction des soldats. Ainsi, quand en avril 1915 l’armée allemande utilise pour la première fois des armes chimiques sur le front occidental, on remet à chaque soldat un masque pour la durée de la guerre, et les exercices d’alerte aux gaz sont définitivement intégrés à l’instruction de base. Plus tard dans la même année, les forces britanniques et celles du Dominion reçoivent des mitrailleuses Lewis de calibre 303. Voilà encore une nouvelle pièce d’équipement dont les soldats doivent apprendre le maniement. Comme pour d’autres aspects de l’instruction militaire, la marche à suivre est subdivisée en une série de tâches simples.
Toutefois, l’entraînement des troupes ne porte pas seulement sur le maniement des armes et la tactique. Le sport et l’activité physique sont aussi importants; il est essentiel de maintenir les soldats dans une condition physique optimale si l’on veut qu’ils tiennent le coup en situation de combat. Comme l’explique le Manual of Physical Training de l’armée britannique :
... le soldat doit être discipliné, il doit marcher au pas, être intelligent, vif, dégourdi et éveillé, capable de surmonter les obstacles au champ de bataille et prêt à endurer toute la tension et les difficultés du service actif...5
On maintient la forme physique des soldats par l’exercice, la gymnastique « suédoise » et la tenue régulière d’événements sportifs. Les joutes et compétitions organisées, en plus de contribuer au bien-être physique, améliorent le moral des troupes et renforcent l’esprit de corps. Pendant les mois d’été, les bataillons, brigades et divisions organisent leurs propres événements sportifs dans la zone arrière. Après la guerre, un vétéran évoquera ainsi une journée sportive de l’été de 1918 :
Qui ne se rappelle pas cette journée sportive de la brigade à Izel-les-Hameaux? Il y avait des épreuves de courses, des sauts et de la course de haies, il y en avait pour tous les goûts, un ring pour la boxe et la lutte, des championnats de base-ball et de football. C’était une journée radieuse... tout le monde y était. C’était la gaieté, les gars des quatre bataillons et ceux de l’armée de l’air venus les rejoindre pour le simple plaisir s’amusaient tous ensemble comme des fous...6
À la fin de l’année 1916, le Corps expéditionnaire canadien est une formation de vétérans, et a subi de lourdes pertes dans une série de batailles difficiles, notamment la deuxième bataille d’Ypres, Festubert, les cratères de Saint-Éloi, Mont Sorrel et la Somme. Ses aptitudes ont été modelées non seulement par la formation de routine, mais aussi par l’expérience pratique et sanglante du combat. Toutefois, le taux élevé des pertes signifie également que le corps doit régulièrement accueillir de nombreuses nouvelles recrues en France et en Belgique. Certains commandants canadiens, insatisfaits du faible niveau de formation que semblent avoir reçu ces renforts, décident d’établir leurs propres écoles de bataillon, de brigade et de division. Ces brefs cours d’appoint assurent que les nouveaux arrivants maîtrisent les habiletés de base du soldat avant d’être envoyés à l’implacable ligne de front.
L’instruction militaire est donc un processus qui se poursuit tout au long de la Grande Guerre, à mesure que les unités canadiennes sont créées, subissent des pertes, sont reformées puis de nouveau envoyées au combat. Dans des circonstances aussi difficiles sur le plan tactique et stratégique que celles de 1914-1918, rien n’aurait pu empêcher d’aussi lourdes pertes, mais un entraînement efficace a permis d’améliorer les chances de succès des soldats au champ de bataille.
Notes
1Training and Manoeuvre Regulations, 1913. London: General Staff, War Office, 1913, p. 10, 11.
2Fonds George Drillie Scott, BAC, FM 30, E 28.
3G.W.L. Nicholson, Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919,> Ottawa, R. Duhamel, Imprimeur de la Reine, 1963, p. 113.
4David W. Love. “A Call to Arms”: The Organization and Administration of Canada’s Military in World War One. Winnipeg: Bunker to Bunker Books, 1999, p. 91.
5Manual of Physical Training, 1908. Rev. ed. London: His Majesty's Stationery Office, 1914, p. 7, 8.
6James H. Pedley. Only This: A War Retrospect, 1917-1918. Ottawa: CEF Books, 1999, p. 175, 176.
La vie dans les tranchées
Tim Cook
Historien, Musée canadien de la guerre
De la Suisse jusqu’à la mer du Nord, sur une longueur de 500 kilomètres, les soldats des deux camps creusèrent dans le sol des fossés de plus en plus complexes, de plus en plus profonds. En 1915, de vastes cités souterraines abritaient les soldats, alors que les armées ennemies s’affrontaient dans le no man’s land, la zone séparant leurs premières lignes respectives. Le long de cette ligne ininterrompue de tranchées, les opérations offensives se transformaient en attaques frontales, auxquelles un tir de concentration dévastateur venait généralement mettre fin.
