Sir Robert Borden en compagnie des troupes canadiennes 4
Le film
Année
1918
Durée
05 min 01 s
Compagnie de production
Topical Film Company
Cérémonie commémorative, à Londres, pour les soldats d'origine écossaise des troupes des dominions. Sir Robert Borden est l'invité d'honneur de cette cérémonie, qui se déroule à l'église St. Columba. Diverses troupes des dominions entrent dans l'église, dont un bataillon canadien de soldats portant le kilt et des blessés néo-zélandais en tenue d'hôpital. Borden arrive dans son landeau. On ne voit jamais nettement l'église.
La seconde partie présente un enterrement à proximité d'un hôpital canadien en France, après un raid aérien allemand, en mai 1918. Des soldats canadiens se fraient un chemin dans les décombres de l'hôpital. Les cercueils sont amenés dehors pour l'enterrement. La légende signale la grande croix rouge tracée au sol sur les cailloux, à côté de l'hôpital. Les cercueils sont recouverts du drapeau britannique. Un aumônier militaire en vêtements sacerdotaux prend la parole, puis les clairons jouent la dernière sonnerie.
Un peu d'histoire
La Grande Guerre a-t-elle été la guerre d’indépendance du Canada?
Professeur d'histoire à l'Université McGill
Pendant 52 mois, la Grande Guerre, celle de 1914-1918, a causé la mort de plus de 20 millions de personnes, démoli 5 des 6 empires d’Europe et engendré assez de soif de vengeance pour provoquer, vingt ans plus tard à peine, une autre guerre mondiale qui tuera trois fois plus de monde. Soutenir que ce terrible événement a aussi déterminé l’avenir du Canada peut sembler aussi léger qu’impertinent.
Pourtant, la Grande Guerre aura convaincu la plupart des Canadiens d’affirmer leur propre autonomie. En 1914, il est facile d’ignorer le nationalisme pancanadien d’Henri Bourassa ou de John Skirving Ewart. Le premier ministre du Canada, sir Robert Borden, se considère comme le chef d’une fédération impériale britannique qui ceinture le monde et que contrôlent les sujets blancs de Sa Majesté. La guerre, en 1914, constitue un magnifique prétexte pour montrer que la loyauté du Canada ne connaît aucune limite.
En trois ans, un million de Canadiens se portent volontaires pour la guerre, soit au moins un homme en âge de porter les armes sur deux. Quand la guerre prendra fin, en 1919, le Canada sera déchiré et se sera ruiné pour soutenir son effort de guerre; 60 000 de ses hommes seront morts et des milliers d’autres souffriront pour le reste de leurs jours des mutilations physiques ou psychologiques de cette guerre. Au sein d’un Cabinet impérial de guerre, le premier ministre du Canada aura contribué à décider de la stratégie impériale, dont fait partie une invasion de la Russie révolutionnaire pour rétablir l’autorité tsariste et restaurer l’alliance de 1914.
Rétrospectivement, et même à l’époque, d’autres décisions ont beaucoup plus d’importance. À Versailles, en juin 1919, le Canada signe l’infortuné traité de paix en son nom propre, en retrait, il est vrai, de celui du Royaume-Uni, comme c’est le cas des autres dominions. En septembre 1916, le Canada affirme sa propre autorité sur ses soldats outre-mer et crée un nouveau ministère des Forces militaires d’outre-mer pour exercer ce pouvoir. La réforme est nécessaire pour réparer le dégât que les Canadiens ont eux-mêmes contribué à créer en confiant leur effort de guerre à un sir Sam Hughes à moitié fou, mais cette décision permet également d’asseoir la souveraineté extra-territoriale du Canada longtemps, avant le Statut de Westminster de 1931.
