Match de rugby entre des soldats canadiens et une équipe des écoles publiques
Le film
Année
1916
Durée
04 min 15 s
Compagnie de production
Topical Film Company
Un match de rugby au bénéfice des prisonniers de guerre canadiens. Le match se terminera par une victoire de huit à zéro pour les écoles publiques. Cette séquence en plan moyen montre quelques minutes d'un match de rugby (aucun but n'a été compté durant l'enregistrement).
Un peu d'histoire
L’entraînement outre-mer du Corps expéditionnaire canadien
Andrew Iarocci
Chercheur, Université Wilfrid Laurier, Waterloo
... le seul but de l’instruction militaire est de préparer nos forces pour la guerre, être victorieux dans la bataille étant l’objectif suprême... La fonction de l’instruction militaire est de développer autant que nous le pouvons les qualités intellectuelles, morales et physiques de chaque individu. C’est aussi d’inculquer, par la théorie et la pratique, la manière la plus avantageuse d’employer les différentes armes en conjonction...1
Comme le montre cet extrait, l’instruction militaire comportait deux aspects fondamentaux : l’instruction du soldat et l’entraînement des formations. Les nouvelles recrues avaient d’abord besoin d’apprendre les compétences de base du soldat : la marche au pas, l’exercice militaire et l’adresse au tir. Une fois ces compétences acquises, le soldat s’instruisait dans son secteur de spécialisation : infanterie, artillerie, génie, transmissions, corps médical ou train des équipages. Le soldat était ensuite intégré à une formation spécialisée et son entraînement se poursuivait de façon régulière dans cette unité. L’objectif final était que chaque composante de l’armée puisse fonctionner en coopération avec les autres, en tant que partie d’un tout. On y arrivait en imposant des exercices aux niveaux du bataillon, de la brigade et de la division.
Le premier contingent de troupes canadiennes pour l’Europe est formé à Valcartier, au Québec, pendant les mois d’août et septembre 1914. Comme on doit se consacrer à de nombreuses tâches administratives, les hommes ne bénéficient que de peu d’entraînement avant que le contingent – qui deviendra bientôt la 1re Division du Canada – ne s’embarque pour l’Angleterre en octobre. À leur arrivée, les troupes sont stationnées à Salisbury Plain, un grand secteur d’entraînement britannique, où elles restent jusqu’en février 1915.
Cet hiver-là est particulièrement pluvieux et, jusqu’à récemment, les historiens s’entendaient pour dire que les hommes reçoivent relativement peu d’entraînement avant le départ de la division pour la France. Toutefois, des découvertes récentes suggèrent que, malgré le mauvais temps et l’existence d’autres distractions, la plupart des éléments de la Division bénéficient d’une instruction productive à Salisbury Plain. L’infanterie apprend à manœuvrer en conjonction avec l’artillerie et les mitrailleuses. D’autres éléments de la Division, tels que les artilleurs, les ingénieurs et les responsables des transmissions, de même que les troupes montées et celles des transports suivent leur propre programme spécialisé. Les ingénieurs, par exemple, apprennent à construire des fortifications de campagne, alors que les brigades d’artilleurs vont à l’école de pièce. Pendant ce temps, les colonnes divisionnaires des transports et des munitions découvrent les complexités relatives au déplacement du ravitaillement dans la zone de combat.
L’entraînement de la 1re Division se poursuit après la traversée de la Manche en février 1915. Dès leur arrivée au front, à proximité de la frontière franco-belge, les soldats canadiens sont jumelés à des troupes britanniques expérimentées qui leur transmettent leur connaissance du terrain. Les documents suggèrent que cette expérience formatrice est extrêmement positive. Comme un soldat l’évoquera par la suite, « rien ne pouvait surpasser la patience » de ses instructeurs britanniques « ou l’attention toute fraternelle qu’ils démontraient envers nous, leurs compagnons d’armes »2. Les Canadiens en apprennent également beaucoup sur le prix à payer pour ce conflit, puisque c’est à ce moment qu’ils subissent leurs premières pertes et peuvent constater les dévastations de la guerre.
Au cours de l’été de 1915, la 2e Division du Canada arrive en Angleterre et commence son entraînement à Shorncliffe Camp. Le terrain découvert est idéal pour les manœuvres des compagnies et des bataillons, et une grande partie de l’entraînement porte sur les défis de la guerre de tranchées. Certains officiers fréquentent des écoles britanniques, pendant que d’autres vont se battre en France aux côtés de la 1re Division pendant de courtes périodes3. Quand le Corps canadien passe à quatre divisions en 1915–1916, on doit trouver en Angleterre d’autres camps d’entraînement pour les nouveaux arrivants. On en installe un premier à Bramshott à la fin de 1915, puis d’autres s’ajoutent en 1916, notamment Crowborough, Hastings, New Shoreham, Seaford et Witley.4
Pendant le conflit, une grande variété d’écoles spécialisées sont mises sur pied en Angleterre comme en France. On y couvre tous les sujets, depuis le maniement de la grenade jusqu’à l’hygiène au champ de bataille. Les programmes d’instruction sont graduellement normalisés, et le service des imprimés et des fournitures des forces britanniques diffuse une vaste sélection de publications sur les sujets les plus divers.