Le front Ouest, comme on l’appelait, était constitué d’une série de tranchées profondes. Derrière les tranchées bien protégées de la ligne de feu se trouvaient des tranchées d’appui et de réserve reliées par des tranchées de communication perpendiculaires au front. Le long des tranchées de première et de dernière ligne, des abris profonds protégeaient d’à peu près tout, sauf d’un tir d’artillerie direct. Des sapes et des postes d’écoute étaient aussi creusés dans le no man’s land, d’où des soldats pouvaient prévenir d’une attaque ennemie.
En dépit de leur insalubrité, les tranchées de première ligne étaient des zones de sécurité. Elles protégeaient contre le tir d’armes de petit calibre, le shrapnel et les obus explosifs. Chaque jour et chaque nuit, les soldats consolidaient les murs qui s’effritaient, remplissaient les sacs de sable et réparaient les sections endommagées par le feu d’artillerie. La guerre se faisait non seulement avec des mitrailleuses et des fusils, mais avec des pelles.
La vie dans les tranchées était remplie de longues périodes d’ennui parsemées de moments de terreur. Les tâches routinières occupaient la majeure partie du temps. Une demi-heure avant l’aube, les fantassins devaient sortir des abris profonds ou des trous creusés dans les murs des tranchées et se mettre au garde-à-vous. En cas d’alerte, ils attendaient, baïonnette au canon, une attaque éventuelle. Si rien ne se passait – et c’était souvent le cas, car à ces moments-là l’infanterie des deux camps était toujours très bien préparée –, les officiers passaient les hommes en revue. Ils vérifiaient si les fusils étaient rouillés; ils s’assuraient également que les soldats avaient porté des chaussettes sèches afin de prévenir le « pied de tranchées », un type d’engelure résultant d’un long séjour dans le froid et l’humidité et pouvant nécessiter, dans les cas graves, une amputation des orteils ou des pieds. Après l’inspection, les soldats recevaient souvent une petite dose de rhum, qu’ils appréciaient beaucoup et qui les aidait à supporter leurs frustrations quotidiennes.
Le déjeuner, comme la plupart des autres repas, était généralement composé de bœuf en conserve, de confiture et de biscuits. Le régime était monotone, mais les soldats mangeaient à leur faim. Au dîner, pour varier et réconforter un peu, on servait de la soupe ou du ragoût provenant des zones arrière. Les colis expédiés par les familles et remplis de fromage, de pain et de sucreries compensaient pour la fadeur de la nourriture habituelle. Durant la journée, la plupart des soldats n’avaient qu’un but : éviter le sergent qui assignait les corvées de tranchées. Peu y parvenaient, et les soldats passaient une grande partie de leur temps à reconstruire les tranchées ou à monter la garde.
Malgré ces tâches, les soldats avaient beaucoup de temps libre, qu’ils passaient à rêver de leur foyer et des êtres chers qu’ils y avaient laissés; ils s’inquiétaient de leurs enfants qui grandissaient sans père, de leurs parents malades sans personne pour les soigner ou de leur femme qui s’efforçait de nourrir la famille avec le peu d’argent qu’elle avait. Ceux qui savaient lire et écrire pouvaient passer quelques heures à écrire des lettres. Et quand ils recevaient une réponse, ils la lisaient et la relisaient avec grand bonheur. Ces échanges permettaient d’entretenir un lien vivant entre le Canada et les tranchées. Bien que soumis à une double censure – celle des officiers du front et celle des autorités anglaises –, les soldats essayaient néanmoins de communiquer leurs pensées à leurs proches. Les civils ne pouvaient pas tout comprendre et les soldats eux-mêmes avaient du mal à trouver les mots pouvant décrire l’étrange expérience qu’ils vivaient, mais les lettres demeuraient un important moyen d’expression.
Le jeu était une façon de combattre l’ennui, et il se trouvait toujours un filou avec des dés ou des cartes, prêt à plumer ses camarades. Si un soldat n’avait pas d’argent, il avait au moins des cigarettes. Les soldats fumaient tout le temps et les cigarettes, fournies par l’armée, achetées dans les zones arrière ou envoyées par des proches, procuraient une distraction utile. Elles aidaient les soldats à se calmer les nerfs – c’est du moins ce qu’ils disaient – et elles aidaient sans doute aussi à masquer la forte odeur des corps non lavés.