En 1918, sir Arthur Currie, premier Canadien de naissance à la tête du Corps canadien en France, insiste pour que ses quatre divisions demeurent ensemble et il manifeste ainsi plus d’autorité qu’aucun commandant britannique n’oserait en affirmer. « …nous devons les traiter ainsi qu’ils l’entendent, confesse le comte de Derby au réticent maréchal Haig, et non comme nous le souhaiterions».1 Un mois plus tôt, à son arrivée à Londres, Borden a martelé le même message, furieux devant le gaspillage inutile de 13 000 soldats canadiens lors de l’offensive sans espoir de Passchendaele. Après avoir entendu le premier ministre canadien, son homologue britannique, David Lloyd George, convoque ses généraux et les oblige à écouter : « Laissons le passé enterrer ses morts , tonne Borden, habituellement réservé, mais pour l’amour de Dieu, venons-en à l’essentiel. Si Passchendaele se répète, prévient-il, pas un seul Canadien ne s’embarquera pour l’Europe ».2
En 1914, ce genre de question ou de réserve n’ont pas encore été exprimées. Le colonel Sam Hughes s’est débarrassé des plans de mobilisation officiels et a ordonné aux colonels de milice d’emmener leurs hommes à Valcartier, une plaine sablonneuse à l’extérieur de Québec. En un mois, 33 000 volontaires couvrent la plaine de leurs tentes. En septembre, en vertu d’une loi britannique, l’Army Act , ils sont officiellement reconnus comme des « impériaux », c’est-à-dire des soldats recrutés dans une colonie britannique et soumis à la loi militaire de la Grande-Bretagne. Comment pourraient-ils autrement servir outre-mer? La majorité d’entre eux, soit 70 %, sont britanniques de naissance.
En avril 1915, les Canadiens inexpérimentés subissent leur première épreuve dans des tranchées mal construites devant la ville belge d’Ypres. C’est le désastre. En quelques jours, les Canadiens perdent plus de la moitié de leurs combattants, morts, blessés ou prisonniers, et retraitent dans leurs tranchées de réserve, laissant derrière eux leurs fusils inutiles de fabrication canadienne. Un brigadier demeure terré dans son abri, en compagnie du fils de Sam Hughes. Un autre s’égare au retour, cherchant de l’aide. Un colonel canadien se retrouve à Boulogne, complètement ivre, alors que ses hommes, faits prisonniers, sont en route vers les mines de sel allemandes.
Peut-on parler d’humiliation nationale? Non. Les Allemands ont triché en utilisant des gaz toxiques. Les données officielles ne signalent que trois Canadiens morts à cause des gaz, mais ce n’est là qu’un détail. Le camarade canadien de Hughes, Max Aitken, propriétaire du Daily Express de Londres, s’est rendu en France à titre de « témoin oculaire canadien ». En guise de remerciements, il publie un opuscule, Canada in Flanders, qui donne un portrait vivace, quoique fictif, des Canadiens, les dépeignant comme des fermiers, des cow-boys et des pionniers mal dégrossis, mais bon tireurs et capables de surmonter les pires obstacles. Conscient de la sensibilité canadienne, le commandant anglais, sir John French, déclare avec sagesse que les Canadiens « ont sauvé la situation ». Saint-Julien, Kitchener’s Wood, la crête de Gravenstafel et Ypres entrent dans le vocabulaire des Canadiens restés au pays comme autant de triomphes du courage et du sacrifice d’une nouvelle nation, tout comme Paardeberg, dans la guerre des Boers, est devenue une victoire canadienne. Le Canada est peut-être britannique, mais les soldats canadiens sont devenus l’équipe à acclamer.