Tout au long de la guerre, les nouvelles technologies déployées sur le champ de bataille sont reflétées dans l’instruction des soldats. Ainsi, quand en avril 1915 l’armée allemande utilise pour la première fois des armes chimiques sur le front occidental, on remet à chaque soldat un masque pour la durée de la guerre, et les exercices d’alerte aux gaz sont définitivement intégrés à l’instruction de base. Plus tard dans la même année, les forces britanniques et celles du Dominion reçoivent des mitrailleuses Lewis de calibre 303. Voilà encore une nouvelle pièce d’équipement dont les soldats doivent apprendre le maniement. Comme pour d’autres aspects de l’instruction militaire, la marche à suivre est subdivisée en une série de tâches simples.
Toutefois, l’entraînement des troupes ne porte pas seulement sur le maniement des armes et la tactique. Le sport et l’activité physique sont aussi importants; il est essentiel de maintenir les soldats dans une condition physique optimale si l’on veut qu’ils tiennent le coup en situation de combat. Comme l’explique le Manual of Physical Training de l’armée britannique :
... le soldat doit être discipliné, il doit marcher au pas, être intelligent, vif, dégourdi et éveillé, capable de surmonter les obstacles au champ de bataille et prêt à endurer toute la tension et les difficultés du service actif...5
On maintient la forme physique des soldats par l’exercice, la gymnastique « suédoise » et la tenue régulière d’événements sportifs. Les joutes et compétitions organisées, en plus de contribuer au bien-être physique, améliorent le moral des troupes et renforcent l’esprit de corps. Pendant les mois d’été, les bataillons, brigades et divisions organisent leurs propres événements sportifs dans la zone arrière. Après la guerre, un vétéran évoquera ainsi une journée sportive de l’été de 1918 :
Qui ne se rappelle pas cette journée sportive de la brigade à Izel-les-Hameaux? Il y avait des épreuves de courses, des sauts et de la course de haies, il y en avait pour tous les goûts, un ring pour la boxe et la lutte, des championnats de base-ball et de football. C’était une journée radieuse... tout le monde y était. C’était la gaieté, les gars des quatre bataillons et ceux de l’armée de l’air venus les rejoindre pour le simple plaisir s’amusaient tous ensemble comme des fous...6
À la fin de l’année 1916, le Corps expéditionnaire canadien est une formation de vétérans, et a subi de lourdes pertes dans une série de batailles difficiles, notamment la deuxième bataille d’Ypres, Festubert, les cratères de Saint-Éloi, Mont Sorrel et la Somme. Ses aptitudes ont été modelées non seulement par la formation de routine, mais aussi par l’expérience pratique et sanglante du combat. Toutefois, le taux élevé des pertes signifie également que le corps doit régulièrement accueillir de nombreuses nouvelles recrues en France et en Belgique. Certains commandants canadiens, insatisfaits du faible niveau de formation que semblent avoir reçu ces renforts, décident d’établir leurs propres écoles de bataillon, de brigade et de division. Ces brefs cours d’appoint assurent que les nouveaux arrivants maîtrisent les habiletés de base du soldat avant d’être envoyés à l’implacable ligne de front.
L’instruction militaire est donc un processus qui se poursuit tout au long de la Grande Guerre, à mesure que les unités canadiennes sont créées, subissent des pertes, sont reformées puis de nouveau envoyées au combat. Dans des circonstances aussi difficiles sur le plan tactique et stratégique que celles de 1914-1918, rien n’aurait pu empêcher d’aussi lourdes pertes, mais un entraînement efficace a permis d’améliorer les chances de succès des soldats au champ de bataille.
Notes
1Training and Manoeuvre Regulations, 1913. London: General Staff, War Office, 1913, p. 10, 11.
2Fonds George Drillie Scott, BAC, FM 30, E 28.
3G.W.L. Nicholson, Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1919,> Ottawa, R. Duhamel, Imprimeur de la Reine, 1963, p. 113.
4David W. Love. “A Call to Arms”: The Organization and Administration of Canada’s Military in World War One. Winnipeg: Bunker to Bunker Books, 1999, p. 91.
5Manual of Physical Training, 1908. Rev. ed. London: His Majesty's Stationery Office, 1914, p. 7, 8.
6James H. Pedley. Only This: A War Retrospect, 1917-1918. Ottawa: CEF Books, 1999, p. 175, 176.










![Une vue aérienne des compétitions sportives tenues en France, [ca. 1918]](/cefhistoire/docs/docs/coll/DOC_591736.jpg)