Il n’y avait pas de bains dans les premières lignes et les soldats portaient les mêmes vêtements pendant au moins une semaine. La poussière et la boue faisaient partie de la vie et, l’hiver, elles aidaient à garder les soldats au chaud. L’infestation par des poux était, elle, beaucoup plus éprouvante. Les poux vivaient dans les coutures des vêtements et se nourrissaient de sang humain. Les soldats se grattaient jusqu’au sang pour venir à bout de cet ennemi infernal. Ils apprirent à se débarrasser momentanément de ces parasites en faisant rouler une chandelle sur les coutures de leur chemise. Cela faisait sortir les poux, qu’ils pouvaient alors écraser entre le pouce et l’index. Pendant cette activité, les soldats, assis, bavardaient, se plaignaient et potinaient. Mais les poux revenaient toujours les tourmenter, jour et nuit.
Les rats étaient aussi une plaie constante et comme ils se nourrissaient de cadavres, ils pouvaient devenir aussi gros que des chats. Ils mordaient les soldats et couraient sur leurs visages pendant leur sommeil. Les soldats leur faisaient la chasse avec, généralement, des chiens terriers, mais les rongeurs vivaient tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des tranchées et continuaient de proliférer. On les entendait couiner à travers tout le champ de bataille.
Au milieu de la boue et de la gadoue en hiver, au milieu de la chaleur et des moustiques en été, les soldats ont créé une certaine culture de tranchées. Certains pouvaient sculpter une œuvre d’art à partir de munitions utilisées. D’autres s’essayaient à la poésie. Tous n’étaient aussi doués que les réputés poètes de guerre John McCrae, Wilfrid Owen et Siegfried Sassoon, mais cette poésie des tranchées ou ces vers de mirliton étaient très révélateurs de la vie des soldats au front. Certains bataillons ont publié des journaux de tranchées. Mettant à profit l’expérience de certains de leurs soldats – qui, dans le civil, étaient éditeurs, journalistes ou caricaturistes –, ils ont fabriqué des journaux rudimentaires dans lesquels on retrouvait un humour grinçant ainsi que des commentaires ironiques sur le monde étrange et souterrain des tranchées.
Mais, au moment même où il écrivait une lettre ou contemplait le ciel bleu, un soldat pouvait être tué soudainement par un obus. L’ennemi était toujours là pour tuer ou mutiler. Des tireurs isolés rôdaient furtivement dans le no man’s land, camouflés et prêts à tirer une balle sur toute tête apparaissant ne fut-ce qu’une seconde, au-dessus du parapet de la tranchée. Des gaz toxiques étaient lâchés sous forme de nuages ou lancés au moyen d’obus d’artillerie, et les soldats qui ne pouvaient mettre leur masque à gaz assez rapidement étaient voués à une mort lente pendant laquelle les produits chimiques allaient infecter et ravager leurs poumons.
Des balles de mitrailleuses balayaient les premières lignes jour et nuit. Mais les obus d’artillerie furent les plus dévastateurs durant la guerre, plus de la moitié des pertes humaines leur étant attribuable. Les obus explosifs perçaient des trous profonds dans le sol et détruisaient les tranchées; les soldats qui étaient directement touchés étaient pulvérisés. Tout aussi meurtrier, le tir de shrapnel faisait pleuvoir sur les soldats des centaines de balles métalliques et de projectiles d’acier déchiqueté qui transperçaient la peau et les os. Le port du casque d’acier, à partir du début de 1916, aida à réduire les blessures, mais une unité en service aux premières lignes s’en tirait rarement sans un cortège de blessés. On appelait cela cliniquement du « gaspillage », et des graphiques impersonnels montraient que chaque mois l’infanterie devait s’attendre à perdre 10 pour cent de ses effectifs, même dans des zones tranquilles où aucune opération n’était menée. Pendant que les tireurs isolés et les artilleurs accomplissaient leur sale besogne, les soldats voyaient leurs meilleurs amis mourir ou être blessés à côté d’eux.
Mais les soldats ripostaient en lançant des attaques nocturnes. Portant des vêtements sombres et armés de revolvers, de grenades, de poignards et de massues, de petits groupes d’hommes se faufilaient de l’autre côté de leurs barbelés dans le no man’s land. Ces raids étaient une forme d’agression organisée dont le but consistait à recueillir des renseignements, à tuer l’ennemi et à capturer un prisonnier. Ils avaient généralement pour cibles les sentinelles ennemies, mais parfois de grands groupes de commandos se glissaient dans les tranchées ennemies pour y faire un carnage. Les soldats canadiens acquirent la réputation de commandos féroces, mais ces opérations étaient dangereuses et, dans la confusion d’un combat de nuit, les pertes étaient souvent très lourdes.