Dans quelle mesure cette équipe est-elle canadienne? Jusqu’en juin 1917, des généraux anglais commandent la division canadienne, de même que le Corps canadien, en 1915 et 1916, lorsqu’il s’agrandit pour comprendre quatre divisions. Comme le rappelle l’historien W. B. Kerr, l’accent britannique des « vieux originaux » domine les rangs des sous-officiers jusque tard en 1917. Des officiers d’état-major britanniques triés sur le volet s’efforcent d’empêcher leurs généraux canadiens inexpérimentés de se rendre ridicules. Le lieutenant général sir Julian Byng – « Bungo » pour ses copains anglais – réorganise le Corps canadien et transforme sa tactique au lendemain des désastreuses offensives de la Somme.Dans quelle mesure cette équipe est-elle canadienne? Jusqu’en juin 1917, des généraux anglais commandent la division canadienne, de même que le Corps canadien, en 1915 et 1916, lorsqu’il s’agrandit pour comprendre quatre divisions. Comme le rappelle l’historien W. B. Kerr, l’accent britannique des « vieux originaux » domine les rangs des sous-officiers jusque tard en 1917. Des officiers d’état-major britanniques triés sur le volet s’efforcent d’empêcher leurs généraux canadiens inexpérimentés de se rendre ridicules. Le lieutenant général sir Julian Byng – « Bungo » pour ses copains anglais – réorganise le Corps canadien et transforme sa tactique au lendemain des désastreuses offensives de la Somme.3 Enfin, après que des journées entières de bombardements ont pulvérisé l’artillerie allemande et rendu fous les défenseurs, les quatre divisions canadiennes sortent des tranchées et des tunnels, le jour de Pâques 1917, et s’avancent sous des rafales de neige pour capturer la crête de Vimy. Au prix de 10 000 morts et blessés, ce qui semble presque supportable en 1917, les Canadiens fournissent aux Alliés leur première victoire sans équivoque sur le front de l’Ouest. 3 Enfin, après que des journées entières de bombardements ont pulvérisé l’artillerie allemande et rendu fous les défenseurs, les quatre divisions canadiennes sortent des tranchées et des tunnels, le jour de Pâques 1917, et s’avancent sous des rafales de neige pour capturer la crête de Vimy. Au prix de 10 000 morts et blessés, ce qui semble presque supportable en 1917, les Canadiens fournissent aux Alliés leur première victoire sans équivoque sur le front de l’Ouest.
Les nations se construisent en faisant de grandes choses ensemble, affirme l’historien français Ernest Renan. La prise de la crête de Vimy est une grande chose que 100 000 Canadiens ont faite ensemble. Le 22e bataillon canadien-français du colonel Thomas Tremblay y est présent avec 47 autres. Évidemment, les « vendus » n’incluent pas dans leurs rangs les Canadiens français qui lisent Le Devoir, ni ceux qui acclament Henri Bourassa et dénoncent la guerre.4 Ils n’incluent pas non plus les « alliés ennemis » que le Canada emprisonne par milliers, ni les nombreux Canadiens d’origine allemande, citoyens de Berlin (Ontario), obligés de remplacer le nom de leur ville par celui de Kitchener, en l’honneur du secrétaire à la guerre de la Grande-Bretagne.5
En réponse aux nouvelles de Vimy, sir Robert Borden reconnaît que les pertes devront être comblées. Toutefois, comme les volontaires ont cessé de se présenter, il n’est plus possible de respecter le serment selon lequel seuls ceux qui le voudront combattront dans cette guerre. Un système de conscription complexe, presque irréalisable, prend le relais. Si le Canada est un pays avec deux nations, l’une retirera lentement un sentiment de triomphe de l’expérience de Vimy; l’autre n’y verra que promesses brisées, trahison et défaite.
Même la victoire de Vimy ne parvient pas à convaincre les Canadiens de se voir comme une seule nation. Leur premier ministre, un politicien fade, ayant peu d’empathie pour le Canada français ou pour l’Ouest, n’y parvient pas davantage. Sir Robert Borden est un homme extrêmement consciencieux, profondément ému par les souffrances dont il est témoin lorsqu’il consacre chacun de ses moments libres outre-mer à visiter des hôpitaux militaires. Ses convictions impériales se fissurent devant le défaitisme indolent qu’il rencontre à Whitehall en 1915, lorsqu’il découvre que la plupart des ministres britanniques sont absents, puisque c’est la saison de la chasse au faisan. Le seul des ministres qu’il s’est préparé à mépriser pour ses positions pacifistes et radicales, David Lloyd George, est totalement absorbé par ses fonctions de ministre des Munitions. Lorsque Lloyd George devient premier ministre, après un coup monté en partie par Max Aitken, il convoque les premiers ministres des dominions à Londres. « Nous avons besoin de leurs hommes, explique-t-il, nous devons les consulter ».
Cet hiver-là, Borden apprend certains faits de la dure réalité. Les Américains sont entrés en guerre, mais ils n’ont pas encore créé d’armée. La Russie s’effondre, et peut-être aussi la France, avec son armée divisée par les mutineries. En mer, les U-Boote ont presque acculé la Grande-Bretagne à la famine. Le Canada est-il en mesure de réduire son Corps expéditionnaire? Borden ne peut donner qu’une seule réponse, même s’il est incapable de partager ses sombres réflexions.
La crise de la conscription se termine par la victoire des unionistes de Borden, en décembre 1917. La Confédération est davantage un partenariat qu’une démocratie; aucun partenariat ne survit longtemps si le partenaire le plus gros contraint le plus petit. Cette leçon, un personnage politique mineur du nom de William Lyon Mackenzie King l’assimilera en 1917. Défait en 1911 en tant que ministre de Laurier et député, King brûle de reprendre sa carrière. Après avoir entretenu la circonscription rebelle de son grand-père, North York, King se porte même volontaire pour se présenter avec les Unionistes de Borden, en 1917. Ce dernier le rejette. King se présente alors à titre de libéral « anti-conscriptionniste » avec Laurier, et est battu à plate couture. En 1919, après la mort de Laurier et lorsque les libéraux auront besoin d’un nouveau chef, le témoignage de lady Laurier à l’égard de la loyauté de King fera changer la convention libérale de cap et lancera la carrière la plus réussie en politique canadienne.
Peut-être que la Grande Guerre a guéri sir Robert Borden de son rêve d’une fédération impériale. Qui peut dire ce que qu’elle a fait à son parti? Devenu chef libéral, William Lyon Mackenzie King n’a pas besoin d’une autre démonstration. Comme le quotidien montréalais La Presse l’a un jour expliqué à ses lecteurs, les Canadiens français n’ont qu’une seule loyauté, le Canada. Les Canadiens anglais semblent avoir besoin de deux loyautés. Comme le découvrira Charles Stacey, Mackenzie King est secrètement anglophile, et bien plus qu’il ne pourra jamais l’admettre, mais ses émotions demeurent secrètes. Jamais plus, si King peut l’éviter, le Canada ne sera entraîné dans une guerre européenne, pour ensuite être déchiré par sa propre population divisée. Sous Borden, le Canada a évolué de la colonie qu’il était vers un tout britannique, jeune mais souverain. La Grande Guerre a donné à King et aux libéraux assez d’arguments et d’appuis pour mener le Canada jusqu’à une indépendance totale et indiscutable. Les vieilles loyautés se révéleront trop fortes pour garder le Canada hors de la guerre en 1939, mais, comme King l’a promis, « le Parlement décidera ». Jusqu’à l’été triomphant d’Adolf Hitler, en 1940, le Canada en fait le moins possible. Comme Mackenzie King le rappelle à une délégation britannique venue négocier le Air Training Plan et outrée par ses paroles : « ce n’est pas notre guerre ».6
Notes
1Derby à Haig, 2 novembre 1917, dans Robert Blake, dir., The Private Papers of Sir Douglas Haig, Londres, 1952, p. 266. Voir Borden Papers, sir Edward Kemp à Borden, 24 février 1918; Preston, Canada and "Imperial Defense", p. 487-489.
2Cité dans Brown, Borden, vol. II, p. 137-138; Stacey, Age of Conflict, vol. I, p. 219-221.
3Sur Byng, voir Jeffrey Williams, Byng of Vimy: General and Governor-General, Londres, 1983, p. 127-129 and passim. Sur les changements de tactique, voir William Rawling. Sur les tactiques, voir D. Morton, When Your Number’s Up; W. Rawling, Surviving Trench Warfare: Technology and the Canadian Corps, Toronto, University of Toronto Press, 1992. Sur les raids sur les tranchées, voir Dennis Winter, Death's Men: Soldiers of the Great War, Londres, 1979, p. 92; John Ellis, Eye-Deep in Hell: The Western Front, 1914-1918, Londres, 1976, p. 76; Maurice Pope, Soldiers and Politicians, Toronto, 1964, p. 34.