Pour soulager les soldats de l’incessante pression qu’ils subissaient, l’affectation aux premières lignes se faisait par rotation. Après une période de service de quatre à six jours, les soldats, sales, couverts de vermine et épuisés, passaient dans les lignes secondaires, puis dans les lignes de réserve. Cette rotation aidait à réduire la tension, mais les soldats savaient qu’ils allaient retourner dans les tranchées, dans ce cycle infernal.
L’endurance était la clé de la survie, et les soldats apprirent à survivre dans des conditions inhumaines. Certains devinrent fatalistes, croyant qu’ils seraient tués « quand leur numéro serait tiré »; d’autres éprouvaient une terreur constante; quelques-uns espéraient subir une blessure – une balle dans la main ou dans la jambe – qui les sortirait de l’horreur et les emmènerait dans un hôpital propre. Des milliers de soldats de l’infanterie ont fait une dépression nerveuse, mais des centaines de milliers d’autres ont appris à supporter la tension inhérente aux tranchées. Et ce sont ces survivants qui, après quatre années de rudes combats, allaient finalement ouvrir une brèche dans le front Ouest et vaincre les forces allemandes.
Repères bibliographiques
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Cook, Tim. "`More a Medicine than a Beverage': 'Demon Rum' and the Canadian Trench Soldier of the First World War." Canadian Military History 9, 1 (Winter 2000) : 6-22.
Fraser, Donald. The Journal of Private Fraser, 1914-1918, Canadian Expeditionary Force. Reginald H. Roy, ed. Nepean, ON: CEF Books, 1998 (1985).
Granatstein, J.L. Hell’s Corner: An Illustrated History of Canada’s Great War, 1914-1918. Toronto: Douglas and McIntyre, 2004.
Litalien, Michel et Stéphane Thibault, Tranchées : le quotidien de la guerre 1914-1918, Outremont, Québec, Athena éditions, 2004.
Morrison, J. Clinton. Hell upon Earth: A Personal Account of Prince Edward Island Soldiers in the Great War, 1914-1918. Summerside, PEI.: J.C. Morrison, 1995.
Morton, Desmond. "A Canadian Soldier in the Great War: The Experience of Frank Maheux." Canadian Military History 1, nos 1 & 2 (1992) : 79-89.
---. When Your Number's Up: The Canadian Soldier in the First World War. Toronto: Random House, 1993.
Morton, Desmond and J.L. Granatstein. Marching to Armageddon: Canadians and the Great War, 1914- 1919. Toronto: Lester & Orpen, Dennys, 1989.
Winter, Denis. Death’s Men: Soldiers of the Great War. Markam, ON: Penguin Books, 1985.
Armes légères utilisées par le Canada durant la Première Guerre mondiale
Phil White
Historien, Musée canadien de la guerre
Bien que le carnage de la Première Guerre mondiale soit sans précédent, les armes légères utilisées dans les combats n’ont rien de vraiment nouveau. Elles doivent leur existence et leur terrible efficacité aux formidables progrès en science et en technologie réalisés dans les dernières décennies du 19e siècle.
Vers 1850, les armureries d’Europe et des États-Unis, qui ont accompli les plus grands progrès en métallurgie et sur le plan de la production en série, sont en mesure de produire des centaines de fusils par jour. Durant la guerre de Sécession américaine (1861-1865), on utilise abondamment les carabines à répétition, qui permettent de tirer plusieurs coups avant de les recharger, de même que les premières mitrailleuses simples à canons multitubes. Dans les années 1870, des engins plus puissants sont mis à la disposition des militaires. En 1884, l’inventeur américain Hiram Maxim construit la première véritable mitrailleuse, capable de tirer 450 coups à la minute. Le canon refroidi à l’eau donne à sa mitrailleuse la possibilité de tirer sans interruption pendant des heures. Au tournant du 20e siècle, la plupart des soldats européens et nord-américains sont armés de carabines puissantes pouvant tirer 15 coups à la minute avec une portée efficace de 800 mètres. Le temps du fusil à un coup, qu’il fallait recharger cinq ou six fois par minute, à découvert, est révolu. Tout est en place pour les massacres à venir.
Deux fusils
Deux inventions de la fin du 19e siècle, la carabine Lee-Enfield et la carabine Ross, premier fusil militaire fabriqué au Canada, sont au premier plan de cette histoire.