4Sur le Canada français et la guerre, voir Elizabeth Armstrong, The Crisis of Quebec, 1914-1918, [New York, 1967] Toronto, 1974; Réal Bélanger, « Albert Sévigny et la participation des Canadiens français à la Grande Guerre (1919 1918) », dans W. A. B. Douglas et Desmond Morton, Canada as a Military Power, Ottawa, 1982; Jean-Pierre Gagnon, Le 22e bataillon (canadien-français), 1914-1919, Une étude socio-militaire, Québec, 1986; Desmond Morton, « French Canada and War: The Military Background to the Conscription Crisis of 1917 », dans J.L. Granatstein et R. D. Cuff, War and Society in North America, Toronto, 1971; Mason Wade, The French Canadians, 1760-1960, Toronto, 1968, vol. II, p. xxx.
5 Sur l’internement, voir Desmond Morton, « Sir William Otter and Internment Operations during the First World War », Canadian Historical Review, LV, 1, 1974; David Smith, « Emergency Government in Canada », ibid., L, 4, 1969; Lubomyr Luciuk, A time for Atonement, Ottawa, 1988; Wilson, Ontario and the Great War, p. xxx.
6Voir Pickersgill, J. W., The Mackenzie King Record, vol. I 1939-1944, Toronto, University of Toronto Press, 1960, p. 43-44.
La médecine de guerre
Bill Rawling
Historien, Ministère de la défense nationale
Triage
Sur le champ de bataille proprement dit, des brancardiers, choisis au sein de l’infanterie ou détachés d’une unité d’ambulance de campagne, détermine dans chaque cas si le soldat a besoin de soins, s’il faut l’évacuer immédiatement ou s’il faut combiner les deux approches. Le même processus se déroule au poste de secours réglementaire, qui fait partie d’un bataillon d’infanterie situé sur le front, au poste de secours avancé (section de l’ambulance de campagne), au poste de secours principal (autre section de l’ambulance de campagne), au poste d’évacuation sanitaire et aux hôpitaux de tout genre, à proximité du front ou très loin à l’arrière, en Angleterre ou même au Canada.
La nécessité du triage ne se limite pas aux moments où le Corps canadien est au combat, loin de là, car depuis des temps immémoriaux la maladie cause plus de décès que les affrontements. Même après des découvertes comme la vaccination, au 18e siècle, et les recherches sur les microbes, au 19e, les malades sont encore nombreux parmi les soldats canadiens, car de nombreuses infections, même si elles ne tuent pas leurs victimes (pas en grand nombre, du moins), obligent des dizaines de milliers d’hommes à se faire soigner. Parmi ces infections, il y a la grippe, qui fait 65 000 malades en 1918-1919, la gonorrhée, dont 45 000 militaires sont infectés au cours de la guerre, l’amygdalite et les maux de gorge, dont 20 000 sont affectés, la syphilis, dont souffrent 18 000 soldats, la fièvre des tranchées (causée par une bactérie transmise par les puces), qui fait à peu près le même nombre de victimes (mais aucun décès connu), les myalgies (douleurs musculaires), dont souffrent 15 000 hommes, et les maladies intestinales qui en affectent à peu près autant.
Le Corps expéditionnaire canadien, toutefois, est épargné par les types de maladies épidémiques qui ont causé de sérieux ravages durant la guerre de Crimée, la guerre hispano-américaine et la guerrre d’Afrique du Sud.
La grippe
Vers la fin du conflit, toutefois, le Service de santé se retrouvera au milieu de l’une des grandes pandémies de l’histoire de l’humanité – le fléau de la grippe espagnole de 1918-1919. Faisant des millions de victimes, cette pandémie se compare avec la peste de l’époque de Justinien, au 6e siècle, ou la peste noire du 14e siècle. Mais bien que le nombre de Canadiens qui succombent à cette maladie, soit de 30 à 50 000 personnes, la très grande majorité d’entre elles se trouvent au pays et ne sont pas membre du Corps expéditionnaire. Selon l’histoire officielle, 3 825 des hommes et femmes qui sont allés outre-mer sont morts de maladie, dont 776 de la grippe.
Le Corps canadien a encore un problèmes sur les bras : les postes et les camps de repos débordent de malades à l’été 1918, et « il s’agit d’un mal étrange, car tout en présentant les symptômes de la grippe, il poursuit son cours pendant sept ou huit jours. Il se répand rapidement et nécessite l’adoption de mesures préventives rigoureuses et de grande envergure afin de prévenir sa propagation. Tous les lieux publics, tels que les lieux de divertissement des unités, les séances cinématographiques du YMCA, les estaminets, etc., demeurent fermés pendant un certain temps. Dans les estaminets, on a le droit de servir des boissons à l’extérieur des bâtiments. »1
Soigner les blessures
La maladie s’ajoute donc aux défis médicaux posés par les armes de guerre – et par la terre même pour laquelle on se bat. La guerre sur le front occidental se déroule, dans une large mesure, sur des terres agricoles abondamment fertilisées depuis des décennies, ou même des siècles, au moyen de fumier et des bactéries qui l’accompagnent. Le résultat, selon l’historien médical officiel de ce conflit, pour le Canada, c’est que presque toutes les blessures s’infectent. Les sulfamides ne seront pas disponibles avant les années 1930, et il faudra attendre une autre guerre mondiale avant que les antibiotiques soient en usage. L’infection des blessures présente donc un sérieux défi et on ne sait le relever que de deux manières : en irriguant les blessures avec les produits chimiques disponibles et en prescrivant une convalescence qui pourra s’étirer pendant des mois.
Le deuxième défi relié aux blessures reçues sur le champ de bataille est le choc dû à la perte de sang, qui peut être fatal. La solution, tentée pour la première fois en 1916, est fort simple : il s’agit de remplacer le sang du patient par du sang puisé chez un donneur. Des agents de conservation chimiques et la réfrigération permettent l’entreposage de ce liquide vital pendant une certaine période de temps, et il sera transfusé avant la fin de 1917. Un des médecins qui a appliqué cette technique, Norman Guiou, s’est souvenu comment, en avril 1918,
Nous avons eu la possibilité, pour la première fois, de faire plusieurs transfusions. Le poste de secours était installé dans une baraque à toiture cintrée, les civières étaient posées sur des tréteaux. Il y avait un grand nombre de blessés graves… Un garçon a été amené sur une civière trempée de sang, avec un humérus éclaté – le haut de son bras était copieusement enveloppé de pansements imbibés de sang. Son pouls était faible et rapide. Il était pâle, « les yeux fixes », agitait l’étiquette identifiant sa blessure et l’arracha… Pendant que l’aumônier lui parlait, nous avons pris chez un donneur environ 750 cc de sang. S’il existe une procédure impressionnante en médecine, c’est bien la transfusion de sang. La couleur revint aux joues de ce garçon. Il s’est appuyé sur son coude sain, but du thé et mangea quelques biscuits fins du YMCA, puis on l’achemina vers le poste d’évacuation sanitaire. »2
Les blesures psychologiques
Un dernier défi mérite d’être signalé ici : les blessurges psychologiques. Selon l’historien de la médecine Tom Brown, ces problèmes de santé constitue, à l’époque, «le centre névralgique de la médecine militaire ». Les symptômes varient, mais peuvent comprendre des pleurs incontrôlables, des tremblements, de la paralysie, de la surdité, et d’autres manifestations sans causes physiques connues. Au début, on appelle cela le traumatisme dû au bombardement, car on croit alors que ce traumatisme résulte de l’onde de choc de l’explosion d’une bombe qui aurait endommagé le cerveau. Mais, à mi-chemin entre le début et la fin de la guerre, on considère cette affection comme de nature purement psychologique. On diagnostique chez le patient un problème d’hystérie ou de neurasthénie et on lui prescrit un traitement choc ou une thérapie par la parole, ou simplement de rester dans un hôpital à l’écart des bruits d’artillerie. La plupart des soldats canadiens qui souffrent de ces blessures sont envoyés à l’hôpital militaire fixe canadien no 3 en France, qui se spécialise dans ce genre de soins.