Vers la fin des années 1870, l’armée britannique accepte de faire l’essai d’une carabine conçu par un Canadien né en Écosse, James Paris Lee, ce qui donnera lieu à l’adoption de la carabine Lee-Metford, et plus tard de la Lee-Enfield Mark I. Le Canada achètera l’arme et l’utilisera au cours de la guerre d’Afrique du Sud.
Sir Charles Ross conçoit une carabine dotée d’un verrou à mouvement rectiligne et la fait breveter en 1897. Le mécanisme de la culasse, basé sur le Mannlicher autrichien, comporte aussi des particularités inventées par Ross. En théorie, ce type de fusil à verrou est facile à utiliser et se recharge très rapidement. Plus un fusil se recharge rapidement, plus grande est sa puissance de feu. La carabine Ross présente toutefois deux inconvénients : la complexité de son processus de fabrication et la fragilité de son mécanisme de chargement. Ross retravaille la conception de l’arme et la présente d’abord comme le « modèle 1900 », puis, en 1901, avec un mécanisme à verrou amélioré. Les deux modèles sont soumis aux Américains pour qu’ils en fassent l’essai comme fusil militaire éventuel.
Après la guerre d’Afrique du Sud, sir Frederick Borden, ministre de la Milice et de la Défense du Canada, fait pression sans succès pour que la carabine Lee-Enfield soit fabriquée au Canada par une entreprise anglaise. Lorsque les Anglais rejettent la demande de Borden, le gouvernement du Canada se tourne alors vers Ross et sa carabine. Après une séries de modifications à la conception de l’arme, le Canada l’accepte, Ross fait bâtir une fabrique à Québec, non loin de la Citadelle, et la production du fusil peut débuter. En 1904, la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest reçoit 1 000 carabines et le ministère de la Marine et des Pêcheries, 500 autres. Au cours des années subséquentes, l’arme subira de nombreuses modifications destinées à la rendre conforme à diverses exigences, dont le tir à la cible, à Bisley, où le Ross utilisé par l’équipe canadienne excelle. En août 1905, la milice reçoit sa première commande de 1 000 fusils Ross, modèle Mark II. En 1911, le modèle Mark III est approuvé et fabriqué pour la milice.
Entre 1900 et 1912, l’Angleterre fait l’essai de la carabine Ross, mais décide de la rejeter en raison de problèmes de conception, dont la tendance de l’arme à s’enrayer.
L’armée britannique continue d’utiliser la carabine Lee-Enfield et, en 1903, adopte comme fusil militaire le Short Magazine Lee-Enfield (S.M.L.E.). Version plus courte du Lee-Enfield modèle Mark I, le S.M.L.E. a été mis au point grâce à l’expérience acquise durant la guerre d’Afrique du Sud. De conception et de fabrication simples, presque rudimentaires, c’est une arme robuste qui fonctionne dans les pires conditions.
Ross continue de mettre au point et d’affiner la conception de son fusil, ce qui donne lieu à des dizaines de variantes. Entre 1903 et 1915, l’armurerie Ross fabrique 419 130 fusils, dont la plupart iront aux troupes canadiennes et un certain nombre à Terre-Neuve et en Grande-Bretagne.
Le Corps expéditionnaire canadien entre dans la Première Guerre mondiale avec le fusil Ross – modèles Mark II, Mark III et les variantes subséquentes. Ses défauts apparaissent presque aussitôt.
Le 10 mars 1915, la 1re Division canadienne marche au combat à Neuve Chapelle, en France. Les Canadiens sont sérieusement engagés lorsqu’ils découvrent avec horreur que leurs fusils Ross commencent à s’enrayer. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : les munitions fournies aux soldats ne sont pas toutes exactement du même calibre; en outre, la boue et la poussière s’accumulent dans le mécanisme complexe d’éjection de la douille et de chargement du fusil; enfin, la chaleur dégagée par la rapidité du tir provoque la dilatation des petites pièces du mécanisme qui grippe alors tout d’un coup. Un vice de conception fait aussi en sorte que le verrou se ferme mal, si l’arme a été mal assemblée, et certains soldats auraient reçu la culasse en plein visage en tirant du fusil. Bientôt, les soldats canadiens commencent à délaisser leur fusil Ross au profit du fusil anglais S.M.L.E modèle Mark III, lorsqu’ils peuvent en trouver sur le champ de bataille. Le général E.A.H. Alderson, commandant de la 1re Division canadienne, est obligé d’émettre un ordre interdisant formellement aux soldats canadiens d’utiliser des S.M.L.E.