En somme, les hôpitaux peuvent servir d’exemples pour montrer précisément à quel point le traitement des soldats malades et blessés est devenu complexe avec la Première Guerre mondiale : il existe des établissements se spécialisant dans les problèmes d’yeux et d’oreilles, le rhumatisme, les blessures psychologiques, la tuberculose, l’orthopédie et les maladies vénériennes, sans compter les hôpitaux généraux, les hôpitaux militaires fixes et les établissements pour convalescents. Il convient de noter à quel point, dans une guerre industrialisée, ces établissements peuvent devenir des cibles de guerre. De nombreuses infirmières et de nombreux patients sont en effet tués au cours du bombardement d’un hôpital en 1918. Il font partie des 504 praticiens qui ont laissé leur vie sur le champ de bataille en travaillant auprès d’unités canadiennes; 127 autres ont succombé à la maladie.
Notes
1Library and Archives Canada, RG 9, III, v.4715, 107-20, Passchendaele to Gouy-en-Artois, June 1918
2Norman Guiou, Transfusion: A Canadian Surgeon's Story in War and Peace (Yarmouth, 1985), 34-35.
Repères bibliographiques
McPhail, Andrew. Official History of the Canadian Forces in the Great War 1914-19: The Medical Services. Ottawa: Department of National Defense, 1925.
Nicholson, G.W.L. Canada's Nursing Sisters. Toronto: S. Stevens, 1975.
---. Seventy Years of Service: A History of the Royal Canadian Army Medical Corps. Ottawa: Borealis Press, 1977.
Rawling, Bill, La mort pour ennemi : La médecine militaire canadienne, tr. Pierre R. Desrosiers, Ottawa, Bill Rawling, 2001.
Images
Ressources éducatives
In Flanders Fields
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l'espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor'
À nos parents, à nos amis,
C'est nous qui reposons ici,
Au champ d'honneur.
À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l'oriflamme
Et de garder au fond de l'âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d'honneur.
Le poème « In Flanders Fields » a éte publié pour la première fois dans le magazine anglais Punch, en décembre 1915. En quelques mois, ce poème allait devenir le symbole des sacrifices consentis par tous les combattants de la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui encore, on continue à le réciter lors des cérémonies du jour du Souvenir tenues au Canada et ailleurs dans le monde.
(Adaptation signée Jean Pariseau, CM, CD, D. ès L. (histoire)).
Reproduit avec l'autorisation de Anciens Combattants Canada.
Sir Robert Borden
Borden est l'artisan de sa propre réussite. Après avoir reçu une brève éducation formelle, il enseigne pendant cinq ans dans des écoles privées en Nouvelle-Écosse et dans le New Jersey. En 1874, il retourne en Nouvelle-Écosse pour effectuer un stage de droit, et il est admis au barreau en 1878. En 1890, il dirige déjà un prestigieux cabinet d'avocats à Halifax. Élu au Parlement en 1896, il est choisi en 1901 pour succéder à sir Charles Tupper à la tête du Parti libéral-conservateur. Pendant la décennie suivante, il travaille à la reconstruction du Parti conservateur et instaure une politique de réforme (plate-forme d'Halifax de 1907).
En 1911, il dirige l'opposition contre l'entente de réciprocité négociée par le gouvernement de sir Wilfried Laurier avec les États-Unis. Grâce à une habile gestion politique, Borden forme une coalition composée de groupes antagonistes à Laurier : hommes d'affaires opposés à la Réciprocité, Canadiens français nationalistes en désaccord avec la Loi sur la marine de guerre, gouvernements provinciaux conservateurs et leur groupe parlementaire. Il réussit à forcer la tenue d'élections générales, qui se soldent par la défaite du Parti libéral de Laurier.
La direction de Borden, pendant la Première Guerre mondiale, a été remarquable. En ce qui concerne la politique intérieure, c'est à son gouvernement qu'on doit la Loi des mesures de guerre (1914), les premières mesures d'imposition directe par le gouvernement d'Ottawa (l'impôt de guerre sur les bénéfices commerciaux en 1916 et l'impôt « temporaire » sur le revenu en 1917), la nationalisation du chemin de fer Canadien Nord dans le cadre de la création du Canadien National (CN) et, à la suite de l'effondrement du système de recrutement volontaire, la Loi du service militaire (1917). Le service militaire obligatoire est instauré en même temps que se crée un gouvernement d'union, composé de conservateurs et de libéraux en faveur de la conscription, qui remporte les élections générales fortement contestées de 1917.