Lorsque les Canadiens combattent à la deuxième bataille d’Ypres, vers la fin d’avril 1915, la carabine Ross fait encore défaut. Inférieurs en nombre par rapport à l’ennemi, et confrontés à la première attaque aux gaz de toute la guerre, les Canadiens constatent que leurs fusils s’enrayent. Selon certains rapports, ils « [s’efforcent] désespérément, au moyen de leur talon ou d’un manche de bêche, de dégager l’écrou de leur fusil Ross qui s’obstine à bloquer sans arrêt dans le tir rapide ». À la fin de la bataille, des centaines de soldats ont abandonné leurs carabines Ross, faisant davantage confiance aux S.M.L.E.
En juin 1915, le feld-maréchal anglais sir John French ordonne que les Canadiens sous son commandement soient désormais armés de fusils courts Lee-Enfield. Cependant, les 2e et 3e divisions canadiennes arrivent bientôt en Europe avec leurs fusils Ross.
En mai 1916, une étude portant sur les problèmes du fusil Ross confirme que l’arme s’enraye et recommande que l’on modifie l’arrêtoir de culasse. Selon des vérifications antérieures, le Ross fonctionne bien avec les munitions canadiennes fabriquées à la cartoucherie Dominion Arsenals de Québec, mais l’approvisionnement en cartouches de ce type est insuffisant. De nouvelles crosses, faites de bouleau encore vert et mal ajustées, causent également des problèmes, car le bois se déforme et exerce une pression sur le cadre métallique. À la suite de l’étude, quelques fusils sont rebâtis avec des canons de 26 pouces (66,04 cm), des crosses retaillées et de plus gros arrêtoirs de culasse. Même si on rapporte que ces armes fonctionnent « à merveille », les soldats ont perdu confiance. À la mi-juillet, le feld-maréchal sir Douglas Haig décide de pourvoir les Canadiens de S.M.L.E. et, à la fin de l’année, le Ross est officiellement retiré de la ligne de front.
Entre temps, sir Charles Ross a commencé à connaître d’autres problèmes. Les ouvriers qualifiés trouvent de meilleurs emplois aux États-Unis, des machines commandées en 1914 n’ont pas encore été livrées et l’approvisionnement en matières premières est de plus en plus difficile à assurer. Ross obtient un contrat de 22 500 $ pour fabriquer un million de fusils pour la Russie, mais il doit le laisser aux Américains, parce qu’il est incapable de respecter les délais. La Russie annule une nouvelle commande lorsque le modèle Mark III est retiré du service au front. Le 28 mars 1917, le gouvernement du Canada exproprie la société Ross Rifle. La première et la seule carabine fabriquée au Canada a échoué en tant qu’arme militaire.
La mitrailleuse
En 1912, l’armée britannique adopte comme mitrailleuse réglementaire la mitrailleuse Vickers modèle Mark I, au canon refroidi à l’eau, d’une conception améliorée par rapport à la Maxim de 1884. Tout comme la Maxim, la Vickers, un peu plus légère, emploie une bande de cartouches et peut tirer 450 coups à la minute. Son canon refroidi à l’eau peut soutenir ce feu pendant de longues périodes de temps, souvent pendant plusieurs heures. De catégorie moyenne, la Vickers Mark I est d’abord utilisée montée sur un affût, en position défensive. Elle peut faire feu directement sur des cibles visibles ou, comme l’artillerie, indirectement, sur des cibles ou des positions à distance ou masquées par des obstacles.
Les mitrailleuses légères apparaissent sur le champ de bataille en 1914, pour répondre à la nécessité de fournir à une infanterie très mobile l’appui de mitrailleuses. La Lewis, première mitrailleuse légère utilisée par les forces britanniques et canadiennes, a été mise en service par l’armée belge en 1913. Elle pèse environ 18 kg et peut être transportée en « montant à l’assaut », comme une carabine, ce qui donne aux troupes offensives une puissance de feu additionnelle.
En raison d’une pénurie de mitrailleuses légères, les Britanniques et les Canadiens adoptent également la mitrailleuse Hotchkiss en 1916. Celle-ci est basée sur une arme française moyenne, le Mitrailleur modèle 1909, que l’on modifie pour en faire une mitrailleuse légère. Plus légère que la Lewis, la Hotchkiss est néanmoins plus compliquée, et c’est principalement la cavalerie qui l’utilise. Après la Première Guerre mondiale, les Hotchkiss demeureront en service pour l’entraînement et la garde territoriale et ne seront déclarées périmées qu’en 1946.