À l'étranger, le Corps expéditionnaire canadien, qui n'est qu'une division, devient le Corps d'armée canadien, commandé, à partir de 1917, par un Canadien, le lieutenant-général sir Arthur William Currie. D'après Borden, les victoires remportées par le Corps expéditionnaire canadien à Ypres, à la crête de Vimy, à Passchendaele et durant les 100 derniers jours constituent un gage de la maturité de l'esprit national canadien.
Principal auteur de la Résolution IX de la Conférence impériale de guerre en 1917, il soutient que le Canada et les autres membres du Commonwealth méritent d'être reconnus comme des « nations autonomes au sein d'un Commonwealth impérial ». En tant que dirigeant de la délégation canadienne à la Conférence sur la paix à Paris en 1919, il est un des principaux responsables de la reconnaissance internationale de l'autonomie des dominions.
Borden termine son mandat de premier ministre en 1920. Au cours des dernières années de sa vie, c'est en tant qu'homme d'État d'envergure internationale et comme fervent partisan de la Société des Nations qu'il se fait connaître. Il poursuit une brillante carrière dans le monde des affaires et exerce les fonctions de chancelier de l'U. Queen de 1924 à 1930.
Bibliographie
Borden, Robert Laird, Sir. Canada in the Commonwealth: From Conflict to Co-operation. Oxford: The Clarendon Press, 1929.
---. Canadian Constitutional Studies: The Marfleet Lectures, University of Toronto, October, 1921. Toronto: University of Toronto Press, 1922.
---. Letters to Limbo. 2 v. Henry Borden, ed. Toronto: University of Toronto Press, 1971.
---. Robert Laird Borden: His Memoirs. 2 v. Henry Borden, ed. Toronto: Macmillan, 1938.
Brown, Robert Craig. Robert Laird Borden: A Biography. 2 v. Toronto: Macmillan of Canada, 1975-1980.
Auteur ROBERT CRAIG BROWN
Reproduit de L'Encyclopédie canadienne avec l'autorisation de la Fondation Historica du Canada
Le 2e Bataillon (Eastern Ontario)
En août 1917, à la côte 70, le 2e Bataillon a capturé trois mitrailleuses, a pris le côté ouest de Fresnoy, avant de se lancer à l’assaut du village. L’unité a remporté une victoire semblable au bois Hugo où elle a repoussé les Allemands, tout en gardant la position intacte. Les 8 et 11 août, elle a combattu à Amiens. Le 30 août 1918, durant la bataille de la Scarpe, les 1er et 2e bataillons ont pris l’ennemi par surprise en se cachant derrière un ingénieux barrage, ce qui leur a permis d’avancer vers le nord.
Tiré de Nicholson, G. W. L., Le Corps expéditionnaire canadien, 1914-1918, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1963.
16e Bataillon (Canadian Scottish) (Princess Mary’s)
Sous le commandement des lieutenants-colonels R. G. E. Leckie et C. W. Peck, le 16e Bataillon a pris part à de nombreuses batailles, dont celles d’Ypres, de la crête de Vimy, de la Somme, de Passchendaele et d’Amiens. Le 8 octobre 1916, les Canadiens voulaient atteindre la tranchée Régina, mais ils ont été arrêtés par le feu soutenu de mitrailleuses et de fusils, et aucun d’eux n’a pu passer. Faisant fi du danger, James Richardson, un joueur de cornemuse de 18 ans, a arpenté les lieux en jouant de son instrument, encourageant environ 100 soldats du Canadian Scottish à se lancer à l’assaut. Les soldats ont ainsi réussi à pénétrer dans la tranchée. À la crête de Vimy, le soldat W. J. Milne a agi en héros, et on lui a décerné la Croix de Victoria à titre posthume. Alors que sa compagnie était freinée par les tirs d’une mitrailleuse ennemie, Milne a rampé sur ses mains et ses genoux, réussissant à s’approcher suffisamment pour tuer les mitrailleurs et s’emparer de leur arme. Il a été tué plus tard ce jour-là.
Adapté de Nicholson, G. W. L. Le Corps expéditionnaire canadien 1914-1918, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1963.