Les décisions concernant le moment du déploiement et la manière de le faire, ou l’avance contre le feu d’armes légères, sont reliées à la notion de « zone battue » ou « zone de mort », qui désigne la zone située entre les lignes de front, et au rapport entre le temps dont on dispose et l’avance; l’idée même qu’une pluie de balles et d’obus d’artillerie s’abat sur une zone donnée rend la tâche de « marcher à l’ennemi » extrêmement difficile, sinon impossible. Cela mène à des défis évidents : traverser la zone plus rapidement (chars de combat) ou par la ruse (attaque surprise, souvent sans bombardement préalable), adopter de meilleures tactiques pour contourner la résistance (unités de choc, attaque interarmes), bombarder plus lourdement pour obliger l’ennemi à baisser la tête, détruire des obstacles et, entre-temps, conduit les troupes sous terre (tranchées) pour échapper au massacre.
Combat au contact
Durant la guerre, la plupart des pertes sont infligées à distance par le feu de l’artillerie ou des armes légères. Cependant, il y a quand même des combats rapprochés et brutaux, faisant souvent partie intégrante d’une opération plus vaste, mais en particulier pendant les raids contre des tranchées.
Tous les fusils sont munis de baïonnettes, sortes de pointes ou de couteaux assez longs qui se fixent au canon du fusil pour former une lance. Au moment de la Première Guerre mondiale, il y a deux siècles que les soldats britanniques et canadiens utilisent des baïonnettes et ils le font très efficacement. La baïonnette a également un impact psychologique énorme. Voir des centaines ou des milliers de soldats ennemis courir vers soi en tirant du fusil, en hurlant et en brandissant de longues lames constitue un spectacle terrifiant et démoralisant. En dépit de cet avantage psychologique, de nombreux officiers jugent la baïonnette complètement inutile, même au 19e siècle. Depuis 1860, la puissance du feu et les accidents du terrain suffisent à garder une cavalerie à distance dans la plupart des batailles, ce qui fait perdre à la baïonnette un de ses véritables avantages : éviter la cavalerie. Lorsqu’on se bat dans l’espace confiné des tranchées, la longueur d’une baïonnette fixée au canon d’un fusil peut présenter un grand désavantage. C’est pourquoi de nombreux soldats s’équipent d’autres armes, réglementaires ou non. Celles-ci sont particulièrement importantes lors des assauts sur les tranchées ennemies.
Habituellement effectués pendant la nuit, les raids sur les tranchées sont extrêmement brutaux et prennent des allures de guerre médiévale. Les soldats utilisent des pistolets, des grenades, des bâtons, des haches, des masses (« étoiles du matin »), des couteaux et même des pelles affûtées. Pour la première fois depuis le 17e siècle, on voit des fantassins qui portent des armures sur le champ de bataille, à titre de mesure défensive.
Pistolets
Officiellement, les pistolets sont fournis exclusivement aux officiers et aux sous-officiers, mais il arrive que des soldats en ramassent ou en obtiennent en échange d’autre chose et les utilisent dans les combats rapprochés.
Au début de la Première Guerre mondiale, Sam Hughes, ministre de la Milice et de la Défense, commande 5 000 pistolets semi-automatiques Colt .45 ACP, modèle 1911 (modèle Government), par l’entremise de l’un de ses « colonels honoraires », ce qui cause un scandale politique de courte durée. Les sous-officiers obtiennent des pistolets et les officiers peuvent acheter les leurs, ou encore choisir un des revolvers Colt plus anciens qu’il reste de la guerre d’Afrique du Sud. Les officiers canadiens membres de la Royal Canadian Horse Artillery, ou d’autres unités affectées à des formations britanniques, reçoivent des revolvers Webley de différentes modèles.
Avec l’expansion rapide du Corps expéditionnaire, les militaires ont besoin d’un plus grand nombre de pistolets au milieu de l’année 1915. Le 21 août, en raison des défauts décelés dans le Colt modèle 1911, le gouvernement achète 1 500 révolvers Smith & Wesson .455 Hand Ejector Second Model; il en commandera ensuite 13 000 entre 1915 et 1917. On estime les revolvers plus fiables dans les conditions difficiles.
Conclusion
Immédiatement après le cessez-le-feu du 11 novembre 1918, beaucoup de projets de mise au point d’armes légères pour la Première Guerre mondiale sont laissés en plan. Des progrès ont été fait dans la conception de mitrailleuses et de mitraillettes plus légères et plus efficaces, mais, avec les niveaux d’endettement très élevés de l’après-guerre, les armes légères sont bien la dernière dépense que la plupart des gouvernements sont prêts à faire.
Le ministère de la Milice et de la Défense doit maintenant disposer des carabines Ross dont personne ne veut plus. Environ 120 000 fusils modèles Mark II et Mark III sont envoyés outre-mer et remis aux Anglais, et 20 000 sont vendus aux États-Unis pour servir à l’entraînement. Parmi les fusils expédiés outre-mer, 9 334 seront plus tard renvoyés au Canada. La Ross a servi tout au long de la guerre et servira jusque pendant la Deuxième Guerre mondiale, comme fusil de tirailleur, étant donné sa conception initiale de carabine de sport et de tir à la cible. De nombreux fusils Ross seront réutilisés au cours de la Deuxième Guerre mondiale pour l’entraînement et la garde territoriale; on les retrouvera plus tard aux mains de militaires de la Chine, du Chili, des États baltiques, de l’Espagne, de la Nouvelle-Zélande, de la Hollande, de l’Inde, de l’Indonésie et de l’Union soviétique.
Le fusil court Lee-Enfield est demeuré en service au cours des premières années de la Deuxième Guerre mondiale et on l’a remplacé en 1942 par le Lee-Enfield no 4. Au 21e siècle, les forces canadiennes utilisent encore le fusil conçu par James Paris Lee, quoique en quantités limitées, pour les Canadian Rangers et les cadets.
La mitrailleuse demeure un élément vital de l’arsenal de toutes les armées. La mitrailleuse Vickers a été utilisée durant la Deuxième Guerre mondiale et la guerre de Corée, et n’a pas été déclarée désuète avant les années 1960. Le fusil Lewis a servi de manière limitée dans l’armée canadienne pendant la Deuxième Guerre mondiale, notamment à Hong Kong.
La baïonnette est encore distribuée et utilisée comme accessoire réglementaire de la plupart des fusils militaires dans le monde.
Les armes légères conçues à la fin du 19e siècle et utilisées durant la Première Guerre mondiale ont très peu évolué au cours de la première moitié du 20e siècle. Même si les tactiques de l’infanterie se sont considérablement transformées et que le nombre des morts et des blessés de la Première Guerre mondiale nous semble incompréhensible aujourd’hui, tuer à vue demeure le rôle fondamental du fantassin.
Repères bibliographiques
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Images
Ressources éducatives
Le fusil Ross et les autres armes
Sir Sam Hughes, futur ministre de la Milice et membre du comité de la milice en 1901, est en faveur du fusil Ross. Les fusils Mark 1 Ross ne sont finalement livrés qu'en 1905, et la Police montée royale du Nord-Ouest en reçoit 1000 unités. Ce modèle souffre cependant de plusieurs défectuosités et il est rappelé par le fabricant en 1906. On apporte des changements au prototype jusqu'en 1910, année où sortent les divers modèles du Mark 2. La Grande-Bretagne presse alors le Canada d'adopter le fusil Lee-Enfield pour ses forces armées, de manière à assurer l'uniformité dans tout l'empire en matière d'armement. Cependant, le gouvernement canadien refuse d'abandonner la production du fusil Ross, ce qui crée des tensions au sujet de la défense de l'empire. Les Forces armées canadiennes prennent livraison des fusils Mark 2 en 1911, et on commence à produire le modèle Mark 3, dont seulement quelques exemplaires sont fabriqués avant 1914. Durant les premières années de la Première Guerre mondiale, le fusil Ross acquiert une mauvaise réputation. La tactique des « charges à partir des tranchées » est la règle pendant ce conflit. On trouve le fusil Ross mal adapté à cette façon de faire à cause de son poids, qui est d'environ 4,5 kg (9 lb 14 oz), et de sa longueur totale, d'environ 1,5 m (60 po) avec la baïonnette au canon. On critique également le fait qu'il se bloque constamment, sans compter les retours de gaz qui se produisent à l'occasion. On finit par corriger la cause du blocage, mais trop tard pour que le fusil demeure en service. À l'été 1916, il est retiré et à la mi-septembre, les troupes canadiennes sont équipées à nouveau, cette fois avec des fusils Lee-Enfield de fabrication britannique. Le gouvernement canadien exproprie la Ross Rifle Co. en mars 1917, après avoir payé à Ross la somme de deux millions de dollars. En tout, quelque 420 000 fusils Ross ont été fabriqués, dont 342 040 ont été achetés par le gouvernement anglais. Durant la Deuxième Guerre mondiale, on distribue des fusils Mark 3 Ross à la Marine royale canadienne, à la Garde territoriale des anciens combattants, aux unités de patrouille côtière, aux dépôts d'entraînement, à la British Home Guard et aux Soviétiques.
Auteur GLENN B. FOULDS
Reproduit de L'Encyclopédie canadienne avec l'autorisation de la Fondation Historica du Canada










